Étude: comment les mineurs contournent les règles
Une étude récente de la Kansspelautoriteit (Ksa) révèle que si les plateformes légales semblent globalement efficaces pour empêcher les mineurs de jouer en ligne, ces derniers continuent d’accéder aux jeux d’argent, principalement via des circuits illégaux.
Un système légal jugé globalement fiable
Pendant plusieurs mois, la Ksa a mené une enquête approfondie pour comprendre comment des mineurs pouvaient accéder à des plateformes pourtant strictement encadrées. L’étude conclut qu’il est presque impossible pour un mineur de jouer sur une plateforme légale en ligne. Les procédures d’inscription, combinées à des systèmes rigoureux de vérification d’identité et de comptes bancaires, semblent remplir leur rôle.
Pour les autorités, c’est une confirmation importante : le cadre réglementaire en vigueur protège efficacement les utilisateurs les plus vulnérables, du moins dans le marché légal.
Dans de rares cas, des mineurs ont pu accéder aux jeux d’argent en utilisant les comptes de tiers. Il s’agit principalement de situations où un jeune utilise le compte d’un parent, d’un membre de la famille ou d’un ami majeur. Dans d’autres cas, plus techniques, des correspondances entre initiales identiques ont permis de lier un compte bancaire à un profil qui ne correspondait pas exactement à son propriétaire. Ces situations restent extrêmement limitées.
Les opérateurs eux-mêmes reconnaissent avoir été confrontés à ces scénarios sans disposer immédiatement de solutions. Toutefois, des améliorations sont désormais en cours. L’autorité prévoit d’ailleurs d’échanger avec les acteurs du secteur afin d’harmoniser les pratiques et renforcer encore les dispositifs existants.
Michel Groothuizen, président de la Ksa :
“La Ksa est très préoccupée par le jeu chez les mineurs. Heureusement, il s’avère que ce phénomène est très rare chez les titulaires de licence, mais nous disposons néanmoins d’indices clairs montrant qu’il existe bel et bien.”
Le marché illégal, véritable angle mort
Selon l’étude, les mineurs qui parviennent à jouer en ligne le font majoritairement via des plateformes illégales. Contrairement aux opérateurs autorisés, ces sites échappent aux obligations strictes en matière de vérification d’âge, de contrôle des paiements et de protection des joueurs.
Des études antérieures de la KVA ont montré que des mineurs pouvaient facilement effectuer des dépôts sur ces sites, parfois même via des comptes bancaires destinés aux jeunes. D’autres recherches ont mis en évidence des stratégies de marketing directement ciblées vers les adolescents. Des campagnes promotionnelles, comme des opérations de type rentrée scolaire, ont été utilisées pour attirer un public pourtant interdit d’accès à ces services.
“Les prestataires illégaux appliquent souvent des normes inexistantes ou très laxistes en matière de vérification de l’âge et de publicité ciblant précisément ce jeune public, par exemple via TikTok.”
Renforcer la lutte contre l’offre illégale
Face à ces constats, les autorités appellent à une intensification des efforts contre les plateformes illégales.
Les mesures actuelles restent difficiles à mettre en œuvre dans un environnement numérique en constante évolution.Le défi est d’autant plus grand que ces plateformes savent s’adapter rapidement. Elles changent d’adresse, utilisent des intermédiaires ou exploitent des zones grises juridiques pour continuer leurs activités.
La lutte contre les jeux d’argent chez les mineurs ne peut se limiter à renforcer les contrôles sur les plateformes légales. Elle doit intégrer une action coordonnée contre l’offre illégale, mais aussi une politique ambitieuse de prévention.
La situation belge
Malgré un cadre légal renforcé, les jeunes belges continuent de jouer massivement. Depuis 2024, l’âge minimum pour accéder aux jeux d’argent est fixé à 21 ans, mais près de 39 % des 18-20 ans déclarent avoir joué malgré cette interdiction.
Le numérique joue un rôle central dans ce phénomène. Les jeunes accèdent facilement aux plateformes en ligne, où la distinction entre sites légaux et illégaux reste floue. Environ un jeune sur cinq reconnaît avoir déjà joué sur des sites illégaux, attiré par une accessibilité sans contrôle et des offres plus agressives.
Cette situation fragilise la régulation. En durcissant les règles pour les opérateurs légaux, une partie des jeunes se tourne vers des alternatives clandestines, sans protection ni vérification d’âge.

