Le Royaume-Uni est à un tournant pour son industrie du jeu en ligne. Une hausse proposée des frais de licence, couplée à des taxations accrues et à une régulation renforcée, soulève une question inquiétante : le marché du jeu légal britannique est-il en train de perdre sa compétitivité ?
Une consultation qui ravive les inquiétudes
À la fin janvier 2026, le Department for Culture, Media and Sport (DCMS) a ouvert une consultation sur une révision des frais perçus par la UK Gambling Commission, le régulateur britannique du jeu. L’objectif affiché est de combler un déficit financier croissant au sein de la Commission et de renforcer ses moyens face aux défis actuels.
Trois options ont été proposées :
- une augmentation moyenne de 30 %, favorisée par la Commission elle-même,
- une hausse plus modérée de 20 %,
- une combinaison 20 % + 10 % spécifiquement consacrée à la lutte contre les marchés illégaux.
Quelles que soient les modalités retenues, tout changement devrait entrer en vigueur à compter du 1er octobre 2026, après la fin de la consultation prévue fin mars.
Un secteur déjà sous pression
Pour de nombreux opérateurs, cette consultation arrive à un moment particulièrement délicat. Ils n’ont pas encore digéré l’augmentation substantielle du remote gaming duty (taxe sur les jeux à distance) annoncée dans le dernier budget britannique, qui porte le taux à 40 % à partir d’avril 2026.
Dans le même temps, de nouvelles règles d’abordabilité et des restrictions plus strictes sur le marketing placent l’industrie dans une situation financière tendue. Selon plusieurs sources du secteur, cette conjoncture alourdit les coûts d’exploitation, au moment où les marges déjà serrées sont mises à rude épreuve.
Alasdair Lamb, partenaire chez CMS, va jusqu’à déclarer que si la revue des frais avait été annoncée dès 2023, sa proximité avec l’augmentation fiscale actuelle suggère un manque de considération réel pour la position financière difficile dans laquelle se trouvent actuellement les opérateurs britanniques.
L’argument de la lutte contre le marché illégal
Un des points les plus controversés de la consultation est l’objectif déclaré de financer la lutte contre les opérateurs illégaux via les revenus générés par la hausse des frais. Le régulateur affirme que ces moyens supplémentaires permettront un renforcement significatif de l’application de la loi et de l’action contre les sites non licenciés, qui détournent des joueurs hors du cadre réglementé.
Mais cette logique est contestée. Pour beaucoup, associer directement la hausse des frais à la lutte contre le marché noir revient à faire financer par les opérateurs légaux l’essentiel de leur propre supervision, ce qui soulève des questions d’équité.
D’autres acteurs du secteur adoptent une position plus drastique. Steve Donaghue, fondateur de Gambling Consultant, est l’une des voix les plus critiques. Selon lui, la Commission n’a, dans les faits, pas d’intérêt réel à enrayer l’essor du marché illégal, car reconnaître le problème signifierait admettre que la régulation elle-même génère une demande pour les opérateurs non régulés. Plus loin, il va jusqu’à prédire qu’une part importante du marché du jeu pourrait basculer vers l’illégal, représentant potentiellement 20 % à 30 % de l’activité totale, avec des conséquences désastreuses.
Le Royaume-Uni face à l’Europe
Comparé à d’autres marchés réglementés en Europe, le régime britannique n’est ni le plus coûteux ni le plus souple. Par exemple, l’Italie impose des frais initiaux très élevés, tandis que des pays comme Malte proposent des coûts beaucoup plus bas.
Toutefois, la taille du marché britannique en fait un terrain particulièrement sensible aux fluctuations de coût. Si les frais et taxes deviennent trop lourds, certains observateurs estiment que des opérateurs pourraient réorienter leurs activités vers des juridictions concurrentes, au détriment du marché régulé britannique.
Un marché en équilibre fragile
Au final, la consultation britannique sur la hausse des frais de licence illustre une politique publique profondément divisée entre protection des joueurs, financement de la régulation et compétitivité économique. Les prochains mois, et la manière dont le DCMS prendra en compte les réponses de la consultation d’ici fin mars, détermineront si le relais entre surveillance accrue et santé du marché peut être tenu.