Zone à risques : la campagne de prévention de l’ANJ
À l’approche de la Coupe du Monde de football 2026, l’ANJ lance une campagne de prévention contre les risques d’addiction aux paris sportifs. Baptisée « Zone à risques », elle transforme le bandeau jaune des mentions légales en signal d’alerte pour rappeler qu’un pari excessif peut faire basculer le plaisir du sport dans une spirale dangereuse.
Quand le match disparaît derrière le pari
Que reste-t-il du football lorsque le score ne compte plus que pour l’argent misé ? C’est la question que pose la nouvelle campagne de l’Autorité nationale des jeux. Une semaine avant le coup d’envoi de la Coupe du Monde de football 2026, le régulateur français choisit de frapper fort : montrer ce qui arrive quand le pari prend toute la place, jusqu’à effacer le match lui-même.
La campagne, imaginée par l’agence Libre, repose sur une idée visuelle simple et immédiatement reconnaissable. Le bandeau jaune qui accompagne les publicités pour les jeux d’argent, habituellement perçu comme une mention obligatoire parmi d’autres, devient une rubalise qui matérialise une frontière : celle que l’on franchit lorsque le jeu cesse d’être maîtrisé.
La signature résume le message :
« Jouer avec excès, c’est entrer dans une zone à risques. »
Une Coupe du Monde qui inquiète le régulateur
Selon une enquête Toluna – Harris Interactive réalisée en ligne du 19 au 21 mai 2026 pour l’ANJ auprès de 1 071 personnes représentatives des Français âgés de 18 ans et plus, 57 % des Français déclarent avoir l’intention de suivre la Coupe du Monde de football.
Parmi ceux qui comptent regarder la compétition, beaucoup envisagent des paris amicaux avec leurs proches. Mais l’enjeu principal se situe ailleurs : 41 % des personnes qui prévoient de suivre la Coupe du Monde disent avoir l’intention de miser de l’argent auprès d’un opérateur. Ce niveau est supérieur à celui observé lors de la Coupe du Monde 2022, avec une hausse de 5 points, et à celui relevé lors de l’Euro 2024, avec une hausse de 6 points.
Chez les moins de 35 ans, cette intention de parier est encore plus marquée : elle atteint 54 %. Cette donnée confirme un point central pour le régulateur : les jeunes adultes sont particulièrement exposés aux paris sportifs, tant par leur pratique que par leur vulnérabilité face aux comportements excessifs.
La tendance ne concerne pas seulement le nombre de parieurs potentiels. Les Français qui envisagent de parier sont aussi plus nombreux qu’auparavant à déclarer qu’ils dépenseront davantage d’argent que par le passé. Ils sont 30 % en 2026, contre 19 % en 2022. Cette progression nourrit l’inquiétude de l’ANJ, dans une compétition appelée à concentrer une forte attention médiatique, sportive et publicitaire.
Le football, moteur majeur des mises en France
Le football occupe déjà une place dominante dans le marché français des paris sportifs. En 2025, plus de 6 milliards d’euros de mises en ligne ont été engagés. Le football représente à lui seul 55 % des paris, devant le tennis et le basket.
La précédente Coupe du Monde donne la mesure du phénomène. L’édition 2022 avait généré plus de 900 millions d’euros de mises, en ligne et en points de vente. La finale France-Argentine avait atteint un niveau record, avec près de 54 millions d’euros de mises engagées en ligne pour ce seul match.
Pour 2026, l’ANJ estime qu’un montant autour de 1,2 milliard d’euros pourrait être atteint. Cette projection tient compte de l’évolution du marché, des enjeux observés lors des dernières compétitions et du format renouvelé du tournoi. Le régulateur souligne toutefois que le parcours de l’équipe de France restera déterminant dans le niveau final des mises.
Des signaux de perte de contrôle déjà présents
Les données disponibles montrent que les comportements à risque existent déjà chez une partie des parieurs sportifs. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives a estimé en 2023 à 15,3 % la part des parieurs sportifs problématiques.
Parmi les signaux évoqués, la pratique la plus répandue consiste à rejouer pour combler une perte. Viennent ensuite le fait d’avoir misé plus d’argent qu’on ne peut se permettre de perdre, ou encore le sentiment de culpabilité après avoir joué.
