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Gambling club willem van oort interview

Ce que la Belgique fait mieux que les Pays-Bas sur le marché des jeux d’argent, selon Willem van Oort

À propos de la réglementation, du marché noir et de l’avenir de l’industrie européenne des jeux d’argent.

Dans cet entretien approfondi avec Gambling Club, Willem van Oort partage sa vision du marché européen des jeux d’argent. En tant que consultant stratégique et organisateur de conférences de premier plan, il offre une perspective unique sur les défis du secteur — de la réglementation à la croissance du marché noir.

Pourriez-vous vous présenter brièvement ?

« Bien que beaucoup de gens me connaissent en tant qu’organisateur de conférences annuelles pour les secteurs néerlandais, espagnol, allemand et, depuis peu, finlandais des jeux d’argent, il s’agit en réalité d’un hobby qui a pris un peu trop d’ampleur.

Ce à quoi je consacre la majeure partie de mon temps, c’est mon travail de consultant stratégique pour les entreprises d’iGaming. J’aide aussi bien les opérateurs que les fournisseurs à résoudre des questions stratégiques liées à l’entrée sur le marché, aux fusions et acquisitions, ainsi qu’à la sélection des fournisseurs.

Je suis également membre du conseil d’administration de Mindway AI. Il s’agit d’une entreprise spécialisée dans la protection des joueurs. Depuis notre dernière conversation, l’entreprise s’est considérablement développée : nous sommes désormais 22 personnes et analysons chaque année environ 14,7 millions de profils de joueurs, notamment en Belgique et aux Pays-Bas. »

La Gaming in Holland Conference aura lieu prochainement. À quoi les visiteurs peuvent-ils s’attendre ?

« Comme chaque année, tous les titulaires de licence néerlandais seront présents. Nous accueillerons également des personnalités de premier plan sur scène, telles qu’Arjan Blok et Petra de Ruiter.

Nous accueillerons par ailleurs des représentants de l’Autorité des jeux de hasard, dont Ella Seijsener et Floor van Bakkum.

L’accent sera mis sur les évolutions du marché et l’innovation, mais au final, tout repose sur quelque chose de très simple : tous les acteurs importants du secteur néerlandais des jeux d’argent seront à Amsterdam le 4 juin. C’est ce qui rend cet événement si précieux. »

Votre slogan #ReclaimTheMarket a suscité des débats. Quelle est l’idée derrière ce slogan ?

« Nous avons lancé ce slogan l’année dernière lors de la Gaming in Germany Conference à Berlin. L’idée est de renforcer le marché légal en limitant la collaboration avec les acteurs illégaux.

Nous nous sommes inspirés du Trusted Partner Program de Tipico. Ce programme récompense les fournisseurs qui ne collaborent pas avec des opérateurs illégaux.

Nous voulons élargir cette approche. Pensez aux fournisseurs de jeux, aux prestataires de paiement, aux fournisseurs de plateformes et même aux géants de la tech comme Google. De nombreux joueurs se retrouvent encore chez des opérateurs illégaux via ces canaux.

Nous pensons également que les conférences et les événements jouent un rôle à cet égard. En tant qu’acteur légal, faut-il vraiment vouloir être visible lors d’événements où des opérateurs illégaux se voient également offrir une tribune ? Nous choisissons délibérément de ne pas le faire. »

Quelle est la gravité actuelle de la situation concernant le marché noir ?

« Les chiffres de l’Autorité des jeux sont assez clairs. En 2025, le produit brut des jeux des opérateurs légaux aura baissé de 18 % par rapport à 2024.

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est qu’environ la moitié du marché revient désormais aux opérateurs illégaux. Et le nombre de joueurs qui font ce choix augmente également.

Cela indique qu’il y a vraiment un problème structurel. »

Quelles autres tendances observez-vous sur le marché néerlandais ?

« La consolidation est une tendance majeure. En raison des taxes élevées, d’une réglementation stricte et de la concurrence du marché noir, la situation devient de plus en plus difficile pour les petits opérateurs.

