Polymarket: Pari suspect de $400K sur Maduro
En misant sur l’avenir du président vénézuélien Nicolás Maduro via la plateforme Polymarket, un trader anonyme a empoché plusieurs centaines de milliers de dollars. Derrière ce gain spectaculaire se dessine une question sensible : les marchés de prédiction sont-ils devenus un nouvel eldorado pour l’exploitation d’informations confidentielles ?
Un pari géopolitique aux profits astronomiques
Fin décembre 2025, juste avant une opération militaire de grande ampleur menée par les forces américaines en Venezuela, un compte nouvellement créé sur Polymarket a engagé un pari de l’ordre de 32 000 $ en prédisant que Nicolás Maduro serait évincé de son poste avant la fin de janvier. Quelques heures seulement après que la nouvelle de la capture ait été rendue publique, ce pari s’est transformé en un pactole d’environ 400 000 $, soit plus de douze fois la mise initiale.
L’ampleur du gain et le timing parfait ont alimenté des spéculations selon lesquelles le ou les opérateurs auraient eu accès à des informations non publiques, voire classifiées. Même si l’identité du trader reste secrète, l’événement a déclenché des réactions dans des milieux au-delà de l’univers des marchés prédictifs.
Une zone grise juridique mise au jour
Contrairement aux marchés d’actions ou aux titres financiers traditionnels, les marchés de prédiction comme Polymarket ne tombent pas clairement sous les lois américaines contre l’insider trading. Là où une transaction basée sur des informations internes est strictement interdite dans des marchés régulés, ces plateformes opèrent souvent dans une zone grise juridique, accessible dans de nombreux cas à des utilisateurs du monde entier et non soumis aux mêmes règles que les bourses classiques.
Bien que les plateformes telles que Kalshi déclarent interdire dans leurs règles internes l’exploitation d’informations confidentielles, cette interdiction reste souvent contractuelle et non couverte par la loi. Autrement dit, un utilisateur peut violer les conditions d’utilisation sans enfreindre de lois fédérales ou d’une autorité de régulation comme la Commodity Futures Trading Commission (CFTC).
Le Congrès décide d’intervenir
Face à ces préoccupations grandissantes, le représentant Ritchie Torres (D-NY) a pris l’initiative de rédiger un projet de loi baptisé Public Integrity in Financial Prediction Markets Act of 2026. Ce texte vise à appliquer les principes contre l’insider trading utilisés dans les marchés financiers traditionnels aux marchés de prédiction.
Dans sa version proposée, le projet interdirait aux fonctionnaires fédéraux, aux membres du Congrès, aux hauts responsables politiques et aux employés de l’exécutif de placer des paris sur des plateformes comme Polymarket s’ils détiennent ou sont susceptibles d’obtenir des informations non publiques dans le cadre de leurs fonctions officielles.
L’objectif est de combler ce que Torres et ses partisans considèrent comme un vide juridique : sans règles spécifiques, ces marchés pourraient être utilisés comme un moyen détourné de tirer profit de décisions politiques ou de stratégies gouvernementales avant qu’elles ne soient annoncées publiquement. Même si le projet de loi a été rédigé rapidement après l’incident au Venezuela, son adoption n’est pas garantie. Le Congrès américain a déjà eu du mal à s’accorder sur la régulation de technologies émergentes comme la cryptomonnaie ou l’intelligence artificielle, souvent en raison de divergences partisanes et d’intérêts économiques conflictuels.

