Jérôme Labarbe alerte sur les risques des marchés de prédiction
L’Autorité Nationale des Jeux met en garde contre les risques des marchés de prédiction, notamment en matière d’addiction et d’illusion d’investissement, comme l’a rappelé Jérôme Labarbe lors d’une récente intervention.
Une montée en puissance rapide
Depuis quelques années, les marchés de prédiction attirent un nombre croissant d’utilisateurs séduits par une promesse simple : anticiper des événements et en tirer des gains financiers. « Qui sera le maire de Paris ? Quelle température fera-t-il à Tokyo demain ? Quelle équipe remportera tel match ? » sont autant d’événements sur lesquels les joueurs peuvent parier via Polymarket ou Kalshi.
Les chiffres témoignent de l’ampleur du phénomène. Entre septembre 2025 et janvier 2026, le nombre de visites sur ces plateformes depuis la France est passé de 200 000 à 800 000. En quelques mois seulement, la fréquentation a été multipliée par quatre. Ce bond spectaculaire illustre l’attractivité de ces sites, mais aussi leur diffusion rapide auprès du public français.
Plus frappant encore : certains événements liés à l’actualité nationale ont généré des volumes de mises considérables. Lors des élections municipales françaises, les montants engagés ont avoisiné les 20 millions de dollars.
Mais ces plateformes sont illégales dans de nombreux pays européens, dont la France et la Belgique.
En droit français, une offre est considérée comme un jeu d’argent et de hasard si elle remplit quatre critères : être proposée au public, inclure une part de hasard, offrir une espérance de gain et nécessiter un sacrifice financier. Or, en France, les jeux d’argent sont en principe interdits. Seules certaines exceptions sont autorisées : les paris sportifs, les paris hippiques et le poker en ligne, à condition d’obtenir un agrément de l’Autorité Nationale des Jeux. Les marchés de prédiction proposent leurs jeux sans autorisation.
Lors d’une intervention médiatique, Jérôme Labarbe, directeur adjoint de l’action répressive et coordinateur de la lutte contre l’offre illégale de l’ANJ, a détaillé les dangers associés à ces plateformes.
L’addiction au cœur des préoccupations
L’un des dangers les plus préoccupants réside dans le risque accru d’addiction. Les marchés de prédiction ne se contentent pas de reproduire les mécanismes classiques des jeux d’argent : ils les amplifient.
L’utilisateur ne se perçoit pas comme un joueur, mais comme un analyste, un stratège capable d’anticiper l’avenir. Cette illusion de compétence renforce l’engagement et pousse à multiplier les prises de risque. Plus l’utilisateur pense comprendre les mécanismes, plus il joue. Et plus il joue, plus il s’expose à une dépendance insidieuse.
Ce mécanisme est renforcé par une autre illusion : celle de gains faciles. À l’image du trading de cryptomonnaies, ces plateformes donnent l’impression qu’il est possible de s’enrichir rapidement.
L’absence de régulation a des conséquences directes sur les comportements. Contrairement aux opérateurs légaux, ces plateformes ne proposent aucun outil de limitation. Elles sont accessibles en permanence, sans interruption.
Une viralité qui amplifie les comportements à risque
Les marchés de prédiction bénéficient également d’une forte visibilité sur les réseaux sociaux. Les témoignages de gains rapides, souvent mis en avant, créent un effet d’entraînement. Cette viralité joue un rôle déterminant. Elle alimente l’idée que réussir est à la portée de tous.
Ce déséquilibre informationnel favorise des comportements impulsifs et renforce l’exposition au risque.
Des risques au-delà de l’addiction
Au-delà de la dépendance, les marchés de prédiction posent des enjeux plus larges. Ces plateformes, en permettant de parier sur des événements, peuvent influencer les comportements. Dans certains cas, elles pourraient inciter à des actions destinées à modifier l’issue d’un événement.
L’intervention de Jérôme Labarbe met en lumière une réalité souvent sous-estimée. Derrière les promesses de gains rapides se cachent des mécanismes puissants, capables d’influencer les comportements. Dans un monde où l’information circule à grande vitesse, où les opportunités semblent infinies, la prudence reste plus que jamais nécessaire.
Jouer sur Polymarket en Belgique
En Belgique, la Commission des jeux de hasard a officiellement interdit Polymarket début 2025, la plaçant sur sa liste noire des sites illégaux.
Les régulateurs belges estiment en effet que Polymarket fonctionne comme un opérateur de paris sans licence, exposant les utilisateurs à des risques importants. Concrètement, les joueurs ne bénéficient d’aucune protection : absence de mécanismes d’exclusion, aucun recours en cas de litige et des fonds non sécurisés.
Malgré son interdiction et les mesures de blocage mises en place, la plateforme continue d’attirer des utilisateurs, révélant les limites des régulations nationales face à des services numériques mondialisés.

