Face à l’essor rapide des jeux de hasard en ligne, la question de la protection des joueurs s’impose désormais comme un enjeu central de politique publique. En Belgique, les opérateurs réunis au sein de BAGO défendent un modèle fondé sur le devoir d’encadrement (duty of care).
Protéger le joueur là où l’on peut agir
Selon les opérateurs du secteur légal, la protection n’est efficace que lorsqu’elle s’exerce dans un cadre agréé, où les règles peuvent être appliquées et où les comportements peuvent être suivis. L’idée n’est pas seulement de réagir aux situations de dépendance avérée, mais d’identifier les signaux faibles bien avant qu’une spirale problématique ne s’installe. Il ne s’agit plus seulement de réglementer l’offre de jeu, mais d’intégrer la vigilance directement dans son fonctionnement.
Le devoir d’encadrement constitue ainsi un engagement volontaire des opérateurs autorisés pour repérer précocement les comportements à risque et intervenir de manière proportionnée.
Derrière ce concept se trouve un autre pilier souvent méconnu du grand public : la canalisation. Cette politique vise à orienter les joueurs vers l’offre légale plutôt que vers des plateformes clandestines. Les sites non agréés échappent à toute obligation de contrôle. Aucun suivi du comportement de jeu, aucune mesure de prévention, aucune possibilité d’intervention : la protection disparaît tout simplement.
Les chiffres avancés par le secteur sont préoccupants : pour deux joueurs présents sur un site légal, environ trois joueraient sur des plateformes illégales. Renforcer l’attractivité et la crédibilité de l’offre réglementée constitue une condition essentielle pour protéger efficacement les usagers.
La canalisation n’est donc pas qu’un objectif économique ou juridique. Elle est un outil de santé publique.
Détecter avant qu’il ne soit trop tard
Concrètement, comment fonctionne ce devoir d’encadrement ? Il s’appuie d’abord sur l’observation attentive des comportements de jeu. Les opérateurs analysent plusieurs indicateurs : fréquence des sessions, durée, intensité, montants déposés.
Cette analyse permet d’identifier des signaux de risque précoces. L’objectif n’est pas de surveiller pour sanctionner, mais de comprendre pour prévenir. Lorsqu’un comportement inhabituel apparaît, une intervention peut être déclenchée rapidement. Cette détection précoce est intégrée de manière structurelle dans l’offre légale. Elle fait partie du fonctionnement normal des plateformes agréées et non d’une mesure exceptionnelle.
Une fois un risque identifié, le modèle privilégie des interventions graduées, adaptées à la situation du joueur. Cela peut commencer par des messages d’information affichés pendant le jeu, rappelant les risques ou encourageant la fixation de limites personnelles. D’autres dispositifs permettent d’instaurer des pauses, de recevoir des rappels du temps passé ou d’activer volontairement des restrictions. Dans les cas nécessitant une attention accrue, un accompagnement plus direct peut être proposé.
Cette approche individualisée vise à maintenir l’équilibre entre liberté de jouer et protection contre les excès.
Réduire le devoir d’encadrement à une simple question d’outils serait pourtant une erreur. Le modèle défendu par les opérateurs insiste sur la dimension humaine et organisationnelle. La protection des joueurs suppose des procédures internes claires, une formation continue du personnel et une véritable culture de responsabilité. Les équipes doivent être capables de reconnaître les signaux pertinents, d’agir de manière cohérente et d’accompagner les joueurs avec professionnalisme.
Des outils concrets pour garder le contrôle
Le devoir d’encadrement ne repose pas uniquement sur l’analyse des données. Il s’appuie aussi sur des outils mis à disposition des joueurs pour encadrer leur pratique.
Parmi ces dispositifs figurent la possibilité de fixer des limites, de suspendre temporairement son accès au jeu ou encore de recourir à des mécanismes d’auto-exclusion. Ces solutions ne peuvent fonctionner que dans un environnement réglementé, où leur application est techniquement garantie et juridiquement contraignante.
Une charte renouvelée pour renforcer l’engagement
Les membres de l’association sectorielle ont récemment renouvelé leur charte de devoir d’encadrement, avec l’ambition d’aller plus loin dans la mise en œuvre de ces principes. Parmi les évolutions annoncées figurent un renforcement du suivi des comportements, un accompagnement plus proactif des joueurs et des formations supplémentaires pour les collaborateurs. L’objectif affiché est de transformer cet engagement en instrument opérationnel, continuellement ajusté à partir de l’expérience de terrain.
Une question demeure toutefois ouverte : ces engagements volontaires doivent-ils devenir une obligation pour tous les opérateurs agréés ?
Le secteur plaide en faveur d’un devoir d’encadrement généralisé afin de garantir un niveau minimal de protection identique sur l’ensemble de l’offre légale. Une telle harmonisation permettrait, selon ses défenseurs, de renforcer la canalisation vers les plateformes autorisées et de limiter l’attractivité du marché illégal.
Le devoir d’encadrement apparaît ainsi non comme une contrainte administrative supplémentaire, mais comme une tentative de réponse à une réalité nouvelle : celle d’un jeu devenu permanent, accessible partout, et qui exige, plus que jamais, des garde-fous visibles et effectifs.