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Le Royaume-Uni ouvre la porte aux crypto-casinos

L’UK Gambling Commission envisage pour la première fois d’autoriser les paiements en crypto sur les plateformes légalement licenciées. Une évolution motivée autant par l’innovation technologique que par la lutte contre le marché illégal.

Une réflexion née d’un constat inquiétant

Depuis plusieurs années, l’UK Gambling Commission observe une mutation du comportement des joueurs. Les recherches liées aux paiements en cryptomonnaies figurent désormais parmi les principales portes d’entrée vers des sites de jeux illégaux accessibles depuis le Royaume-Uni. L’autorité ne souhaite plus ignorer le phénomène. L’idée n’est pas de légitimer les casinos opérant exclusivement en cryptomonnaies à l’étranger, mais d’examiner s’il est possible d’intégrer ces moyens de paiement dans un cadre strictement contrôlé.

Longtemps perçue comme une menace, l’innovation technologique pourrait devenir un instrument de régulation. C’est du moins la philosophie qui guide désormais l’approche britannique. Selon Tim Miller, Directeur exécutif de l’UK Gambling Commission, refuser systématiquement les nouvelles technologies revient parfois à pousser les consommateurs vers des environnements non sécurisés.

“À la Commission, nous savons qu’il existe une demande dans ce domaine.”

Le raisonnement est simple : si les joueurs souhaitent utiliser des cryptomonnaies pour parier, mieux vaut qu’ils le fassent auprès d’opérateurs soumis à des règles strictes plutôt que sur des plateformes offshores échappant à tout contrôle.

Les autorités britanniques ont d’ailleurs intensifié leurs actions contre les opérateurs illégaux ces dernières années, obtenant des financements supplémentaires pour renforcer l’application de la loi. Permettre des paiements en cryptoactifs pourrait ainsi maintenir les joueurs dans l’écosystème réglementé.

Un chantier confié à l’industrie elle-même

Plutôt qu’une réforme immédiate, la Commission a choisi une approche progressive. Son forum industriel — un groupe consultatif réunissant acteurs du secteur et experts — a été chargé d’étudier concrètement les modalités d’introduction des paiements en cryptoactifs. L’objectif consiste à vérifier si ces paiements peuvent respecter les piliers fondamentaux du système britannique : lutte contre le blanchiment d’argent, connaissance du client et prévention du jeu excessif.

Le régulateur reste lucide. Les cryptoactifs sont considérés comme une méthode de paiement à haut risque, notamment en raison de leur caractère pseudonyme et de la difficulté à vérifier l’origine des fonds. Contrairement aux paiements bancaires traditionnels, les transactions en cryptoactifs peuvent masquer la provenance réelle de l’argent. Pour les autorités chargées de prévenir le blanchiment et le financement du terrorisme, cette opacité constitue un obstacle majeur.

La Commission exige déjà que tout opérateur introduisant un nouveau moyen de paiement réalise une évaluation complète des risques et informe immédiatement le régulateur. Les exploitants devraient probablement intégrer des procédures renforcées d’identification, associant analyses blockchain, vérification d’identité avancée et surveillance continue des transactions.

Un point essentiel a été martelé par les autorités britanniques : permettre l’usage de cryptoactifs comme moyen de paiement ne reviendrait pas à autoriser les casinos fonctionnant exclusivement en cryptomonnaies. Tout opérateur resterait soumis aux exigences existantes en matière d’aptitude commerciale, de conformité et de vérification des clients.

Une réforme liée à la future régulation financière

La réflexion de la Commission s’inscrit dans une transformation plus large du cadre britannique des cryptoactifs.

Le gouvernement prépare actuellement un régime réglementaire complet qui placera les activités liées aux cryptoactifs sous la supervision de l’autorité financière nationale. Son entrée en vigueur est prévue pour octobre 2027, avec une période de demande d’autorisation dès 2026.

Une réponse au poids croissant du marché illégal

Les sites non licenciés captent une part significative du marché britannique, attirant notamment les utilisateurs souhaitant miser via des cryptomonnaies. En Europe, les plateformes illégales représenteraient même une majorité du marché des casinos et paris en ligne selon certaines analyses sectorielles.

“L’innovation devrait être et peut être l’un de nos principaux outils de protection des consommateurs lorsqu’il s’agit du marché illégal.”

Pour la Commission, intégrer les cryptoactifs pourrait devenir un outil supplémentaire de protection plutôt qu’un facteur de dérégulation.

Une décision aux conséquences internationales

Si le projet aboutit, le Royaume-Uni pourrait devenir l’un des premiers grands marchés réglementés à intégrer officiellement les paiements en cryptoactifs dans les jeux d’argent licenciés.

Une telle décision serait observée de près par les régulateurs européens et internationaux confrontés aux mêmes défis : explosion des technologies décentralisées, migration des joueurs vers des plateformes offshore et transformation rapide des moyens de paiement numériques.

Tim Miller :

“Il y aura des défis et des risques importants à surmonter en examinant ce sujet, mais je tiens à ce que nous l’abordions dans l’esprit d’explorer l’art du possible plutôt que de partir d’une position où l’on trouve toutes les raisons de ne pas innover.”

Les crypto-casinos en Belgique

En Belgique, les crypto-casinos restent actuellement interdits par la législation sur les jeux de hasard. Pour proposer légalement des jeux d’argent en ligne, un opérateur doit obtenir une licence de la Commission des jeux de hasard et utiliser des moyens de paiement entièrement traçables, ce qui exclut les plateformes fonctionnant uniquement en cryptomonnaies. Aucun crypto-casino ne dispose donc d’autorisation officielle, notamment en raison des risques liés à l’anonymat des transactions et à la protection des joueurs.

Malgré leur popularité croissante à l’international, ces sites sont considérés comme illégaux sur le marché belge et font partie des plateformes régulièrement ciblées par les autorités dans leur lutte contre l’offre non régulée. Stake, l’un des crypto-casinos les plus populaires, est déjà bloqué depuis 2021.

Glen L.: Glen apporte un regard neuf sur l'actualité des jeux d'argent, combinant des compétences pointues en matière de recherche et un intérêt profond pour l'évolution du secteur. Il s'efforce toujours d'informer et de stimuler ses lecteurs en couvrant une grande variété de sujets.
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