La société Gaming1 a procédé à 42 licenciements au sein de son centre technologique digital. Une décision d’autant plus scrutée que l’entreprise affiche une activité florissante et revendique, dans le même temps, une politique de recrutement soutenue.
Un remaniement brutal
C’est au cœur du quartier des Guillemins, à Liège, que le centre technologique digital de Gaming1 concentre ses équipes dédiées au jeu en ligne. Ces dernières semaines, ce site a connu une réorganisation profonde. Une quinzaine de collaborateurs ont quitté l’entreprise il y a deux mois, suivis de 27 autres licenciements plus récents, portant le total à 42 départs.
Gaming1 ne traverse pas de crise financière visible. Au contraire, l’entreprise opère dans une dizaine de pays et fournit la technologie de jeu en ligne à 21 opérateurs actifs dans six pays. Mais selon Emmanuel Mewissen, administrateur-délégué de Gaming1, le secteur de la technologie digitale impose une remise en question permanente.
“Il faut bien se rendre compte que la technologie digitale est une course permanente à la performance qui nous oblige à évoluer sans cesse vers l’excellence. Et si on veut maintenir cette quête d’excellence à Liège, ce qui est déjà un pari car on n’est pas en Californie, il faut sans cesse se renouveler. Et on a besoin des meilleurs.”
Les licenciements se sont déroulés dans un cadre que la direction qualifie de concerté. Emmanuel Mewissen affirme que les départs ont été négociés en accord avec les représentants syndicaux. Les travailleurs concernés ont bénéficié de packages de départ jugés généreux, sans contestation majeure.
Licencier tout en recrutant : un paradoxe assumé
À première vue, l’équation semble incompréhensible. Comment justifier 42 licenciements alors que Gaming1 affiche simultanément une cinquantaine de postes ouverts ? Et pourtant, pour la direction, il n’y a là aucune contradiction.
Le groupe mène une politique d’engagements continus, avec environ 50 profils recherchés en permanence. L’objectif est clair : attirer des développeurs et experts de très haut niveau à Liège. Les compétences recherchées aujourd’hui ne sont plus nécessairement celles d’hier. Le remaniement vise donc moins à réduire la masse salariale qu’à transformer la nature des expertises internes.
Les licenciements ne peuvent toutefois être compris sans les replacer dans un contexte plus large. Gaming1 fait face à une hausse spectaculaire de la fiscalité sur les jeux et paris en Belgique. La taxation globale a augmenté de 70 %, sous l’effet combiné de décisions fédérales et régionales. Pour une entreprise opérant dans un secteur déjà fortement réglementé, ce choc fiscal pèse lourdement sur les marges et les capacités d’investissement.
Emmanuel Mewissen :
“Et ce n’est pas tout ! Car il faut aussi savoir que notre activité est soumise à une réglementation très stricte en matière de protection des joueurs, et je m’en réjouis. Mais dans le même temps, Facebook et compagnie ne cessent de diffuser des publicités renvoyant à des sites illégaux de jeux en ligne qui ne sont, eux, soumis à aucune restriction. Certains utilisent même nos noms et nos logos pour attirer des joueurs.”
Une entreprise aux multiples visages
Gaming1, ce n’est pas seulement le jeu en ligne. Fondée à partir de l’union d’entrepreneurs liégeois autour de projets de jeux et de technologies, Gaming1 a bâti sa réputation sur sa capacité à offrir des expériences de jeu intégrées et innovantes.
Elle fournit des plateformes technologiques complètes pour exploiter des sites de casino et de paris sportifs en ligne, tout en gérant des marques reconnues comme Circus, 777 et PokerStars en Belgique. L’ambition affichée de Gaming1 est de devenir une référence mondiale dans les marchés régulés du jeu en ligne.
Sur les 1.650 personnes employées par le groupe, environ 1.200 travaillent dans les activités terrestres comme les casinos de Spa et de Namur et les salles de jeux Circus. Les 450 collaborateurs du numérique développent et opèrent les plateformes en ligne qui irriguent l’ensemble du modèle économique.