L’ANJ exige plus d’efforts des opérateurs pour prévenir l’addiction
Entre novembre 2025 et mars 2026, l’Autorité nationale des jeux (ANJ) a passé au crible les plans d’actions de l’ensemble des opérateurs de jeux d’argent en France. Si des progrès sont reconnus, le régulateur insiste que la lutte contre le jeu excessif et la protection des mineurs restent des priorités absolues.
Une mobilisation inédite de tout un secteur
Tous les opérateurs de jeux d’argent français ont dû soumettre leur stratégie annuelle pour prévenir le jeu excessif et protéger les mineurs. Cette obligation, instaurée par l’ordonnance du 2 octobre 2019, ne se limite pas à un simple contrôle administratif. Elle s’inscrit dans un dialogue permanent entre les opérateurs et l’ANJ, qui peut formuler des recommandations, voire des exigences.
Cette vigilance est liée au grand nombre de joueurs excessifs. En 2024, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives estimait à 1,17 million le nombre de joueurs problématiques en France, dont 360 000 considérés comme excessifs. L’enquête ENJEU-Mineurs 2025 révèle aussi une tendance inquiétante. Parmi 5 000 jeunes de 15 à 17 ans interrogés, 42,6 % déclarent avoir joué au moins une fois dans l’année. Un chiffre en hausse significative par rapport à 2021.
Le problème dépasse largement la sphère individuelle. En 2019, 38,3 % du produit brut des jeux provenait de joueurs problématiques, dont 20,7 % issus de joueurs excessifs. Une part importante des revenus du secteur repose sur des comportements à risque. Face à ce constat, l’ANJ a fixé une ambition claire dans son plan stratégique 2024-2026 : réduire drastiquement le nombre de joueurs excessifs d’ici 2027.
Le bilan de l’ANJ
FDJ et PMU
Les deux géants du secteur, qui représentent près des deux tiers du marché, ont vu leurs plans validés avec des réserves.
L’ANJ leur demande notamment de renforcer le contrôle de l’interdiction de vente aux mineurs. Cela passe par une surveillance accrue des points de vente, mais aussi par des sanctions plus dissuasives.
Autre axe clé : améliorer l’identification des joueurs en difficulté, notamment dans les points de vente physiques.
Jeux en ligne
Du côté des opérateurs agréés en ligne, les résultats sont plus encourageants. Les dispositifs de détection ont évolué, intégrant de nouveaux indicateurs. Résultat : le nombre de joueurs excessifs identifiés a presque triplé en un an, passant de 31 000 à 89 000.
Les actions de prévention auprès des mineurs se sont également renforcées. Campagnes de sensibilisation, outils de contrôle parental, vérifications à l’inscription… les initiatives se multiplient.
Casinos
Dans les casinos, le tableau est plus nuancé. Certains établissements montrent des progrès significatifs, notamment grâce à des partenariats avec des structures d’addictologie. Ces collaborations permettent d’orienter les joueurs vers des solutions de prise en charge. La formation du personnel s’améliore également. Plus de 2 200 professionnels ont suivi un module en ligne lancé par l’ANJ en novembre 2024.
Mais ces efforts restent inégalement répartis. De nombreux établissements identifient encore trop peu de joueurs en difficulté, au regard de leur fréquentation. Une situation jugée préoccupante par le régulateur.
D’ailleurs, tous les plans n’ont pas été validés : un casino a vu le sien rejeté.
Hippodromes
Coordonnées par la Fédération nationale des courses hippiques, les sociétés de courses ont engagé des actions en matière d’information et de formation. Mais là encore, des insuffisances subsistent.
L’ANJ insiste sur un point sensible : la présence des mineurs dans les hippodromes. Elle recommande de bien distinguer les espaces familiaux des zones de paris. Elle appelle aussi à la prudence dans les animations destinées aux enfants, afin d’éviter toute initiation indirecte aux jeux d’argent.
Former pour prévenir
Au cœur de toutes ces stratégies, un élément revient systématiquement : la formation. Former les professionnels, c’est leur donner les outils pour repérer les comportements à risque, dialoguer avec les joueurs, orienter vers des solutions.
Mais la prévention repose aussi sur l’information des joueurs eux-mêmes. Comprendre les risques, connaître les dispositifs d’aide, pouvoir s’auto-exclure… autant de leviers encore sous-exploités.
Au-delà des obligations réglementaires, c’est une véritable transformation culturelle qui semble s’amorcer. Le secteur des jeux d’argent, longtemps centré sur la performance économique, est désormais sommé de prendre en compte ses impacts sociaux.

