Trois anciens employés du casino de Chaudfontaine ont été condamnés par la justice après avoir mis en place un système de détournement de plaques de jeu de grande valeur. Les faits ont été révélés à la suite d’un contrôle interne et confirmés par les images de vidéosurveillance ainsi que par les aveux des intéressés.
Une affaire qui ébranle la confiance
L’histoire aurait pu rester celle d’un recrutement ordinaire dans un établissement de jeux réputé. Elle s’est finalement transformée en dossier judiciaire emblématique des dérives possibles lorsque la tentation de l’argent rapide s’invite dans les coulisses d’un casino. Au terme de plusieurs mois d’enquête et d’audience, la justice a tranché : trois anciens employés du Casino de Chaudfontaine ont été condamnés par le Tribunal correctionnel de Liège pour avoir organisé un système de détournement de plaques de jeu.
Le déroulement du crime
Tout commence le 9 juillet 2023. Trois hommes, âgés de 25 à 33 ans, originaires de Pepinster, Amay et Soumagne, participent à une soirée d’information organisée par le casino. Ils sont engagés et bénéficient d’une formation de deux mois pour devenir croupiers.
Les trois collègues, fraîchement formés, croient avoir identifié une faille technique dans l’organisation matérielle des tables de jeu. Le système reposait sur un objet très particulier : des plaques de jeu de grande valeur, estimées à 1.000 euros pièce. Contrairement aux jetons classiques, ces plaques suivent un circuit strict et ne sont pas censées passer dans certaines machines, notamment les trieuses automatiques. Or, c’est précisément cette incompatibilité qui aurait été exploitée.
Entre le 17 et le 23 août 2024, deux croupiers affectés à une table de roulette américaine auraient volontairement laissé tomber plusieurs plaques dans l’ouverture de la trieuse, située à hauteur de table. Un geste apparemment anodin, mais qui provoquait le blocage des plaques au fond de la machine, hors du circuit normal de contrôle. Huit plaques seront ainsi dissimulées.
Un troisième employé, en dehors de ses heures de service, intervenait ensuite. Grâce à une clé spécifique qu’il n’était jamais autorisé à utiliser, il ouvrait la trieuse pour récupérer discrètement les plaques coincées.
L’argent ne pouvait cependant pas être encaissé directement par les employés. Pour donner l’apparence d’un gain légitime, ils auraient sollicité un client.
Celui-ci se rendait à la caisse pour échanger les plaques contre de l’argent liquide, comme s’il les avait remportées à la table de jeu. Selon les déclarations évoquées lors du procès, cet homme pensait agir dans le cadre de simples pourboires. En échange, il recevait une commission variant entre 50 et 150 euros par plaque. La justice n’a pas retenu de poursuites à son encontre, considérant qu’il n’avait pas conscience de participer à une fraude.
L’affaire bascule dans la nuit du 5 septembre 2024. Un technicien découvre plusieurs plaques coincées dans une trieuse — une situation décrite comme totalement anormale, la machine n’étant pas conçue pour les traiter. Alertée, la direction examine les images de vidéosurveillance. Les enregistrements montrent un employé manipulant la machine hors de toute tâche autorisée.
Un préjudice contesté, une démonstration inhabituelle au tribunal
Lors de l’audience, l’avocat du casino avance un préjudice estimé à 40.000 euros, évoquant non seulement la valeur des plaques, mais aussi une baisse de chiffre d’affaires enregistrée en août. Pour illustrer concrètement la méthode utilisée, la partie civile va jusqu’à installer une table de jeu dans la salle d’audience. Un croupier est même présent pour expliquer au président le fonctionnement précis des manipulations.
La défense conteste vigoureusement l’évaluation financière, estimant que d’autres facteurs pouvaient expliquer la variation d’activité du casino. Les prévenus reconnaissent les faits, mais minimisent les montants. L’un évoque 4.000 à 6.000 euros, un autre parle de deux ou trois plaques, le troisième admet en avoir glissé trois à six.
Après examen des aveux et des images, le tribunal tranche : le montant détourné est fixé à 15.000 euros.
Le président souligne que le procédé restait encore imparfait, refusant de qualifier les faits d’association de malfaiteurs. La fraude, bien que concertée, n’était ni suffisamment structurée ni inscrite dans la durée pour relever d’une organisation criminelle élaborée.
Le jugement condamne l’auteur principal à 60 heures de peine de travail. Ses deux anciens collègues écopent chacun de 80 heures. Si ces heures ne sont pas exécutées, elles seront automatiquement converties en huit mois d’emprisonnement.