Alors que le gouvernement néerlandais s’apprête à présenter une rapport périodique couvrant les politiques appliquées entre 2019 et 2025, des responsables parlementaires s’interrogent : sommes-nous en mesure de juger l’efficacité de ces politiques si les principaux indicateurs de dommages liés aux jeux d’argent ne sont pas encore définis ?
Un rapport crucial mais incomplet
Le rapport périodique sur le cadre politique régissant les jeux d’argent devait offrir une synthèse rigoureuse de l’impact des mesures prises depuis 2019. Destiné à éclairer tant la Chambre basse néerlandaise (Tweede Kamer) que l’opinion publique sur l’efficacité des politiques de régulation des jeux d’argent, ce rapport est pensé comme un moment de bilan essentiel.
Pourtant, dès l’annonce de ce projet, la Vaste Commissie pour la Justice et la Sécurité a formulé dix-huit questions pointues à l’adresse du secrétaire d’État Arno Rutte. Cette démarche vise à obtenir des clarifications sur la portée, la méthode, et surtout la fiabilité des informations qui seront présentées.
La pierre d’achoppement politique tourne autour des dommages liés au jeu. Il s’agit là non seulement de la dépendance, mais aussi des conséquences sociales, économiques et psychologiques que peuvent subir les joueurs.
Arno Rutte, secrétaire d’État à la Justice et à la Sécurité :
« On s’attend à ce que, pour de nombreux aspects de la politique, suffisamment d’informations soient disponibles pour pouvoir émettre des avis orientatifs sur la politique menée. Dans le même temps, toutes les informations souhaitées pour ce rapport périodique ne seront pas encore disponibles pendant la réalisation de l’étude. Ainsi, les indicateurs, par exemple dans le domaine des dommages liés aux jeux d’argent, ne devraient pas être disponibles à temps. C’est pourquoi il a été demandé aux chercheurs chargés du rapport périodique d’identifier les domaines dans lesquels des indicateurs supplémentaires sont nécessaires afin de pouvoir évaluer pleinement l’efficacité et l’efficience. »
Selon lui, les indicateurs nécessaires pour mesurer ces dommages de manière fiable ne seront pas disponibles à temps pour intégrer pleinement le rapport prévu.
Des indicateurs en construction
Pour résoudre cette lacune, le Expertisecentrum Gokken (Centre d’Expertise sur les Jeux) a été sollicité pour développer des indicateurs supplémentaires permettant de quantifier le dommage lié aux jeux d’argent. Les autorités espèrent que ces outils seront finalisés d’ici fin 2026, offrant ainsi une capacité d’analyse accrue pour les futures évaluations.
À ce stade, les indicateurs classiques comme le taux de canalisation vers les opérateurs légaux ainsi que les données issues des services de santé spécialisés dans la dépendance au jeu demeurent disponibles pour l’analyse. Toutefois, ces données seules risquent de ne pas suffire à cerner toutes les dimensions du phénomène.
Une évaluation étendue au-delà des jeux en ligne
Un autre point important soulevé par les parlementaires concerne l’étendue même du rapport. Contrairement à ce que certains pourraient penser, le rapport périodique ne se limite pas aux jeux d’argent en ligne. Il embrasse l’ensemble de la politique des jeux de hasard, incluant les jeux physiques, la lutte contre les offres illégales, la prévention de la criminalité affiliée, ainsi que les liens entre jeux et comportements déviants.
Interrogé sur l’articulation entre ces sous-thèmes — comme la prévention de la récidive criminelle, la jeunesse, le screening ou encore la forensique — le secrétariat a expliqué que chaque thématique nécessite sa propre théorie politique pour être correctement évaluée. Il n’est donc ni possible ni souhaitable de proposer une seule approche globale pour l’ensemble des sujets.
Ancien vs nouveau cadre politique
Les députés ont voulu savoir comment le prochain rapport périodique comparerait les anciennes orientations (2011–2025) avec le nouveau cadre politique amorcé en 2025. Dans sa réponse, le secrétaire d’État a précisé qu’il serait possible de reconstruire la théorie politique du régime précédent à partir de documents antérieurs, puis de la confronter à la nouvelle logique.
Dans les faits, cela signifie superposer les objectifs, hypothèses et résultats présumés dans un même espace d’analyse — une opération délicate, mais essentielle pour discerner l’efficacité relative des deux approches. L’usage éventuel de matrices ou de tableaux comparatifs a d’ailleurs été envisagé pour clarifier ces liens structurels.
Alors que les députés anticipent la publication du rapport en 2026, le débat autour des indicateurs manquants illustre une tension entre ambition politique et capacité analytique. Le rapport périodique demeure un outil indispensable pour évaluer les lois en matière de jeux de hasard, mais il devra être lu avec précaution, en tenant compte de ses limites méthodologiques actuelles.