Les variations hormonales chez les femmes peuvent-elles influencer leur comportement de jeu ? C’est précisément ce que des chercheurs britanniques se proposent de découvrir à travers une étude inédite qui pourrait révolutionner notre compréhension des addictions.
Une piste scientifique explorée pour la première fois
Un consortium de chercheurs du Royaume-Uni, associant la Gordon Moody Gambling Charity et l’University of Birmingham, a lancé un projet de recherche ambitieux visant à étudier si les fluctuations hormonales (comme pendant le cycle menstruel, l’ovulation, la ménopause ou après un accouchement) peuvent modifier la vulnérabilité des femmes aux comportements de jeu compulsif. Cette initiative, qui s’étalera sur plusieurs années, pourrait ouvrir de nouvelles voies pour la prévention et le traitement des problèmes de jeu chez les femmes.
Dr Rosalind Baker-Frampton, directrice clinique de Gordon Moody, décrit l’approche :
« Les femmes sont plus enclines à adopter des comportements à risque lors des fluctuations hormonales. Pendant l’ovulation et la semaine précédant les règles, on constate une augmentation de l’impulsivité. Cela peut se traduire par une augmentation du temps passé à jouer, des dépenses plus importantes ou des tentatives pour récupérer les pertes. »
L’étude en cours ne se limite pas à documenter ce lien potentiel. Elle envisage aussi d’explorer si des approches médicales telles que l’usage de contraceptifs hormonaux ou de traitements de substitution pourraient atténuer ces effets comportementaux.
Le cycle menstruel et la prise de risque
Selon les premières constatations, certaines phases du cycle menstruel semblent particulièrement sensibles. Par exemple, la période juste avant les règles ou autour de l’ovulation serait associée à une impulsivité accrue. Cela se traduit, pour certaines, par une propension à jouer plus longtemps, à engager des sommes plus importantes ou à tenter de récupérer des pertes.
Kiki Marriott, l’une des femmes interviewées dans le cadre de cette initiative, raconte comment elle pouvait jouer plus de 24 heures d’affilée, au point d’ignorer des besoins essentiels comme faire des courses pour économiser pour dépenser plus en accès à internet et en l’électricité. Heureusement, son tournant s’est produit lorsqu’elle a contacté une ligne d’assistance spécialisée et intégré un centre de soins.
Une autre femme, Abbie Harvey, a perdu plus de £20 000 au fil de dix ans de jeu compulsif. Elle explique que le jeu servait souvent de mécanisme pour gérer des émotions difficiles, plutôt que comme un simple divertissement.
Un enjeu de santé publique trop peu reconnu
Alors que de nombreuses recherches sur l’addiction au jeu se concentrent sur les aspects comportementaux ou psychologiques, le rôle des hormones reste largement négligé. Des études préliminaires suggèrent que d’autres comportements addictifs, comme l’usage d’alcool ou certaines substances, peuvent également fluctuer avec les variations hormonales, renforçant l’intérêt d’investigations spécifiques sur les femmes.
Ce manque de données est d’autant plus préoccupant que les taux de jeu et de comportements problématiques ne sont pas négligeables chez les femmes, même si les hommes restent statistiquement plus nombreux à jouer et à développer des problèmes graves.