Je m’attends donc à ce qu’il y ait davantage de fusions et d’acquisitions. À terme, cela pourrait aboutir à un marché ne comptant plus qu’un nombre limité d’acteurs. »

Observez-vous des évolutions similaires en Belgique ? 

« La Belgique est tout de même organisée différemment. Il y a là-bas un lien plus fort entre les opérateurs en ligne et physiques, et les paris au détail sont plus répandus.

Il y a donc moins de concurrence, ce qui garantit un marché plus stable du point de vue des opérateurs. »

Une réglementation stricte a-t-elle un effet contre-productif sur la canalisation ?

« Oui, je le pense.

La réglementation a toujours un impact. Sans règles, on aurait théoriquement une canalisation à 100 %. Mais si, au final, la moitié du marché va vers des opérateurs illégaux, il faut vraiment se demander si l’équilibre est toujours juste. »

Selon vous, quelles sont les erreurs structurelles commises par les pays ?

« Il s’agit moins ‘d’erreurs’ que d’équilibre. Le monde politique a souvent du mal à trouver le juste équilibre entre les intérêts des prestataires, des autorités de contrôle et des services de prise en charge des addictions.

On constate par exemple que la ‘science’ est souvent assimilée à la toxicomanie, tandis que des disciplines telles que l’économie ou la criminologie reçoivent moins d’attention.

De plus, l’application de la loi est complexe. De nombreux fournisseurs illégaux opèrent en dehors de l’Europe. Dans ce cas, le droit national ne suffit tout simplement pas.

Internet est sans frontières — ce qui rend toute réglementation efficace difficile. »

Qu’est-ce que les Pays-Bas auraient pu apprendre de pays comme l’Espagne ?

« L’Espagne a légalisé le marché progressivement, ce qui lui a permis de se développer de manière organique.

Aux Pays-Bas, cela s’est fait de manière beaucoup plus saccadée. De plus, les prestataires offshore populaires n’ont pas été autorisés à entrer immédiatement sur le marché, ce qui a conduit à une sorte de ‘course aux parts de marché’.

Cela n’a pas été bénéfique pour le marché. »

Les autorités de contrôle en font-elles assez ?

« Elles font beaucoup, mais il y a aussi des limites. À mon avis, on devrait se concentrer davantage sur des acteurs comme Google, car ils jouent un rôle important dans le renvoi vers des prestataires illégaux. »

À quoi ressemblera le marché dans cinq ans ?

« Si rien ne change, il n’est pas inconcevable qu’il ne reste plus que cinq à dix opérateurs. Cela peut sembler radical, mais on observe ce type de consolidation dans de nombreux secteurs.

Dans le même temps, j’espère que l’innovation et une meilleure application de la réglementation — y compris au niveau européen — permettront de faire reculer le marché noir. Cela reste en fin de compte le plus grand défi. »

L’entretien avec Willem van Oort ne laisse guère de place au doute : le marché européen des jeux d’argent est à un tournant.

Avec la pression croissante du marché noir, une réglementation plus stricte et la consolidation du secteur, les années à venir montreront si le marché légal sera capable de s’adapter suffisamment — ou s’il continuera à perdre du terrain.

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Dans le monde de Gambling Club, Ron est un journaliste dévoué spécialisé dans l'actualité des casinos aux Pays-Bas. Il allie son regard aiguisé sur l’industrie du jeu vidéo à une passion profonde pour le sport.

Grâce à sa nature curieuse et son souci du détail, Ron se concentre sur la description des tendances et des transformations au sein de l'industrie des casinos néerlandaise, intégrant parfaitement son expertise sportive.

Fort d’années d’expérience dans le journalisme, allant du reportage local aux projets d’enquête à grande échelle, il propose à ses lecteurs des analyses nuancées et approfondies. Il révèle ainsi les fascinantes intersections entre le jeu et le sport.

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