Le président de la Ksa présente son plan pour 2026
Lors de l’Annual Gaming Industry Event à Amsterdam, le 16 janvier 2026, Michel Groothuizen, président de la Kansspelautoriteit (Ksa), a livré un discours où il a présenté la nouvelle feuille de route du régulateur néerlandais pour l’année à venir.
« Mettre le joueur en premier » : une stratégie claire
Groothuizen ouvre son allocution avec un message limpide : « Mettre le joueur en premier ». Sous ce slogan, la Ksa ne se concentre plus seulement sur les jeux en tant que produits, mais avant tout sur les personnes qui y jouent, celles qui arrêtent de jouer, et celles qui n’y participent pas encore.
En présentant les grands axes de supervision pour 2026, Groothuizen insiste : « Ces thèmes se recoupent à plusieurs endroits. Si le devoir de diligence est correctement respecté, les joueurs vulnérables sont automatiquement mieux protégés. Et si nous voulons resserrer les rênes de la publicité, par exemple, il est crucial que nous prenions des mesures plus décisives contre la publicité qui fait la promotion d’opérateurs illégaux.”
Combattre les opérateurs illégaux
Le premier des cinq thèmes prioritaires abordés est la lutte contre les opérateurs illégaux. Selon le président de la Ksa, une part considérable des recettes brutes du jeu dans le pays profite encore à des plateformes sans licence.
“Je comprends qu’il soit frustrant que la moitié des recettes brutes associées aux jeux de hasard aux Pays-Bas finisse dans les poches d’opérateurs illégaux. Même si vous contestez ce chiffre, je suis fier qu’environ 90 % des joueurs néerlandais ne fassent appel qu’à des opérateurs agréés. Il s’agit bien sûr d’une estimation, car nous ne pouvons jamais savoir avec certitude combien de personnes jouent par l’intermédiaire d’opérateurs illégaux. Mais je peux affirmer en toute confiance que ce pourcentage est supérieur aux trois quarts des joueurs néerlandais. Notre objectif pour 2026 est de maintenir ce pourcentage.”
Pour y remédier, plusieurs mesures fortes ont été annoncées :
- Renforcement des capacités d’enquête, avec un recrutement accru de spécialistes dédiés à neutraliser les infrastructures non autorisées.
- Alliances inédites avec les banques, fournisseurs d’accès internet et agences de marketing, dans le but d’obtenir des données opérationnelles inédites.
- Collaboration internationale élargie, en partageant davantage d’informations entre régulateurs, ce que Groothuizen qualifie d’une sorte d’Interpol des jeux.
Protéger les groupes vulnérables
L’un des passages les plus marquants du discours porte sur la protection des publics vulnérables, en particulier les mineurs et les jeunes adultes. Groothuizen déplore une exposition croissante des enfants à des contenus liés aux jeux d’argent, souvent via des applications ou des jeux vidéo sans vérification d’âge efficace.
“Les jeux de type casino peuvent être téléchargés sur des appareils mobiles sans vérification de l’âge. Les jeux comprennent de plus en plus souvent des loot boxes ou des fonctions similaires pour maintenir l’intérêt des joueurs ou les encourager à dépenser plus d’argent. Et TikTok, où les enfants peuvent créer un compte dès l’âge de treize ans, est inondé de publicités pour des entreprises de jeux d’argent illégales.
« Nous constatons une augmentation du nombre de mineurs qui visitent des sites de jeux d’argent, qu’ils soient légaux ou illégaux. Dans le cas des opérateurs illégaux, c’est souvent parce qu’il n’y a aucune forme de vérification de l’âge. Les mineurs jouent également par l’intermédiaire d’opérateurs légaux, souvent en utilisant le compte d’un ami plus âgé ou même d’un parent. Dans nos enquêtes sur le devoir de diligence, nous mettons l’accent sur la protection des jeunes joueurs adultes.”
Face à ce constat, la Ksa entend :
- Sensibiliser les parents et fournir des outils pratiques pour dialoguer avec leurs enfants.
- Étendre l’engagement auprès des opérateurs pour mieux repérer et protéger les comportements à risque.
- Rappeler et clarifier les règles publicitaires afin de minimiser l’exposition des groupes vulnérables.
Devoir de diligence renforcé
Un autre volet majeur de la stratégie 2026 concerne le devoir de diligence imposé aux opérateurs légaux. La Ksa constate que les dernières règles introduites, notamment les contrôles de solvabilité et les limites de dépôts, commencent à produire des effets mesurables.
Cependant, Groothuizen estime que ce n’est que le début :
- Les opérateurs devront intensifier leur suivi des comportements des joueurs.
- La Ksa publiera des lignes directrices sur l’usage de l’IA et des outils automatisés, pour garantir que ces technologies servent réellement la prévention, et non seulement l’efficience commerciale.
Publicité et responsabilité sociale
Sur le plan publicitaire, Groothuizen adopte une posture ferme. Bien qu’il comprenne que les opérateurs aient besoin de faire connaître leurs services, il refuse toute forme de publicité qui franchirait la ligne éthique ou exposerait les publics vulnérables.
Le régulateur ne soutient pas un interdit total de publicité, mais il appelle à une application stricte des règles existantes et à une autocensure responsable de la part des annonceurs. Il évoque que certains contenus publicitaires pourraient apparaître sur des plateformes populaires auprès des jeunes adultes, même si les filtres techniques sont appliqués.
“L’interdiction du parrainage sportif est un bon exemple. Je tiens à saluer le fait que nous n’avons pratiquement pas constaté de contournement délibéré de cette interdiction – contrairement, par exemple, à nos voisins belges. Malgré cela, les consommateurs nous disent régulièrement qu’il est difficile de faire la distinction entre les jeux d’argent en ligne et hors ligne lorsqu’ils ont affaire à des opérateurs hybrides.”
Lutte contre le blanchiment
La Ksa consacre également une partie de sa feuille de route à l’application de la loi anti-blanchiment et anti-financement du terrorisme (AMLA). Après une année marquée par de nombreuses infractions et sanctions, Groothuizen avertit que ce champ restera une priorité en 2026.
Réorganisation interne et renouvellement des licences
Le discours n’était pas seulement axé sur les thèmes de supervision. Groothuizen a aussi annoncé une réorganisation interne majeure de la Ksa, avec de nouveaux directeurs pour piloter des domaines clés tels que la protection des joueurs, la digitalisation et l’analyse des données.
“Nous abordons tous ces sujets à la Ksa par le biais d’une organisation renouvelée et encore plus innovante. Depuis le début de l’année, je me sens un peu perdue sans mon fidèle bras droit, Bernadette, qui profite d’une retraite bien méritée. J’avais d’excellentes relations de travail avec elle et sa présence me manque. Néanmoins, j’ai le plaisir de vous annoncer que nous avons trouvé deux remplaçants exceptionnellement compétents pour notre conseil d’administration.”
Enfin, il a évoqué le renouvellement des licences de jeux à distance, une étape cruciale alors que certaines licences arrivent à expiration cette année. Cette phase sera l’occasion d’évaluer les performances des opérateurs à l’aune des objectifs de protection et de conformité établis par la Ksa.
Le message final de Groothuizen est un appel à la coopération constructive entre régulateur et opérateurs légaux. Il veut s’assurer que l’intensification de la régulation ne pousse pas les joueurs vers le marché illégal, tout en exigeant un engagement plus fort des acteurs pour respecter les normes établies et protéger les publics vulnérables.