L’enquête Toluna – Harris Interactive commandée par l’ANJ confirme que les risques sont largement identifiés par le public. Les risques d’addiction et de dépendance liés aux paris sportifs sont reconnus par 83 % des Français. Ce niveau monte à 91 % chez ceux qui comptent parier pendant la Coupe du Monde. Il progresse aussi fortement par rapport à 2022, avec une hausse de 14 points.
Mais connaître un risque ne suffit pas toujours à l’éviter. Plus d’un tiers des Français qui ont l’habitude de parier affirment avoir déjà eu le sentiment de perdre le contrôle. Chez les moins de 25 ans, le chiffre grimpe à 67 %, soit deux tiers des jeunes parieurs concernés.
L’entourage n’est pas épargné par cette réalité. Un Français sur cinq affirme connaître un proche ayant déjà perdu le contrôle avec les paris sportifs. Chez les plus jeunes, cette situation est beaucoup plus souvent mentionnée : 48 % déclarent connaître quelqu’un concerné.
Une scène de salon pour montrer l’invisible
Pour donner un corps concret à sa campagne, l’ANJ a installé un dispositif original au cœur de l’espace public. Derrière une rubalise jaune matérialisant la « zone à risques », un salon a été reconstitué dans une ville. Pendant toute la durée d’un match, un comédien a reproduit les comportements symptomatiques d’un joueur en difficulté.
La scène montre une trajectoire qui peut sembler banale au départ, mais qui devient progressivement inquiétante. Les pertes s’accumulent. Le joueur veut se refaire. L’agitation s’installe. La colère apparaît. Le match, pourtant au centre de la soirée, devient secondaire.
De nombreux passants se sont arrêtés pour observer la scène et échanger avec les équipes présentes. L’objectif de cette installation immersive était de rendre visibles des comportements souvent minimisés, banalisés ou invisibles. La campagne cherche ainsi à aider chacun à mieux reconnaître les signaux d’alerte liés aux paris sportifs excessifs.
Evalujeu, un outil pour faire le point
Les messages de la campagne renvoient vers Evalujeu, un site destiné à permettre aux joueurs d’évaluer leur pratique. L’objectif est d’aider chacun à mesurer son rapport au jeu et à obtenir des conseils adaptés pour garder la maîtrise.
Evalujeu permet également d’accéder à des informations utiles sur les dispositifs et les structures d’aide disponibles pour les joueurs et leur entourage. La perte de contrôle ne concerne pas seulement la personne qui parie. Elle peut aussi inquiéter les proches, provoquer des tensions familiales ou amicales, et rendre nécessaire un accompagnement extérieur.
« Plusieurs voyants au rouge »
La présidente de l’ANJ, Isabelle Falque-Pierrotin, résume l’état d’alerte du régulateur à l’approche de la compétition :
« A l’approche de cette Coupe du monde, nous entrons dans une zone à risques avec plusieurs voyants au rouge pour le régulateur : un plus grand nombre de matchs et donc de publicités et d’occasions de paris, et en parallèle, on observe une tendance à la hausse du nombre des joueurs de jeux d’argent excessifs et de leur contribution au chiffre d’affaires des opérateurs. L’étude menée par Toluna – Harris vient confirmer cette inquiétude en pointant des intentions de pari en hausse, en volume et en valeur ainsi qu’une très grande vulnérabilité chez les jeunes parieurs. Autant de raisons qui justifient que l’ANJ prenne la parole pour marquer les esprits avec sa campagne qui transforme le bandeau jaune des mentions légales en une zone de dangers bien réels et visibles. »
La Coupe du Monde de football 2026 s’annonce comme un moment majeur pour les amateurs de sport, mais aussi comme une séquence sensible pour le marché des paris. L’ANJ anticipe un niveau de mises potentiellement très élevé. Face à cette dynamique, la campagne « Zone à risques » cherche à déplacer le regard. Elle ne parle pas seulement de chiffres, de mises ou de marché. Elle raconte ce qui peut arriver à une personne lorsque le pari devient plus fort que le match, plus fort que le plaisir, plus fort que la limite qu’elle pensait pouvoir garder.

