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EPIS en librairie : plus de précisions sur les nouvelles règles

À partir du 1er mai 2026, toute personne souhaitant placer un pari dans une librairie belge devra obligatoirement passer par un contrôle d’identité connecté au système EPIS. La Commission des jeux de hasard a publié plus de précisions sur ces nouvelles mesures.

Une réforme née d’un constat préoccupant

Pendant longtemps, le réseau des librairies représentait l’un des derniers angles morts du contrôle des jeux d’argent en Belgique. Alors que les casinos, salles de jeux et plateformes en ligne appliquaient déjà des vérifications strictes, certains joueurs exclus continuaient à miser dans les librairies sans véritable obstacle. Portée par le ministre de la Justice Paul Van Tigchelt, la modernisation du système EPIS — la base nationale recensant les personnes interdites de jeu — vise à empêcher tout contournement des exclusions. La Chambre des représentants a validé le texte afin de mieux protéger les joueurs s’adonnant aux jeux de hasard, selon les travaux parlementaires relayés par l’agence Belga.

Le système EPIS, supervisé par la Commission des jeux de hasard, constitue aujourd’hui le pilier du contrôle des joueurs en Belgique.

Jusqu’ici, son application concernait principalement les casinos, les salles de jeux automatiques et les opérateurs en ligne agréés. Depuis décembre 2023, les agences de paris doivent également vérifier systématiquement l’identité de leurs clients afin de s’assurer qu’ils sont majeurs et autorisés à jouer.  L’extension aux librairies représente donc la dernière étape logique d’un dispositif progressivement généralisé.

Ce qui changera concrètement pour les joueurs

Contrairement aux casinos ou aux salles de jeux où le contrôle peut être effectué à l’entrée, l’identification en librairie se déroule désormais directement sur l’appareil de pari lui-même. Chaque terminal devra être équipé d’un module d’identification informatique installé sur la machine. Le joueur devra y insérer personnellement sa pièce d’identité électronique.

Le système vérifie automatiquement trois éléments essentiels : l’identité du joueur, son âge légal et son statut dans la base EPIS.

Le libraire n’intervient pas dans la procédure. La loi interdit ainsi explicitement toute vérification manuelle. Un employé ne peut pas encoder un nom ou une date de naissance à la place du système, même à la demande du client.

Les documents autorisés

La réglementation belge ne laisse aucune place à l’interprétation concernant les moyens d’identification acceptés. Seuls certains documents électroniques peuvent être utilisés : la carte d’identité belge, un titre de séjour électronique, une attestation d’enregistrement électronique, certaines cartes d’identité étrangères équipées d’une puce ou encore des cartes spéciales délivrées au personnel diplomatique. Tous doivent permettre une lecture automatisée des données du joueur.

Une précision importante suscite déjà des interrogations : le passeport n’est pas accepté. De même, les cartes de fidélité, cartes de joueur ou cartes de membre sont exclues. Même les applications d’identité mobile ne sont actuellement pas reconnues par la loi.

La réforme ne distingue pas les nationalités. Un joueur étranger devra lui aussi présenter l’un des documents électroniques reconnus par la loi belge. À défaut, l’accès au pari sera simplement refusé.

Une fois validé, le joueur peut continuer sa session aussi longtemps que son document d’identité reste inséré dans l’appareil. Dès que la carte est retirée, la session prend fin automatiquement. Ce mécanisme vise à empêcher qu’un joueur autorisé prête sa session à une autre personne, pratique autrefois difficile à contrôler dans les environnements ouverts comme les librairies.

Impossible de consulter un pari sans identification

La réforme ne concerne pas uniquement le moment du paiement. Les contrôles doivent intervenir avant toute interaction avec l’offre de jeu. Concrètement, un joueur non identifié ne pourra pas :

  • consulter les paris disponibles,
  • composer un pari combiné,
  • modifier un pari existant,
  • participer à un jeu,
  • ni même demander un retrait lié à un pari en cours.

