Paris sportifs : ces offres qui défient la loi
Pour la Coupe du monde 2026, les opérateurs de paris sportifs multiplient les promotions destinées aux joueurs belges. Certaines respectent le cadre légal, tandis que d’autres s’approchent dangereusement de la frontière fixée par la loi, voire la franchissent selon la CJH.
Une compétition décisive pour les opérateurs de paris
Le parcours des Diables rouges lors de la Coupe du Monde s’est arrêté en quart de finale face à l’Espagne. Pour les opérateurs de jeux de hasard, cette aventure sportive était surtout une période particulièrement rentable. Les matchs de l’équipe nationale attirent davantage de parieurs et intensifient la concurrence entre les plateformes agréées. Chacune cherche alors à se démarquer par des cotes plus attractives, des gains améliorés, des concours ou des mécanismes promotionnels présentés comme exceptionnels.
À l’approche de la compétition, la Commission des jeux de hasard a rappelé aux opérateurs les règles applicables aux promotions. À la fin du mois de juin, les marques bwin et Ladbrokes ont retiré plusieurs offres destinées à attirer des joueurs. Ces promotions concernaient principalement leur activité de casino. Les modifications ont été effectuées afin de remettre les campagnes en conformité avec la législation. Le groupe Entain, auquel appartiennent les deux marques, n’a pas souhaité commenter ces retraits.
Cette marche arrière montre que la frontière entre une amélioration autorisée des gains et un avantage promotionnel interdit reste difficile à tracer. Les opérateurs développent des mécanismes complexes, tandis que le régulateur doit déterminer si chaque proposition fait réellement partie du jeu ou constitue un cadeau déguisé.
Toutes les entreprises ne partagent toutefois pas l’analyse de la Commission. Certaines affirment que leurs campagnes respectent entièrement les règles belges, même lorsqu’elles soulèvent des interrogations.
L’offre de Betano au cœur des questions
Parmi les campagnes encore visibles figurait une opération de Betano liée au match entre la Belgique et l’Espagne. La plateforme proposait un pari gratuit de 30 euros aux joueurs ayant misé au moins 20 euros sur la rencontre et remporté leur pari.
L’offre était liée à une mise et à la réussite du pari, mais elle ajoutait également un avantage qui ne correspondait pas directement au gain initial. Il revient donc au régulateur de déterminer si ce mécanisme respecte les conditions imposées à l’ensemble des opérateurs.
Betano défend pour sa part la légalité de son dispositif.
« Toutes nos campagnes et opérations sont conformes au cadre juridique et réglementaire en vigueur en Belgique. »
La Commission des jeux de hasard n’avait pas encore indiqué, dans les informations communiquées, si cette campagne particulière serait jugée conforme. Elle reconnaît néanmoins avoir observé plusieurs actions problématiques sur le marché.
Pourquoi les cadeaux sont-ils interdits ?
La législation belge interdit aux opérateurs de jeux de hasard d’offrir des cadeaux aux joueurs. Cette interdiction ne concerne pas uniquement les objets ou les sommes d’argent versées directement. L’article 60 de la loi sur les jeux de hasard vise également les participations gratuites, les crédits de jeu et les avantages susceptibles d’influencer le comportement d’un joueur. Une offre ne peut donc pas être utilisée pour pousser une personne à s’inscrire, l’inciter à miser davantage ou la convaincre de rester sur une plateforme.
Le texte précise que l’interdiction couvre « toute forme d’avantage proposé en vue d’influencer le comportement de jeu des joueurs ou d’attirer ou conserver des joueurs. »
La Commission des jeux de hasard a publié une note pour expliquer son interprétation. Selon le régulateur, une plateforme peut améliorer les gains à condition que le mécanisme soit directement intégré au jeu. La récompense doit également être accessible à tous les joueurs selon les mêmes règles. Cette distinction permet de comprendre pourquoi certaines offres restent autorisées et d’autres non.
La différence entre un gain amélioré et un cadeau
Prenons le cas d’un match entre la Belgique et l’Espagne. Une plateforme peut annoncer que tous les joueurs ayant misé sur cette rencontre recevront cinq euros supplémentaires si les Diables rouges marquent un but. Dans cette situation, l’avantage est lié à un événement du match. Il est intégré au pari et s’applique de façon identique à tous les participants concernés. Selon l’interprétation de la Commission, ce type de mécanisme peut être autorisé.
