Depuis plusieurs semaines, des vidéos virales sur TikTok affichent le logo ou le nom de SkyHills. Au-delà de l’étrangeté visuelle, quelles sont les conséquences de cette publicité qui promeut un service illégal ?
SkyHills : un nom partout
Ce sont d’abord des adolescents et de jeunes créateurs de contenu qui ont remarqué l’explosion de vidéos TikTok où le terme SkyHills apparaît. Des clips de skate, des scènes de sport ou de simples blagues virales — partout, des images populaires sont repostées avec le logo ou le nom de SkyHills superposé.
SkyHills est un casino en ligne, accessible depuis les Pays-Bas et d’autres pays, mais sans licence délivrée par la Kansspelautoriteit (Ksa), l’autorité néerlandaise de régulation des jeux. En d’autres termes : il s’agit d’un opérateur illégal pour les joueurs néerlandais, pour lequel aucune publicité officielle n’est autorisée.
De l’humour à la publicité non voulue
Comment un logo de site de casino se retrouve-t-il dans des vidéos qui n’ont rien à voir avec le jeu ? Selon les témoignages recueillis par NOS Stories, tout serait parti de créateurs qui voulaient “surfer” sur une tendance, en espérant gagner en visibilité sur la plateforme. Le nom de SkyHills s’est rapidement transformé en meme. Pour beaucoup de jeunes, il ne s’agissait pas d’une promotion consciente.
Aux Pays-Bas, la publicité pour les jeux d’argent est strictement encadrée. Les opérateurs légaux doivent respecter des règles sévères, notamment pour protéger les mineurs — l’âge minimum pour ouvrir un compte TikTok est de 14 ans, alors que l’âge légal pour jouer en ligne est de 18 ans.
Marloes Derks, porte-parole de la Kansspelautoriteit, l’a rappelé dans la vidéo publiée par NOS :
“Ne le faites pas, tout simplement. C’est illégal, vous risquez une amende de notre part, et vous incitez d’autres jeunes à jouer. Cela peut être dangereux et entraîner des dettes. Vous ne devriez pas vouloir contribuer à cela.”
Elle insiste sur le fait que cela ne fait aucune différence si le logo est utilisé comme mème ou intentionnellement : dès qu’un opérateur de jeu sans licence est promu, la loi est enfreinte.
Influenceurs, rémunérations et investigations
Certains contenus ne sont pas simplement partagés pour le fun. La Ksa a indiqué enquêter sur plusieurs influenceurs accusés d’avoir créé ou diffusé des vidéos pour SkyHills. Dans au moins un cas, une personne a déjà reçu une injonction assortie d’une amende pour avoir fait de la publicité pour le site sur ses plateformes.
Face à cette situation, la Ksa exhortait les plateformes à agir plus rapidement : supprimer les vidéos dès qu’elles sont identifiées, plutôt que d’attendre d’être averties. Aujourd’hui, TikTok affirme que les publicités pour les jeux d’argent sont interdites et que 99 % de ce type de contenu a été retiré. Pourtant, les vidéos contenant le logo SkyHills continuent à apparaître régulièrement, souvent avec des milliers, voire des millions de vues.
Les risques pour les jeunes : plus qu’un simple logo
Au-delà du débat juridique, des spécialistes de la prévention s’inquiètent des effets plus larges sur les comportements. Pour des jeunes exposés à ce type de contenu, l’association entre plaisir visuel et marque de jeu peut réduire la perception du risque. Floor Bakkum, manager prévention à la clinique Jellinek, avertit que la répétition de ce type de stimuli peut susciter de la curiosité pour les jeux d’argent et même conduire à des comportements de jeu réels, même si cela commence par une simple recherche digitale.
On se retrouve alors face à une dynamique paradoxale : ce qui a commencé comme une tendance internet légère pourrait, dans certains cas, amplifier l’exposition des mineurs à des pratiques qu’ils ne sont légalement pas autorisés à faire, mais qu’ils découvrent en scrollant innocemment sur leur écran.