Dans son rapport « 2026 Crypto Market Outlook », Coinbase identifie les marchés de prédiction comme le prochain secteur prêt à bouleverser l’industrie financière américaine. Porté par la victoire juridique historique de Kalshi contre la CFTC et des volumes records sur les élections, ce segment s’apprête à sortir de la zone grise pour fusionner trading et paris sportifs dans un cadre enfin régulé.
C’est une lecture qui ne devrait échapper à aucun opérateur de jeux d’argent ni à aucun investisseur crypto. Dans sa dernière analyse prospective, le géant américain Coinbase a jeté un pavé dans la mare : 2026 ne sera pas une année de transition, mais celle de la consécration pour les marchés de prédiction aux États-Unis.
Longtemps relégués aux plateformes offshores ou aux expérimentations académiques, ces marchés s’apprêtent à entrer dans le courant mainstream, portés par une clarté juridique nouvelle et une demande utilisateur vorace.
L’effet domino de la jurisprudence Kalshi
Le catalyseur de cette prédiction optimiste tient en un nom : Kalshi. La victoire décisive de la plateforme réglementée contre la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) devant la Cour d’appel fédérale a changé la donne.
Jusqu’à présent, la position du régulateur était de bloquer systématiquement les contrats liés aux élections, les assimilant à des « jeux d’argent » illégaux plutôt qu’à des produits financiers dérivés. En invalidant cette lecture, la justice américaine a ouvert une brèche immense.
Selon le rapport de Coinbase, cette jurisprudence crée un précédent vital. Elle permet aux opérateurs de proposer des contrats sur des événements du monde réel (politique, économie, culture) dans un cadre 100% légal et régulé sur le sol américain, coupant l’herbe sous le pied des plateformes non régulées qui opéraient jusqu’ici dans un flou artistique.
Polymarket : La preuve par les volumes
Si Coinbase est aussi confiant, c’est parce que la preuve de concept a été éclatante en 2024. La plateforme décentralisée Polymarket a enregistré des volumes colossaux, dépassant les 3 milliards de dollars de paris cumulés sur la seule élection présidentielle américaine.
Ces chiffres révèlent deux tendances lourdes que Coinbase met en exergue :
- L’appétit du public : Les utilisateurs veulent parier sur l’actualité avec la même fluidité qu’ils parient sur un match de NFL.
- La sagesse de la foule : Les marchés de prédiction ont souvent réagi plus vite et plus précisément aux dynamiques de campagne que les sondages traditionnels, gagnant ainsi une légitimité intellectuelle et médiatique.
Cependant, Polymarket restant techniquement inaccessible aux résidents américains (sauf via VPN), la demande domestique reste largement insatisfaite. C’est ici que le marché régulé américain, anticipé par Coinbase, doit prendre le relais en 2026.
Vers une sportification de la Finance
Le rapport de Coinbase pointe vers une convergence fascinante : la sportification des marchés financiers. La frontière entre le trading haute fréquence et le pari sportif s’efface.
Les nouvelles générations d’investisseurs traitent les événements binaires (Oui/Non) comme des actifs tradables. Cette tendance favorise l’émergence de produits hybrides où l’expérience utilisateur (UX) emprunte aux codes des applications de paris sportifs (Betclic, DraftKings), mais où l’infrastructure sous-jacente repose sur la blockchain pour la transparence et le règlement instantané.
Les défis techniques et éthiques
Malgré cet optimisme, tout n’est pas gagné. L’intégration de ces marchés pose des défis techniques que les opérateurs devront résoudre. La gestion de la liquidité sur des événements à résolution rapide nécessite une infrastructure robuste que seule la blockchain semble pouvoir offrir à moindre coût.
De plus, la question de l’intégrité des marchés reste centrale. Contrairement à un match de sport où l’arbitre est (théoriquement) neutre, les événements politiques ou économiques peuvent être sujets à des manipulations ou des délits d’initiés. Coinbase souligne que la transparence inhérente aux registres distribués (Ledgers) sera l’argument clé pour rassurer les régulateurs et les utilisateurs.