Au Royaume-Uni, une nouvelle enquête de la BBC dresse un constat troublant : la moitié des salles de jeu terrestre se trouve dans les quartiers les plus défavorisés du pays, soulevant de vives inquiétudes sur l’impact social et économique de cette prolifération.
Un paysage qui inquiète
Dans les rues de nombreuses villes britanniques, de nouveaux établissements appelés adult gaming centres (centres de jeu pour adultes) ont fleuri ces dernières années. Ces lieux, souvent ouverts 24 heures sur 24, accueillent des machines automatisées offrant des gains en argent, attirant une clientèle qui espère décrocher le jackpot à toute heure.
Mais sur environ 1 400 centres de jeu terrestre disséminés à travers le Royaume-Uni, 664 sont implantés dans les 20 % des zones les plus démunies du pays. Autrement dit, dans les quartiers où le taux de chômage, la précarité économique et les difficultés sociales sont les plus marqués. Derrière cette répartition géographique, certains observateurs voient une stratégie de localisation des opérateurs qui ne profite guère aux communautés locales.
Un cercle vicieux
La présence de ces centres de jeu dans des quartiers déjà fragiles ne fait pas que poser un problème d’ordre urbanistique : elle alimente des débats de santé publique et de justice sociale. Anne Hargrave, directrice générale de l’association GambleAware, exprime une préoccupation nette : les communautés économiquement en difficulté ont deux fois plus de risques de subir des dommages liés au jeu que d’autres.
Selon les données publiées, non seulement ces zones concentrent un grand nombre de centres de jeu, mais les populations qui y résident sont plus susceptibles de développer des comportements problématiques vis-à-vis des jeux, comparé à des quartiers plus riches.
Un témoignage particulièrement poignant entendu par la BBC illustre ce malaise. Charlie Barker, un joueur souffrant d’addiction, confie qu’entre cinq et six salles de jeu se trouvent à proximité de son domicile, renforçant la vision d’un environnement saturé d’incitations à parier.
La présence rapprochée des établissements joue un rôle déterminant : pour une personne vivant dans un quartier défavorisé, l’accès facile à des machines à sous ou à d’autres jeux peut aggraver des tendances addictives, surtout dans un contexte où les perspectives économiques sont limitées.
Le rôle des autorités locales
Dans quelle mesure les autorités locales peuvent-elles freiner la prolifération des salles de jeux ?
Selon des représentants de l’industrie, dont Allastar Gair, directeur de communication de BACTA (l’association britannique des opérateurs de loisirs), les autorités locales disposent de mécanismes pour refuser des licences ou bloquer l’ouverture d’un établissement dans certaines zones sensibles, par exemple à proximité d’écoles.
Dans les faits, toutefois, les pouvoirs de ces autorités restent limités. Aux termes de la loi actuelle, appelée le Gambling Act 2005, les conseils municipaux doivent souvent valider les demandes de licence dès lors que les critères minimum sont remplis, sans pouvoir s’y opposer simplement parce qu’ils jugent l’emplacement inapproprié.
Ce cadre légal, perçu comme favorable aux opérateurs, suscite la frustration de nombreux élus locaux et associations qui demandent un renforcement des pouvoirs des conseils municipaux pour qu’ils puissent refuser plus aisément les ouvertures dans des zones sociales fragiles.
Un débat qui s’intensifie
Si certains défendent le droit des entreprises à opérer librement sous la régulation existante, d’autres estiment que le modèle actuel profite surtout aux opérateurs et aux actionnaires, au détriment des populations les plus fragiles.
À l’heure où le Royaume-Uni se penche sur la réforme potentielle de ses lois encadrant les jeux d’argent, cette controverse autour de la répartition géographique des centres de jeu terrestre pourrait bien devenir un élément central du débat public en 2026.