Taxe sur les jeux : la Flandre perd des millions
En Flandre, les recettes fiscales provenant des jeux de hasard ont diminué de 8 % en deux ans, passant de 75 millions d’euros en 2023 à 69 millions en 2025. Alors que les Belges continuent de miser des milliards d’euros, la progression des jeux en ligne, moins taxés que les établissements physiques, fragilise les revenus régionaux et ravive les tensions politiques autour d’une réforme fiscale.
Une taxe qui rapporte 6 millions d’euros de moins
Les chiffres communiqués par le ministre flamand des Finances Ben Weyts, à la demande du député socialiste Simon Bekaert (Vooruit), révèlent une évolution préoccupante pour les finances publiques.
En 2023, la Flandre percevait encore 75 millions d’euros grâce à la taxation des jeux de hasard. Deux ans plus tard, cette somme n’atteignait plus que 69 millions d’euros, soit une diminution de 6 millions.
Cette baisse contraste avec le niveau toujours élevé des activités du secteur. En Belgique, plus de 30 milliards d’euros sont misés chaque année, dont jusqu’à 18 milliards en Flandre, selon Simon Bekaert. Le chiffre d’affaires brut du secteur belge est passé de 1,69 milliard d’euros en 2023 à 1,62 milliard en 2025. L’activité connaît donc un léger recul, mais la diminution des recettes fiscales flamandes est proportionnellement plus importante.
« C’est une baisse de 8 pour cent en deux ans à peine », souligne Simon Bekaert, qui redoute une aggravation du manque à gagner si aucune mesure n’est adoptée.
Pourquoi les jeux en ligne font-ils chuter les recettes fiscales ?
Le problème réside principalement dans la différence de taxation entre les établissements traditionnels et les plateformes numériques.
En Flandre, les jeux pratiqués dans les casinos et autres établissements physiques sont soumis à un taux de 15 %, contre seulement 11 % pour les jeux en ligne.
Or, les habitudes des joueurs évoluent rapidement. Entre 2023 et 2025, le nombre de parties jouées dans les établissements physiques a diminué de 7,2 %, tandis que l’activité en ligne progressait de 5,4 %. Aujourd’hui, les jeux en ligne représentent environ 60 % de l’activité.
Cette transformation modifie progressivement la répartition des recettes fiscales. Plus les joueurs privilégient les plateformes numériques, plus une part importante de l’activité relève du taux réduit de 11 %.
Une réforme fiscale qui pourrait rapporter des millions
Pour corriger ce déséquilibre, le gouvernement flamand avait inscrit dans son accord de coalition une augmentation de la taxe sur les jeux en ligne. L’objectif actuel consiste à porter le taux de 11 à 15 %, afin de l’aligner sur celui des établissements physiques. Mais cette réforme reste bloquée, alors que des recettes supplémentaires avaient déjà été envisagées lors de l’élaboration des budgets.
Selon Simon Bekaert, le ministre Ben Weyts a comptabilisé à deux reprises 40 millions d’euros de revenus supplémentaires attendus grâce à la nouvelle taxation.
« Nous sommes déjà passés à côté de 80 millions d’euros », dénonce le député socialiste.
Cette estimation repose toutefois sur un ancien projet prévoyant un taux de 20 %, et non sur l’objectif actuel de 15 %. Les 80 millions évoqués ne correspondent donc pas directement aux recettes qui seraient générées par la réforme désormais envisagée.
Pourquoi Bruxelles bloque-t-elle l’augmentation de la taxe ?
L’obstacle principal se trouve dans les règles qui déterminent où les opérateurs de jeux doivent payer leurs impôts. Actuellement, la taxation dépend de la Région dans laquelle se trouve le serveur informatique utilisé par l’opérateur.
Cette particularité complique toute augmentation décidée uniquement par la Flandre. Si une Région applique un taux supérieur à celui de ses voisines, les entreprises peuvent être incitées à installer leurs serveurs là où la fiscalité est plus avantageuse.
C’est pourquoi l’accord de gouvernement flamand prévoit que les autres Régions doivent également relever leur taxation. La Wallonie a déjà accepté de suivre cette orientation, selon Simon Bekaert. Bruxelles, en revanche, refuse pour l’instant de s’engager dans cette voie. Le ministre bruxellois des Finances Dirk De Smedt (Anders) rappelle que cette augmentation ne figure pas dans l’accord de gouvernement régional. Son opposition favoriserait même le retour de certains serveurs dans la capitale, une évolution qu’il accueille favorablement.
Taxer les joueurs plutôt que les serveurs : une solution ?
Face au blocage bruxellois, Vooruit propose de modifier les règles de localisation de la taxe. Plutôt que de prendre en compte l’endroit où se trouve le serveur informatique, le parti souhaite que l’imposition dépende du lieu où se trouve le joueur lorsqu’il mise.
« Il vaudrait mieux que la taxe soit perçue là où se trouve le joueur au moment où il joue », estime Simon Bekaert, qui affirme qu’une telle solution est techniquement réalisable.
Cette proposition reçoit le soutien du CD&V, également membre de la coalition flamande.
Le député démocrate-chrétien Stijn De Roo défend le même principe : lorsqu’une personne joue depuis la Flandre, les taxes correspondantes devraient être perçues dans cette Région.
Une telle modification permettrait de réduire l’importance fiscale de l’emplacement des serveurs et de limiter les avantages associés à leur installation dans une Région moins imposée.
Une taxation directement sur les mises envisagée
Vooruit et le CD&V souhaitent également revoir la manière dont la taxe sur les jeux de hasard est calculée.
Aujourd’hui, elle porte sur les recettes brutes des opérateurs, correspondant à la différence entre les sommes misées et les gains reversés aux joueurs.
Les deux partis proposent de s’inspirer du système allemand, dans lequel la taxation est calculée directement sur les mises.
L’objectif ne serait donc plus uniquement d’augmenter les revenus publics, mais aussi de décourager les comportements de jeu.
« Cela touche directement le joueur et aura un effet dissuasif », explique Simon Bekaert.
Une décision attendue en novembre
Malgré leurs propositions communes, les partenaires flamands ne privilégient pas exactement la même stratégie.
Vooruit souhaite avancer sans attendre un accord avec Bruxelles. Le CD&V préfère encore miser sur une solution négociée entre les différents gouvernements. Le dossier doit être examiné en novembre au Comité de concertation, l’instance réunissant les autorités fédérales et régionales.
Ben Weyts reconnaît cependant les difficultés d’un éventuel compromis. Le ministre estime qu’une solution pourrait surtout dépendre des partis qui composent la coalition bruxelloise, confrontée elle aussi à des contraintes budgétaires.
Il remet également en question le maintien d’une fiscalité plus favorable aux jeux en ligne, où le contrôle social est absent, contrairement aux casinos physiques qui conservent, selon lui, une certaine surveillance.

