L’addiction aux jeux d’argent ne touche plus seulement les adultes d’un certain âge, mais s’invite largement dans la vie des jeunes. Alors que les jeux en ligne deviennent banals, que la technologie les rend accessibles à tout moment et que leur promotion s’étend, les conséquences se font sentir jusque dans les services de soins spécialisés.
Le jeu en ligne, un territoire sans garde-fous pour les jeunes
Aux Pays-Bas, les services de soins contre les addictions observent une progression marquée des jeunes adultes qui cherchent de l’aide pour une dépendance aux jeux d’argent légalement autorisés. Ces nouvelles demandes de prise en charge ne sont plus l’apanage des générations plus âgées, mais concernent aujourd’hui la tranche des 18–35 ans de manière disproportionnée.
« Si nous voyons dix personnes venir pour une dépendance, huit ont moins de 35 ans », confie Bas Brons, thérapeute spécialisé au sein de SolutionS Verslavingszorg, un centre de traitement des addictions. « Tout le monde a un casino en ligne dans sa poche. Les plus âgés qui se présentent vont encore dans des casinos physiques, mais les jeunes sont déjà passés au tout numérique. »
L’un des facteurs clés pointés par des spécialistes est la normalisation du jeu dans la société. Contrairement à des addictions liées à des substances comme l’alcool ou la cocaïne, où il existe encore une reconnaissance sociale du danger, les jeux d’argent bénéficient souvent d’une image plus “clémente”. Les jeunes pourraient penser que si l’État autorise ces jeux, c’est que leur pratique est sûre, ou du moins pas dangereuse.
Bas Brons explique que les mécanismes psychologiques qui entrent en jeu lors d’un pari ne sont pas sans conséquence : tout comme avec l’alcool ou les drogues, le jeu active le système de récompense du cerveau, libérant des substances chimiques qui procurent du plaisir immédiat et encouragent la répétition. La différence réside dans l’absence d’un stigmate social fort autour du jeu.
Des chiffres qui alertent les spécialistes
Les données récentes confirment cette inquiétude. Selon la plus récente rapport du National Alcohol and Drugs Information System (LADIS), plus de 2 700 personnes aux Pays-Bas ont cherché de l’aide pour une dépendance au jeu en 2024, un chiffre en nette progression depuis l’ouverture du marché légal du jeu en ligne en 2021.
Cette statistique, bien que partielle, est révélatrice d’une tendance qui se confirme dans plusieurs études internationales : l’accès et la promotion des jeux d’argent sont des facteurs de risque importants pour le développement de comportements addictifs chez les jeunes.
Dans des entretiens menés avec des personnes en cours de traitement, la dépendance a souvent commencé très tôt. Certains n’avaient jamais mis les pieds dans un casino physique avant de se tourner vers les plateformes numériques, ce qui montre à quel point l’environnement en ligne est devenu le point d’entrée principal vers la dépendance.
Des initiatives d’aide insuffisantes
Face à ce phénomène, des outils et structures existent déjà pour tenter de juguler l’épidémie montante. L’un des dispositifs phares est Cruks, un registre national d’exclusion volontaire des jeux de hasard. Ceux qui s’y inscrivent ne peuvent plus jouer ni dans les casinos physiques, ni sur les plateformes en ligne légales.
Mais ces mesures, bien que positives, restent insuffisantes si elles ne s’accompagnent pas d’une prévention plus large auprès des jeunes. Les spécialistes appellent à une meilleure application des obligations de protection des joueurs par les opérateurs, afin que ceux qui montrent des signes de dépendance soient repérés et orientés vers des services d’aide avant qu’il ne soit trop tard.
Dans plusieurs pays, des études indiquent que les politiques actuelles de prévention et de protection sont encore trop faibles. Un rapport du WODC souligne que les mécanismes de prise en charge des comportements à risque ne sont pas suffisamment efficaces, notamment parce que les opérateurs privilégient souvent la rétention des joueurs plutôt que leur protection.
La progression de l’addiction aux jeux d’argent chez les jeunes adultes n’est pas un phénomène isolé ou anecdotique. Les données et les témoignages convergent vers une même évidence : sans mesures concrètes et renforcées, cette crise pourrait continuer à détruire des vies et peser lourdement sur les systèmes de soins et sur la société dans son ensemble.