Une exception subsiste toutefois. L’encaissement d’un ticket gagnant déjà émis ne nécessite pas d’identification EPIS.

Les rares cas où une exception sera possible

La loi prévoit toutefois une situation exceptionnelle : la panne technique du système EPIS indépendante de la volonté de l’exploitant. Dans ce cas précis uniquement, le libraire peut activer le terminal à l’aide d’une carte exploitant, après avoir vérifié visuellement l’identité et l’âge du joueur.

Mais cette procédure reste strictement encadrée. Elle ne peut jamais être utilisée parce qu’un joueur a oublié sa carte d’identité, parce que le lecteur fonctionne mal ou parce que l’accès est refusé par EPIS. Une vérification préalable du système, appelée healthcheck EPIS, doit confirmer l’indisponibilité réelle du service.

Les autorités recommandent même de conserver une preuve de chaque utilisation exceptionnelle afin de pouvoir répondre à un contrôle ultérieur.

Une transformation technique majeure pour les libraires

Pour les exploitants titulaires d’une licence F2, la réforme ne se limite pas à une simple formalité administrative. Chaque module d’identification devra être certifié par un organisme accrédité reconnu par le SPF Économie. Le titulaire de licence devra prouver cette certification auprès de la Commission des jeux de hasard avant toute exploitation.

Le système transmettra automatiquement un identifiant unique attribué à chaque librairie ainsi que le numéro de série du terminal utilisé, visible à l’extérieur de la machine. Cette traçabilité complète permet aux autorités de suivre précisément chaque point d’accès au jeu.

Afin de permettre une transition progressive, les accès techniques aux services EPIS ont été mis à disposition des exploitants dès mars 2026, laissant quelques semaines aux libraires pour installer et tester leurs équipements avant la date officielle.

Une réponse directe aux risques d’addiction

L’extension d’EPIS s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les comportements de jeu problématiques. Les autorités belges observent depuis plusieurs années une augmentation constante du nombre de personnes inscrites sur la liste d’exclusion nationale. Ce phénomène traduit à la fois une meilleure accessibilité aux procédures d’auto-exclusion et une prise de conscience croissante des risques liés au jeu. En généralisant l’identification obligatoire, la Belgique cherche à réduire l’accès des mineurs aux paris et à empêcher les joueurs exclus de contourner les interdictions via des points de vente physiques.

La réforme ne concerne pas uniquement le contrôle d’accès aux jeux. Elle introduit également une mise en conformité approfondie avec le règlement européen sur la protection des données. La loi précise désormais le responsable du traitement des informations, la nature exacte des données collectées, leurs finalités ainsi que leur durée de conservation. Les données liées à une exclusion seront conservées pendant cinq ans après la fin de celle-ci.

La modernisation d’EPIS vise ainsi un double objectif : renforcer la protection des joueurs tout en sécurisant leurs données.

Vers un nouveau modèle du pari en Belgique

Avec l’intégration des librairies, des hippodromes et des établissements mobiles, la Belgique franchit une étape supplémentaire vers un encadrement global du jeu terrestre. Ce qui était autrefois une pratique rapide et largement informelle devient désormais une activité strictement régulée, comparable aux standards déjà appliqués dans les casinos.

Ce 1er mai 2026 pourrait ainsi marquer bien plus qu’une évolution technique. Pour les joueurs, les libraires et les régulateurs, il pourrait s’agir du début d’une nouvelle relation entre liberté de jouer et devoir de protection.

Alex D.: Alex explore le monde des casinos à travers des articles informatifs et divertissants. Nourri par une passion profonde pour l'art et la télévision, chaque texte témoigne d'une attention particulière aux détails et d'une quête d’équilibre entre rigueur et créativité. Que ce soit pour démystifier des stratégies de jeu ou raconter l’histoire fascinante des casinos, son objectif est d'informer tout en captivant ses lecteurs.
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