Le président de l’Autorité néerlandaise des jeux de hasard (KSA), Michel Groothuizen, a publiquement exprimé ses réserves concernant le projet de la coalition gouvernementale d’imposer une interdiction totale de la publicité pour les jeux d’argent.
La lutte contre l’addiction aux jeux et la protection des jeunes joueurs occupent le centre du débat politique aux Pays-Bas. Pourtant, le gendarme du secteur, Michel Groothuizen, ne partage pas l’enthousiasme de la coalition gouvernementale pour une interdiction totale de la publicité.
Dans l’émission télévisée “EenVandaag” le président de la Kansspelautoriteit (KSA), a déclaré qu’une interdiction totale ne constitue pas le bon instrument pour gagner la guerre contre les dérives du secteur.
L’ombre écrasante du marché illégal
L’argument principal de Groothuizen repose sur une réalité statistique alarmante. En interdisant aux opérateurs légaux, déjà soumis à des restrictions strictes, de communiquer auprès du public, l’État ne s’attaquerait qu’à la partie émergée de l’iceberg.
Le président de la KSA souligne que le volume de publicités diffusées par les sites illégaux sur les réseaux sociaux dépasse de loin celui des acteurs régulés.
Le constat est sans appel : pour chaque message publicitaire légal supprimé, des dizaines d’offres clandestines continuent de cibler les joueurs néerlandais. Groothuizen évoque un facteur de proportionnalité frappant, estimant que la pression publicitaire du marché noir est environ cinquante fois supérieure à celle des opérateurs autorisés.
Pour Groothuizen, priver les acteurs légaux de visibilité reviendrait à laisser le champ libre aux plateformes qui ne respectent aucune mesure de protection des joueurs.
Roda JC et l’initiative des « numéros négatifs »
Pour illustrer une alternative pédagogique à l’interdiction pure et simple, la Ksa a mis en avant son partenariat avec le club de football Roda JC. Lors d’une rencontre récente, les joueurs ont arboré des numéros de maillot négatifs, une action symbolique forte visant à représenter les pertes financières réelles subies par les parieurs sportifs.
Cette campagne de sensibilisation cible directement la normalisation des paris sportifs chez les mineurs et les jeunes adultes. Michel Groothuizen a tenu à saluer l’éthique de Roda JC, précisant que le club occupe une place particulière pour le régulateur puisqu’il a toujours refusé d’être sponsorisé par un opérateur de jeux d’argent. Si des clubs de plus grande envergure comme l’Ajax ou le Feyenoord n’ont pas encore rejoint ce type d’initiative, la Ksa reste ouverte à une collaboration future avec les géants de l’Eredivisie.
Un dialogue nécessaire avec le gouvernement
Malgré les restrictions déjà en vigueur, dont le sponsoring des maillots par les casinos en ligne qui est désormais totalement proscrit, le gouvernement souhaite encore durcir le ton.
Groothuizen craint que cette rigidité ne soit contre-productive. En supprimant les points de repère pour les consommateurs, le risque de voir ces derniers migrer massivement vers des sites non régulés, où aucun contrôle sur les dépôts ou l’exclusion n’est pratiqué, devient critique.
Le président de l’autorité de régulation espère désormais pouvoir engager une discussion approfondie avec les nouveaux ministres. L’objectif est de définir une stratégie qui protège réellement les citoyens sans pour autant démanteler le cadre légal qui permet de maintenir les joueurs sous la surveillance du régulateur.