Le débat s’intensifie autour de la publicité pour les casinos aux Pays-Bas
Quelques années seulement après la légalisation du marché numérique des jeux d’argent, le modèle néerlandais est déjà remis en question. Entre critiques sur la protection des joueurs et appels à interdire toute publicité, le débat prend une tournure décisive.
Une réforme censée encadrer… aujourd’hui contestée
Lorsque les Pays-Bas ont ouvert leur marché des jeux d’argent en ligne en 2021, l’objectif affiché était clair : canaliser une pratique déjà existante vers une offre légale, contrôlée et plus sûre. La promesse d’un environnement sûr et contrôlé constituait le cœur de cette réforme.
Mais quatre ans plus tard, cette ambition est frontalement mise en doute par plusieurs responsables politiques. Des parlementaires ont officiellement interrogé le gouvernement sur l’efficacité réelle du cadre légal, estimant que les engagements initiaux n’ont pas été tenus. Selon eux, les dérives observées remettent en cause l’équilibre entre libéralisation du marché et protection des citoyens.
L’appel d’une association de consommateurs relance le débat
À l’origine de cette séquence politique : la prise de position de la Consumentenbond, l’une des principales organisations de défense des consommateurs du pays. L’association s’est déclarée favorable à une interdiction totale de la publicité pour les jeux d’argent en ligne. Cette proposition, déjà évoquée dans l’accord de coalition gouvernemental, a trouvé un écho important dans l’opinion publique. Selon un panel étudié par l’organisation, 84 % des personnes interrogées soutiennent un tel bannissement.
Au-delà de la seule question publicitaire, les critiques portent aussi sur certaines méthodes utilisées par les opérateurs. Les parlementaires évoquent notamment l’usage de techniques d’influence numérique, souvent qualifiées de dark patterns, destinées à orienter le comportement des utilisateurs. Ces procédés incluraient des paramètres par défaut défavorables aux joueurs ou des limites de jeu particulièrement élevées, susceptibles d’encourager des pertes importantes. Les autorités de régulation s’y étaient déjà intéressées auparavant, alimentant les inquiétudes actuelles.
Pour les élus à l’origine des questions, l’absence d’interdiction explicite de ces techniques constituerait une faille dans la législation.
Une pression politique venue de plusieurs partis
Les questions parlementaires ont été déposées par des représentantes de la ChristenUnie et du Socialistische Partij, deux partis qui plaident pour un encadrement beaucoup plus strict du secteur.
Les élues demandent notamment :
- si la législation actuelle protège réellement les joueurs vulnérables ;
- si l’objectif d’un marché régulé a été manqué ;
- et quelles mesures supplémentaires seront prises à court terme.
Le débat dépasse largement les cercles politiques. Les données recueillies par l’association de consommateurs montrent également que 88 % des personnes interrogées souhaitent une meilleure protection contre les mécanismes incitatifs utilisés en ligne.
La question sensible des sanctions et du contrôle
Les parlementaires veulent également connaître le nombre de sanctions infligées depuis l’ouverture du marché aux opérateurs titulaires d’une licence qui auraient manqué à leur devoir de protection des joueurs.
Autre élément explosif : une demande de dédommagement portée contre plusieurs opérateurs titulaires d’une licence. Cette initiative fait suite à des conclusions antérieures selon lesquelles plusieurs plateformes auraient enfreint la réglementation.
Les parlementaires s’interrogent désormais sur les conséquences potentielles d’une telle procédure. Si les tribunaux donnaient raison aux plaignants, cela pourrait-il entraîner un refus de renouvellement de licence, voire un retrait d’autorisation pour certains acteurs ?
Vers une interdiction totale de la publicité ?
L’éventualité d’un bannissement complet des publicités pour les jeux d’argent constitue la mesure la plus radicale envisagée. Une telle décision placerait les Pays-Bas parmi les juridictions européennes les plus strictes en la matière avec la Belgique.
Les parlementaires ont explicitement demandé quelles mesures supplémentaires le ministère comptait adopter à court terme pour renforcer le devoir de protection des opérateurs.
La régulation du jeu en ligne ne s’arrête pas à l’adoption d’une loi. Elle exige un ajustement constant face aux innovations commerciales, technologiques et comportementales. La décision qui sera prise dans les prochains mois pourrait ainsi servir de référence à d’autres pays confrontés aux mêmes tensions entre liberté économique et protection des citoyens.

