Bagnères-de-Luchon ferme la porte au casino
Bagnères-de-Luchon a tranché. Après des mois de débats, de rapports et de consultations, la ville thermale a choisi de ne pas relancer son casino, fermé depuis 2011. Le projet, soutenu avec vigueur par le maire Eric Azémar, a une nouvelle fois été repoussé au terme d’un conseil municipal électrique qui restera dans les mémoires.
Un vote sous tension qui scelle le sort du casino
Mercredi 26 novembre 2025. Dans la salle du conseil municipal, l’atmosphère est lourde, presque palpable. Les débats s’enchaînent, parfois vifs, souvent tendus. En juillet, les élus avaient déjà rejeté le projet d’une courte majorité. Cette fois encore, le suspense est total jusqu’au dépôt des bulletins.
Lorsque les résultats tombent, ils résonnent comme un coup de massue pour le maire : 10 voix contre la réouverture, 9 pour. Un seul vote d’écart, mais un verdict clair. Luchon ne renouvelle pas son casino.
“Nous sommes actuellement la seule ville thermale à ne plus avoir de casino. Or, cela fait partie des activités que l’on peut proposer à nos curistes, aux Luchonnais, mais aussi aux habitants du Val d’Aran qui se montrent très intéressés,” avait expliqué le maire quelques jours plus tôt, convaincu que le casino pouvait redevenir un pilier touristique.
Eric Azémar ne s’attendait pas à subir deux revers consécutifs. Défenseur acharné du projet, il en avait fait l’un des axes structurants de son mandat. Son argument : redonner à la station thermale un outil attractif pour les curistes, les habitants, et même les visiteurs du Val d’Aran, présentés comme particulièrement intéressés par l’offre d’un casino.
Pourtant, mercredi soir, plusieurs élus de sa majorité lui tournent le dos. Ce n’est pas l’idée d’un casino qui leur pose problème, mais les conditions de cette réouverture. Un point essentiel dans un contexte où chaque euro dépensé par la commune compte.
Golden Palace : une offre unique mais peu convaincante
Le projet reposait sur une unique candidature, celle du groupe Golden Palace, seul opérateur prêt à investir dans la renaissance de l’établissement. Une proposition déjà présentée — et refusée — quelques mois plus tôt.
Golden Palace offrait un investissement de 4 millions d’euros pour rénover le bâtiment, laissé en sommeil depuis quatorze ans. Le contrat, inscrit dans une délégation de service public, prévoyait une redevance allant de 6 % du produit brut des jeux jusqu’à 4,5 millions d’euros, et 12 % au-delà.
Des conditions jugées acceptables par le maire, mais pas suffisantes pour rassurer les élus prudents. Pour eux, le risque portait surtout sur la participation de la commune elle-même.
Pour soutenir le projet, la mairie devait engager un investissement conséquent : un peu plus de 3 millions d’euros, étalés sur trois ans. Eric Azémar estimait pouvoir obtenir jusque 70 % de subventions auprès du Département et de la Région. Un pari qu’il jugeait raisonnable.
Mais un rapport récent de la Cour régionale des comptes avait déjà souligné la fragilité de la situation financière de Luchon. Sans garantie ferme sur les subventions, les élus ont refusé de faire peser sur la commune un risque qu’ils jugent disproportionné.
Au-delà des chiffres, c’est la vision de l’avenir qui opposait les deux camps. Le maire imaginait une réouverture progressive : un casino provisoire dès la fin 2025, puis un bâtiment rénové inauguré en 2027. Un calendrier serré mais, selon lui, réaliste. Pour d’autres élus, la prudence devait primer. Ils reconnaissent l’importance d’un casino dans l’écosystème des villes thermales, mais refusent de s’engager dans un dossier où les incertitudes financières restent trop importantes.
Le vote ne ferme pas définitivement la porte à un casino à Luchon. Il ferme la porte à cette version du projet.

