Casino de Chaudfontaine : Détournement de 40.000 euros
Trois anciens employés du casino de Chaudfontaine sont poursuivis pour avoir exploité une faille technique afin de détourner des plaques de jeu pour un préjudice estimé à 40.000 euros.
Une démonstration au tribunal
Vendredi matin, le tribunal correctionnel de Liège a vu arriver un décor peu commun. Le casino de Chaudfontaine, partie civile dans ce dossier, avait fait le choix spectaculaire d’apporter une véritable table de jeu. Tapis vert, trieuse automatique, jetons et plaques : tout était là pour permettre aux juges de comprendre concrètement le fonctionnement interne de l’établissement.
Le chef croupier, venu expliquer les procédures, a détaillé la différence entre les jetons classiques (pour des mises de 100 ou 200 euros) et les plaques réservées aux montants plus élevés (notamment celles de 1.000 euros). Normalement, chaque élément suit un circuit précis : les jetons passent dans la trieuse, tandis que les plaques sont placées dans un compartiment distinct.
Selon les éléments exposés à l’audience, tout commence lorsqu’une plaque est, par erreur, glissée dans la trieuse en même temps que les jetons. Contrairement à ces derniers, la plaque ne remonte pas dans le circuit normal. Elle reste au fond de la machine, invisible lors du tri automatique.
Le déroulement de la fraude
Les prévenus s’appellent Mehdi, 26 ans, originaire de Soumagne, Loïc, 25 ans, de la région verviétoise, et Bruno, 33 ans, domicilié à Amay. Tous trois avaient rejoint le casino de Chaudfontaine seulement deux ou trois mois auparavant. Ils avaient suivi la formation requise et occupaient des fonctions leur donnant accès direct aux tables et aux flux d’argent.
L’anomalie de la trieuse aurait d’abord été constatée par hasard. Les trois hommes comprennent qu’en mélangeant volontairement plaques et jetons, ils peuvent laisser les plaques dans la trieuse sans éveiller les soupçons immédiats. Le système repose alors sur une répartition des rôles : l’un se charge d’introduire l’ensemble dans la machine, un autre revient plus tard récupérer discrètement les plaques restées au fond.
Le manège commence le 16 août 2024. Pour écouler les plaques, les trois employés font appel à un habitué du casino, plus âgé, qui accepte de jouer le rôle d’intermédiaire. C’est lui qui échange les plaques contre du liquide. En contrepartie, il conserve une commission, évoquée à l’audience comme oscillant entre 50 et 150 euros par plaque, selon les versions.
L’illusion de sécurité ne dure que huit jours. Un technicien intervient sur la trieuse avant que l’un des complices ne puisse récupérer les plaques dissimulées. Il remarque leur présence anormale au fond de la machine. L’alerte est donnée. La direction du casino décide alors de vérifier la vidéosurveillance. En remontant les images des jours précédents, les gestes suspects apparaissent clairement.
Un préjudice contesté
Le casino de Chaudfontaine chiffre son préjudice à 40.000 euros. Cette estimation repose sur le nombre de plaques supposément détournées pendant la période concernée. Pour défendre ses intérêts, l’établissement a fait appel au cabinet bruxellois Chomé. La défense, assurée notamment par Me Arnaud Jaminon, conteste ce montant. Selon elle, le casino ne serait pas en mesure de prouver précisément la somme soustraite. Le receleur aurait, d’après les déclarations rapportées, évoqué cinq plaques seulement. Une différence de taille qui pourrait peser lourd dans l’appréciation finale du dossier.
À l’audience, la défense adopte une ligne humaine. Me Arnaud Jaminon parle de jeunes hommes confrontés quotidiennement à des sommes importantes, évoquant qu’ils auraient, à force de voir l’argent défiler sous leurs yeux, été tentés.
Les trois employés ont été licenciés et ont subi une sanction sociale immédiate : trois mois sans allocations de chômage. Une punition qui, selon la défense, s’ajoute à la procédure pénale en cours. Le parquet, prenant en compte l’absence de casier judiciaire des prévenus, n’a pas requis de peine de prison. Il a demandé une peine de travail, laissant au tribunal le soin de fixer le nombre d’heures à prester.

