Dans le monde des casinos offshore, esquiver les amendes est un jeu d’enfant. En utilisant des structures juridiques volatiles qu’ils liquident à la moindre sanction, ils rendent le recouvrement impossible et poursuivent leurs activités impunément.
Le titre était percutant : une amende de 4,2 millions d’euros pour un site de jeux illégal. Mais dans le monde des opérations offshore, ce montant est plus une formalité qu’une tape sur les doigts.
Starscream Limited, l’entreprise derrière plusieurs plateformes de jeux illégales, a l’expérience de ce genre de situations. L’amende sera-t-elle payée ? Aura-t-elle l’effet escompté ? Michael Schmitt de Malta Media en doute et nous explique pourquoi.
Une sanction sur papier, mais sans réelle conséquence
Sur papier, cela semble conséquent : des amendes de plusieurs millions pour des sociétés qui ne respectent pas la loi néerlandaise. En réalité, c’est surtout symbolique.
Starscream opère hors de l’UE et peut changer de structure rapidement. L’amende imposée ne touche pas la gestion de l’entreprise, ni le personnel, ni les bénéfices. Elle ne touche qu’un nom d’entreprise, et dans ce jeu, celui-ci est aussi remplaçable qu’un nom de domaine.
Le coût d’une nouvelle configuration avec une licence de Curaçao ou d’Anjouan ? Une fraction de l’amende imposée.
«Les opérateurs de ce secteur ont tracé la route depuis longtemps, y compris les échappatoires juridiques et les nouvelles entités.», écrit Michael Schmitt sur LinkedIn.
Gammix a montré l’exemple précédemment
Quiconque revient sur l’affaire Gammix Limited en 2024 constate le même schéma. Une lourde amende, beaucoup d’attention médiatique, des déclarations fermes des régulateurs. Mais en coulisses, il ne s’est pas passé grand-chose. Gammix s’est défendu, a fait traîner l’affaire, puis a commencé à liquider son entreprise à Malte.
« La Kansspelautoriteit n’aurait apparemment pas vu un centime. Et les acteurs du secteur le savent. Ils intègrent leurs risques, tant financièrement qu’émotionnellement. »
«La seule chose que nous voyons, c’est un communiqué de presse»
Le président de la Ksa, Michel Groothuizen, souligne que l’autorité dispose d’un large éventail d’instruments d’application. Mais quelle est l’étendue d’une boîte à outils si l’arme principale ne produit aucun effet ?
«L’amende pour Starscream ne change rien au fonctionnement de l’entreprise. Aucun site web ne passe hors ligne. Aucun argent ne revient. Aucun joueur ne reçoit de protection. Ce qui reste, c’est un communiqué de presse. Du théâtre régulatoire, comme l’appellent les experts : de l’application pour la galerie», selon Schmitt qui sait de quoi il parle.
Et cela soulève une question inconfortable. Ces amendes sont-elles encore des instruments d’application, ou sont-elles surtout destinées à montrer que quelque chose se passe ?
En Belgique le problème est similaire
Ce sentiment d’impuissance ne s’arrête pas à la frontière néerlandaise. En Belgique aussi, la Commission des jeux de hasard (CJH) mène un combat comparable, souvent qualifié de lutte contre des moulins à vent.
Si le régulateur belge n’hésite pas à infliger de lourdes sanctions administratives aux opérateurs illégaux pour protéger les joueurs, l’encaissement effectif de ces sommes relève du parcours du combattant.
Comme pour la Ksa avec Starscream, les amendes belges se heurtent à des structures juridiques complexes basées dans des paradis fiscaux ou hors de l’UE, rendant les procédures de recouvrement quasi impossibles.
Le constat est amer. Sans accords internationaux contraignants, ces sanctions financières restent largement théoriques, laissant les opérateurs offshore poursuivre leurs activités sans réel impact sur leur trésorerie.