Jean-Christophe Choffray : Gaming1 veut réinventer l’expérience des joueurs
Dans une interview accordée à EGR Global, Jean-Christophe Choffray, responsable de la vision produit du groupe belge Gaming1, présente leur stratégie pour les années à venir.
Une industrie arrivée à un tournant
Depuis plusieurs années, le secteur du jeu en ligne vit une transformation. L’époque d’une croissance rapide et peu encadrée laisse place à un environnement où les autorités nationales multiplient les exigences. Pour les acteurs opérant exclusivement dans des marchés régulés, le défi n’est plus seulement d’innover, mais de le faire dans un cadre juridique en constante évolution.
Jean‑Christophe Choffray, fort d’un quart de siècle passé au sein de Gaming1, constate que l’industrie traverse une période difficile où l’adaptation réglementaire absorbe l’essentiel des ressources. Selon lui, près de 70 % du temps de développement est aujourd’hui consacré à l’ajustement des plateformes aux nouvelles règles, à la protection des joueurs ou encore aux exigences de conformité. Cela crée un décalage concurrentiel avec les opérateurs non régulés, libres de concentrer leurs efforts uniquement sur l’innovation.
“Je pense que nous traversons une période difficile où, en tant qu’opérateur entièrement réglementé, nous ne sommes présents que dans des pays réglementés, nous avons beaucoup souffert ces deux dernières années par rapport aux opérateurs non réglementés.”
Repenser la technologie pour retrouver de la vitesse
Gaming1 a entrepris une refonte structurelle de sa plateforme technologique. Le système historique, jugé trop monolithique, a été entièrement repensé et segmenté afin de gagner en souplesse. Cette évolution vise à réduire drastiquement le temps nécessaire pour intégrer les nouvelles obligations légales sans ralentir l’innovation produit.
“Notre objectif est de réduire le temps nécessaire pour adapter la plateforme à la réglementation, à la protection des joueurs, etc.”
Derrière ce chantier technique se cache une stratégie plus large. Dans un secteur où les règles changent rapidement, l’agilité devient un avantage compétitif aussi important que l’offre de jeux elle-même. L’enjeu n’est plus seulement de créer de nouveaux services, mais de bâtir une architecture capable d’évoluer en permanence.
L’intelligence artificielle comme levier d’accompagnement des joueurs
Autre pilier de cette mutation : l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans les opérations quotidiennes. L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais d’améliorer la compréhension des comportements et la qualité du service.
“Nous travaillons déjà beaucoup avec l’IA. Nous n’en sommes encore qu’au début, donc l’objectif est bien sûr d’utiliser l’IA pour aider le client.”
L’entreprise développe actuellement des agents capables d’analyser l’historique complet d’un joueur afin d’aider les équipes à répondre de manière plus précise aux demandes ou aux réclamations. Là où les services clients disposaient autrefois d’une vision fragmentée, l’outil permet désormais d’exploiter des volumes de données bien plus importants.
“Par le passé, notre service clientèle rencontrait quelques difficultés en raison d’une vision limitée du joueur. Ses collaborateurs ont accès à l’ensemble de la base de données, mais ils ne peuvent pas la connaître dans son intégralité, ni connaître l’historique complet du joueur. Notre objectif est de disposer de notre propre agent IA intégrant déjà la base de données, capable d’aider le joueur, de lui répondre et de le guider précisément sur le problème qu’il rencontre.”
Une expansion ciblée en Europe
Malgré un environnement exigeant, Gaming1 poursuit son développement géographique. L’entreprise prévoit de renforcer sa présence aux Pays‑Bas et au Portugal et de lancer de nouvelles opérations en Belgique. Ces marchés présentent un avantage stratégique : les cadres réglementaires y sont déjà intégrés aux plateformes existantes, ce qui permet d’accélérer les déploiements. L’entreprise envisage également d’entrer dans de nouveaux territoires ou d’y acquérir des opérations existantes pour les migrer vers sa propre technologie.
Cette stratégie d’expansion contraste avec certaines expériences plus complexes. Aux États‑Unis, l’adaptation aux réglementations locales multiples s’est révélée particulièrement lourde et Gaming1 a préféré quitter le marché américain.
Historiquement actif dans des accords avec des opérateurs physiques, Gaming1 revoit également son positionnement entre activités destinées aux partenaires et exploitation directe. L’entreprise choisit progressivement de reprendre le contrôle de ses opérations pour gagner en réactivité. Les partenariats, bien que structurants, ralentissent parfois les prises de décision dans un secteur où la rapidité est devenue cruciale.
Le défi permanent de la régulation
Au cœur de tous ces choix se trouve la question réglementaire. Les règles sont jugées indispensables pour protéger les joueurs et structurer l’industrie, mais leur instabilité représente un défi majeur pour les acteurs technologiques. Jean-Christophe Choffray plaide pour une plus grande stabilité normative, estimant que les changements trop fréquents compliquent les cycles d’innovation et mobilisent des ressources considérables.
Malgré sa croissance, le jeu en ligne ne représenterait encore qu’une fraction du marché global du casino à l’échelle internationale. Pour Gaming1, cela signifie que le potentiel reste immense. Le dirigeant se montre optimiste : l’iGaming continuerait de progresser à mesure que les technologies s’améliorent et que les expériences deviennent plus immersives. À terme, l’équilibre pourrait même s’inverser entre offres physiques et numériques.
Dans un secteur soumis à une double pression, Gaming1 fait le pari que la solidité des infrastructures, l’usage raisonné de l’intelligence artificielle et une expérience utilisateur enrichie seront les clés de la prochaine phase de croissance.

