En Belgique, la Commission des jeux de hasard (CJH) maintient une liste noire de sites de jeux d’argent en ligne illégaux et s’appuie sur les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) pour en bloquer l’accès. Mais malgré les efforts de régulation, une enquête de Gambling Club révèle que de nombreux sites inscrits sur cette liste restent accessibles selon le fournisseur d’accès utilisé.
Le cadre légal et le mécanisme de blocage
Selon la loi du 7 mai 1999 sur les jeux de hasard, tout site proposant des jeux d’argent en ligne en Belgique doit disposer d’une licence délivrée par la CJH.
La CJH tient une liste noire officielle des sites illégaux, qui a été également ancrée légalement en mai 2024. Cette évolution a pour objectif de donner un fondement légal solide au blocage des sites identifiés. Quand un site est placé sur cette liste, les fournisseurs d’accès à Internet belges sont informés et sont censés bloquer l’accès pour les utilisateurs belges via leurs adresses IP. Une page de blocage est souvent utilisée à cet effet.
Le constat : des sites interdits mais encore accessibles
Malgré ce dispositif, il apparaît que certains sites inscrits sur la liste noire restent accessibles selon le fournisseur d’accès. Une enquête de Gambling Club utilisant une connection internet fournie par Telenet a révélé que de nombreux sites illégaux sont toujours accessibles sans VPN, même si certains d’entre eux figurent sur la liste noire depuis plus d’un mois. Certains des sites testés ont même été ajoutés à la liste noire il y a plus de deux ans !
Selon un article de DataNews, ce problème existait déjà en 2014. À l’époque, Etienne Marique, le président de la Commission des jeux de hasard, avait donné l’explication suivante :
“Les grands fournisseurs d’accès à Internet bloquent l’accès aux sites, mais il est toujours possible que de plus petits fournisseurs n’en fassent pas de même. […] Des procédures sont en cours en ce moment contre quelques fournisseurs.”
La Commission avait aussi cité des restrictions budgétaires, mais la nouvelle équipe de la CJH et son passage sous la responsabilité du SPF Économie fin 2025 pourrait leur permettre de lutter plus efficacement contre ces problèmes. Elle a déjà mis en place un partenariat avec DNS Belgium pour bloquer plus efficacement les sites de jeux d’argent illégaux utilisant le nom de domaine .be.
Conséquences pour les joueurs et pour l’État
Jouer sur un site illégal comporte des risques pour les joueurs :
- impossibilité d’obtenir ses gains ou remboursement en cas de litige ;
- absence de protection des données personnelles ;
- aucun recours légal efficace.
- potentiel d’addictions ou d’arnaques plus élevé, en raison du manque de surveillance.
L’État perd des recettes fiscales puisque les sites illégaux ne paient pas les taxes dues, tout en engageant des ressources importantes pour la surveillance, la mise à jour de la liste noire et le dialogue avec les FAI.
La Belgique dispose aujourd’hui d’un arsenal réglementaire renforcé pour lutter contre les jeux d’argent en ligne illégaux : une liste noire légalement instituée, des mises à jour régulières, la coopération avec les fournisseurs d’accès internet. Mais la réalité montre que loin de suffire, ces mesures laissent des portes d’accès ouvertes.