Coupe du monde 2026 : la France craint l’explosion des paris
À l’approche de la Coupe du monde de la FIFA 2026, la France s’inquiète d’un phénomène bien connu lors des grandes compétitions internationales : la montée en puissance des paris sportifs et, surtout, de leur promotion.
Un avertissement clair adressé aux opérateurs
Le message est sans ambiguïté. L’Autorité Nationale des Jeux (ANJ), le régulateur français du secteur, a officiellement mis en garde les opérateurs contre toute intensification de leurs campagnes marketing durant la compétition mondiale. L’institution redoute que l’événement, par son audience massive et son pouvoir d’attraction émotionnel, ne devienne un accélérateur de comportements à risque.
Selon les informations examinées par le régulateur, les stratégies promotionnelles prévues pour 2026 affichent une hausse significative des budgets, traduisant l’importance commerciale du tournoi pour les acteurs du marché. L’ANJ demande ainsi aux opérateurs de ne pas dépasser les enveloppes déjà déclarées dans leurs plans prévisionnels.
Des budgets marketing en forte augmentation
Les chiffres étudiés par le régulateur montrent une tendance nette : les dépenses promotionnelles liées à l’année 2026 ont augmenté de plus de 25 %. Cette progression est directement liée à l’attractivité économique de la Coupe du monde, un événement capable de générer un volume exceptionnel de paris en ligne et en points de vente.
Cette inflation budgétaire signifie davantage de spots télévisés, de campagnes numériques, de partenariats avec des influenceurs ou d’opérations spéciales autour des matches. Autrement dit, une omniprésence potentielle des messages incitant à parier.
Pour l’ANJ, l’enjeu n’est pas seulement économique, mais sociétal : plus la visibilité des offres de jeu augmente, plus le risque d’exposition excessive grandit, notamment chez les personnes vulnérables.
Les nouvelles pauses de match, un espace publicitaire inattendu
Un élément organisationnel du tournoi cristallise particulièrement les inquiétudes. L’introduction de pauses d’hydratation supplémentaires pendant les rencontres va mécaniquement créer de nouveaux espaces de diffusion publicitaire. Chaque match devrait ainsi offrir environ deux minutes additionnelles d’inventaire commercial.
Pour les annonceurs, cette évolution représente une opportunité stratégique. Pour le régulateur, elle constitue un risque d’intensification de la promotion des paris en plein cœur de retransmissions suivies par des millions de téléspectateurs.
Dans les discussions menées avec le régulateur, l’association publicitaire des médias télévisés a confirmé qu’un grand diffuseur ne commercialiserait pas les espaces publicitaires issus des pauses d’hydratation auprès d’entreprises de jeux d’argent. Ce choix s’inscrit dans le respect de lignes directrices de publicité responsable établies depuis 2022 conjointement avec les autorités de régulation et les instances professionnelles.
Une population jeune particulièrement exposée
Les préoccupations de l’ANJ reposent aussi sur des données comportementales. Le régulateur rappelle que les parieurs sportifs présentent un niveau de risque plus élevé face aux problèmes de jeu. Les chiffres disponibles indiquent que 15,3 % de ces parieurs sont concernés par des pratiques problématiques. Plus préoccupant encore, la participation des jeunes adultes reste importante. En 2024, 18 % des 18-24 ans ont pris part à des paris sportifs.
Cette réalité nourrit l’inquiétude d’une exposition massive de cette tranche d’âge à des campagnes marketing intensives pendant la compétition. Le football, phénomène culturel transversal, agit comme un puissant vecteur d’identification, capable de transformer un spectateur occasionnel en parieur actif.
Le rappel à l’ordre contre les offres illégales
Au-delà de la publicité autorisée, l’autorité française a également rappelé l’interdiction stricte de promouvoir des services de jeu illégaux, notamment les casinos en ligne non agréés. Dans l’économie numérique actuelle, où les frontières publicitaires sont poreuses, le régulateur sait que les grandes compétitions sportives attirent aussi les offres frauduleuses.
L’ANJ réitère par ailleurs son appel à instaurer une interdiction totale de publicité pour les jeux d’argent pendant les retransmissions sportives en direct (whistle-to-whistle ban). Elle plaide également pour un encadrement renforcé des parrainages liés aux grands événements sportifs.
L’avertissement adressé aux opérateurs s’inscrit dans une stratégie plus large de surveillance des pics d’activité, caractéristiques des grandes compétitions internationales. Car l’histoire se répète : Euro, Jeux olympiques, Coupe du monde… Chaque cycle sportif entraîne une hausse mécanique des mises et des campagnes publicitaires. Le régulateur entend désormais anticiper ces phénomènes plutôt que les subir.

