X

Mineurs et jeux d’argent, une progression sous surveillance

Une étude récente sur les pratiques de jeu chez les 15-17 ans met en évidence une hausse significative de la participation des mineurs aux jeux d’argent en France, malgré leur interdiction légale. Les données montrent un déplacement des usages vers des circuits difficilement contrôlables.

Une progression préoccupante malgré l’interdiction

En France, les jeux d’argent sont strictement interdits aux mineurs. Pourtant, les pratiques progressent. Une récente enquête menée par l’ARPEJ avec le soutien de l’Autorité nationale des jeux révèle qu’en 2025, 42,6 % des jeunes de 15 à 17 ans déclarent avoir déjà joué, soit une hausse notable par rapport à 2021. Derrière ce chiffre, un constat s’impose : l’accès des mineurs aux jeux d’argent n’a pas disparu, il s’est déplacé.

Pour Autorité nationale des jeux, cette évolution constitue un signal d’alarme. Sa présidente, Isabelle Falque-Pierrotin, prévient :

« Cette augmentation de la pratique du jeu d’argent des mineurs est préoccupante. Plus le jeu d’argent est précoce, plus le risque d’addiction est grand. »

Le canal légal, un système sous haute surveillance

Selon l’Association Française des Jeux en Ligne, qui représente la majorité des opérateurs agréés, le cadre légal français repose sur une architecture de contrôle particulièrement stricte. L’association rappelle une politique de tolérance zéro envers le jeu des mineurs.

Dans l’univers numérique régulé, l’anonymat n’existe pas. L’ouverture d’un compte exige une vérification complète : pièce d’identité, coordonnées bancaires nominatives, justificatif de domicile. Chaque joueur est identifié, tracé et authentifié.

« Aucun mineur ne peut disposer d’un compte définitif sans avoir usurpé une identité et contourné les dispositifs techniques avec l’aide d’un adulte », insiste l’organisation.

Autrement dit, lorsque fraude il y a, elle suppose presque toujours une complicité familiale. L’étude souligne d’ailleurs le rôle central de l’entourage dans l’initiation aux jeux, souvent banalisée lors d’achats de tickets ou d’activités perçues comme anodines.

Le paradoxe du numérique

Le débat public se focalise souvent sur les plateformes numériques. Pourtant, les données montrent un paradoxe. Le jeu en ligne légal apparaît comme l’environnement le plus contrôlé, tandis que le véritable angle mort se situe dans le marché illégal.

Celui-ci connaît une croissance rapide. Une étude récente évoque 5,4 millions de joueurs sur ces offres non autorisées, soit une augmentation de 35 % en deux ans. Un chiffre qui dépasse désormais un seuil critique.

Dans ces espaces clandestins, aucun contrôle d’âge, aucune vérification d’identité, aucune limitation des pratiques. Les mineurs peuvent y accéder librement, souvent exposés à une publicité massive sur les réseaux sociaux ou via des applications difficilement traçables. L’AFJEL parle d’un véritable Far West numérique où prospèrent des opérateurs échappant à toute régulation.

La banalisation du jeu chez les adolescents, un phénomène sociétal

Au-delà de la question technique, les spécialistes observent une mutation culturelle. Le jeu d’argent tend à s’intégrer dans l’environnement quotidien des jeunes, à la frontière entre divertissement, compétition et consommation numérique.

L’enquête met en évidence deux facteurs déterminants : l’exposition publicitaire et la familiarisation précoce au sein de la sphère familiale. Le premier contact avec le jeu ne se fait plus dans des lieux identifiés, mais dans un continuum d’expériences numériques.

Pour Isabelle Falque-Pierrotin, « la première rencontre des jeunes avec ce produit devrait être retardée et non favorisée ».

Autre enseignement souvent ignoré : malgré la digitalisation des usages, le réseau physique reste un point d’accès privilégié pour les mineurs. Jeux de grattage ou de tirage continuent de circuler dans des contextes où le contrôle peut être contourné. La régulation ne peut donc pas se limiter au numérique. Elle suppose un renforcement des contrôles sur l’ensemble de la chaîne de distribution.

Un appel à une riposte publique plus ferme contre l’offre illégale

Face à la montée du marché clandestin, les opérateurs légaux demandent une intensification des mesures de blocage : fermetures plus rapides de sites illicites, pression accrue sur les intermédiaires techniques et financiers, suppression effective des promotions pour ces offres.

Ils plaident également pour que les études de santé publique distinguent clairement les pratiques relevant du marché régulé de celles issues du circuit illégal, afin d’éviter toute confusion statistique.

L’un des enseignements majeurs de l’enquête réside dans l’implication indirecte des adultes. Dans de nombreux cas, l’accès au jeu passe par un compte prêté, une participation tolérée ou un acte d’achat effectué pour un mineur. Les autorités estiment désormais que la prévention doit changer de cible. Informer les jeunes ne suffit plus ; il faut alerter les familles sur leur responsabilité juridique et éducative.

Une bataille de long terme pour protéger les publics vulnérables

La progression du jeu chez les mineurs ne traduit pas un échec unique de la régulation ; elle révèle une recomposition rapide des usages numériques, exploitée par des acteurs illégaux particulièrement agiles. Entre dispositifs de contrôle sophistiqués du côté légal et zones d’ombre persistantes sur Internet, la protection des mineurs repose désormais sur une stratégie globale mêlant technologie, éducation et action judiciaire.

La France se trouve face à un défi classique des sociétés numériques : réguler un espace qui, par nature, ignore les frontières.

Caroline B.: Caroline est spécialisée dans l'industrie des casinos, où elle allie une connaissance approfondie du secteur du jeu en France et une passion pour les innovations numériques. Elle explore les changements qui révolutionnent cette industrie, depuis l'intégration de l'intelligence artificielle dans l'expérience utilisateur et les analyses de données jusqu'aux technologies de blockchain qui renforcent la sécurité et la transparence des transactions. Curieuse et engagée, elle s’intéresse particulièrement aux solutions de jeu responsable et aux nouvelles régulations, abordant des sujets aussi variés que la protection des joueurs, la gestion des comportements à risque, et l'importance des pratiques éthiques. Grâce à ses articles fouillés et accessibles, Caroline permet aux lecteurs de mieux saisir les tendances, les innovations et les défis d'une industrie en constante mutation. Elle prend soin de démystifier les nouvelles technologies et de faire le lien entre les avancées techniques et leurs implications concrètes pour les joueurs et les opérateurs. Son objectif ? Offrir une vision éclairée et équilibrée sur un secteur en pleine transition, entre tradition et modernité, tout en contribuant à un dialogue autour d’un jeu plus responsable et sécurisé.
Related Post