Au Royaume-Uni, un rapport inédit révèle que les streams sportifs illégaux ne se contentent plus de violer les droits d’auteur ; ils deviennent aussi une rampe de lancement pour les publicités de jeux d’argent non autorisés.
Quand le sport sert de vitrine au marché noir
En 2024 et au premier semestre 2025, plus de 4,7 milliards de flux sportifs illégaux ont été consommés par les audiences britanniques ; un public qui, dans 89 % des cas, était également exposé à des publicités pour des plateformes de jeux d’argent hors licence.
Ces chiffres, issus du rapport intitulé Illegal Streaming of Sports Events and Illegal Gambling réalisé par la Campaign for Fairer Gambling (CFG) et basé sur des données de la plateforme d’intelligence Yield Sec, confirment une évolution dangereuse : le piratage sportif n’est plus un simple vol de contenu, mais un outil de promotion pour le marché noir des jeux d’argent.
Ismail Vali, président de Gaming Compliance International, souligne que ce modèle exploite deux groupes particulièrement vulnérables : les mineurs et les parieurs exclus du système régulé via le registre national d’auto-exclusion (GamStop).
“Les jeux d’argent en ligne illégaux en Grande-Bretagne frappent maintenant à la porte des 10 % de parts de marché et ils y sont parvenus grâce à l’exploitation cynique de deux publics vulnérables : les enfants et les joueurs auto-exclus du programme Gamstop.”
Un marché noir qui s’élargit hors des radars
Selon l’étude, les opérateurs non licenciés représenteraient aujourd’hui environ 9 % du marché britannique des jeux en ligne, estimé à 8,2 milliards de livres sterling, contre seulement 2 % en 2022. Plus les internautes se tournent vers des flux pirates, plus les bookmakers clandestins trouvent un auditoire captif.
Les analyses pointent aussi un risque élevé pour les utilisateurs, au-delà de l’incitation aux jeux d’argent : une large part de ces flux illégaux comporte des logiciels malveillants comme des spywares, exposant ainsi les publics à des menaces de cybersécurité.
Ce double danger — addiction au jeu et atteinte à la sécurité numérique — représente une nouvelle frontière du crime organisé sur Internet, selon les chercheurs.
Impact sur les diffuseurs et l’industrie du sport
L’industrie sportive elle-même ressent les effets de cette dérive. Les grands diffuseurs légitimes voient leurs droits de diffusion et leur audience commerciale menacés par des flux pirates qui détournent illégalement les contenus qu’ils ont acquis à grand prix.
Pour les ligues, clubs et diffuseurs, cette perte entame la valeur marchande des droits média, étouffe l’innovation dans la distribution légale et fragmente un écosystème déjà mis à rude épreuve par la fragmentation des plateformes payantes et les habitudes de consommation des jeunes générations.
Les autorités en première ligne… mais dépassées
Face à la montée de ce phénomène, les autorités britanniques ont tenté de réagir. En 2025, le gouvernement a alloué 26 millions de livres sterling supplémentaires à la Gambling Commission pour intensifier les actions contre le marché noir. Cependant, des voix critiques estiment que cette somme est insuffisante et que la régulation actuelle sous-estime l’ampleur réelle du problème.
Derek Webb, fondateur et financeur de la Campaign for Fairer Gambling, va plus loin en déclarant :
“La Grande-Bretagne est en train de devenir un pays mou. Nous avons laissé la criminalité organisée contaminer la puissance mondiale des sports britanniques.”
Ce constat sévère reflète la frustration d’un secteur confronté à l’association croissante entre piraterie et jeux illégaux, un duo qui échappe largement au cadre légal et dont la lutte requiert selon les experts une révision profonde des stratégies de régulation comme des moyens d’application.
Si cette enquête se concentre sur le Royaume-Uni, des études indépendantes indiquent que le streaming illégal et les plateformes de jeux non autorisées gagnent du terrain dans plusieurs autres pays européens, attirant des millions de consommateurs et échappant aux régulations nationales.