À l’inverse, un opérateur ne peut pas offrir dix euros de paris gratuits aux personnes qui ouvrent un nouveau compte à l’occasion de la rencontre. L’avantage ne dépend alors ni du résultat sportif ni du fonctionnement normal du jeu. Son objectif est directement lié à l’acquisition de nouveaux clients.
Les promotions limitées dans le temps peuvent également poser problème. Il en va de même pour les avantages accordés en dehors d’un jeu de hasard ou distribués différemment selon les joueurs.
La Commission confirme des dépassements
Magali Clavie, présidente de la Commission des jeux de hasard, confirme que certaines actions observées ne respecteraient pas l’article 60. Elle ne cite cependant pas publiquement les campagnes concernées.
« Nous avons constaté des actions qui, selon nous, ne sont pas conformes à l’article 60. Je pense que cette interdiction gêne les opérateurs car ils se sentent discriminés par rapport au secteur illégal. »
Les plateformes non autorisées peuvent en effet promouvoir leurs services à l’aide de bonus ou d’avantages que les entreprises agréées en Belgique n’ont pas le droit de proposer. Les opérateurs légaux estiment ainsi devoir affronter une concurrence qui ne respecte pas les mêmes contraintes.
Un contrôle ralenti par les procédures
Lorsqu’une campagne semble interdite, la Commission peut d’abord privilégier le dialogue et adresser un rappel à la loi. Cette méthode vise à obtenir rapidement le retrait ou la modification de l’offre. Le recours à une procédure classique est beaucoup plus long. Un procès-verbal doit être établi et transmis au parquet. L’entreprise concernée peut ensuite présenter sa défense et demander à être entendue.
« Tout cela prend du temps, pendant lequel la promotion interdite pourrait rester accessible, » avertit Magali Clavie.
Une procédure peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années. La sanction risque alors d’intervenir longtemps après la fin d’une campagne, en particulier lorsqu’une offre a été conçue pour un événement sportif de courte durée.
Les difficultés de la Commission ne sont pas seulement juridiques. Elles sont également humaines. Trois personnes sont chargées des contrôles pour l’ensemble du territoire belge. Une seule personne s’occupe des sanctions. Ces effectifs doivent surveiller les pratiques des opérateurs, examiner les campagnes promotionnelles et intervenir lorsque la réglementation n’est pas respectée.
Face à cette charge de travail, la Commission fonctionne selon des plans d’action prioritaires. Pendant la Coupe du monde 2026, ses contrôles portent sur quatre domaines : les offres illégales, l’utilisation du système recensant les personnes interdites de jeu dans les librairies, le respect de l’interdiction de la publicité et les bonus proposés aux joueurs.
« Notre but est d’obtenir une action et une régularisation rapides, » explique Magali Clavie.
Vers des pouvoirs renforcés pour le régulateur ?
La présidente de la Commission souhaite que l’institution dispose de moyens d’intervention plus directs. Elle évoque notamment la possibilité d’examiner les campagnes promotionnelles avant leur diffusion.
Magali Clavie souhaite également que la Commission puisse suspendre provisoirement une action manifestement interdite. Ce pouvoir donnerait au régulateur la possibilité d’intervenir immédiatement, sans attendre l’issue d’une procédure qui peut s’étendre sur plusieurs années.
Pour l’heure, la Commission doit composer avec des moyens limités, une procédure lourde et des campagnes conçues pour disparaître rapidement.
Une frontière légale devenue un enjeu commercial
Les opérateurs agréés cherchent à attirer les parieurs dans un marché très concurrentiel, tout en respectant une législation qui interdit les cadeaux et les avantages destinés à influencer le comportement de jeu. Les campagnes les plus sophistiquées reposent parfois sur des différences difficiles à percevoir pour le public.
Les retraits effectués par bwin et Ladbrokes démontrent que les rappels du régulateur peuvent produire des résultats rapides. Les interrogations entourant d’autres campagnes montrent cependant que l’interprétation du cadre légal continuera d’alimenter les débats.

