Un Belge perd 7,5 millions d’euros lors de la Coupe du monde sur les marchés de prédictions
Le nom de Leeeroyjenkins fait actuellement le tour du monde dans le secteur international des jeux d’argent en ligne. Cet utilisateur anonyme a misé pas moins de 7,5 millions d’euros sur une victoire des Diables Rouges contre l’Égypte lors de la Coupe du monde de football, via la plateforme de paris Polymarket. C’est ce que rapporte Tijd.be.
En cas de victoire de la Belgique, le parieur aurait empoché environ 11,4 millions d’euros. Le match s’est toutefois soldé par un match nul, entraînant la perte totale de sa mise.
Cette perte spectaculaire n’est pas un cas isolé. Elle souligne l’essor fulgurant des « marchés de prédiction », une nouvelle forme de paris en ligne qui gagne en popularité et touche désormais également le marché belge des jeux de hasard.
Les marchés de prédiction gagnent du terrain
Alors que les parieurs se tournaient depuis des années vers des bookmakers traditionnels tels que Napoleon Games, Unibet ou Betfirst, ils sont de plus en plus nombreux à opter pour des plateformes comme Polymarket et Kalshi.
Ces entreprises ne se présentent pas comme des bookmakers, mais comme des marchés de prédiction. Les utilisateurs n’y parient pas contre un bookmaker, mais achètent et vendent en quelque sorte des « actions » sur le résultat d’un événement. Le prix est déterminé par l’offre et la demande, à l’instar d’une bourse.
De ce fait, les frais de transaction sont souvent nettement inférieurs à ceux pratiqués par les bookmakers traditionnels.
Pendant la Coupe du monde de football, ces plateformes semblent attirer des sommes colossales. Selon les estimations, plus de 5 milliards de dollars auraient déjà été misés rien que sur Polymarket et Kalshi.
Les joueurs belges ne sont pas en reste
Bien que les marchés de prédiction ne soient pas autorisés en Belgique, de plus en plus de Belges semblent tout de même fréquenter ces plateformes.
D’après les chiffres de la Commission des jeux de hasard, 70 000 internautes belges en moyenne ont visité Polymarket et Kalshi au cours des derniers mois. Rien que pendant la première semaine de la Coupe du monde, plus de 30 000 visites ont été enregistrées.
Ces plateformes ne sont officiellement pas accessibles aux joueurs belges, mais les utilisateurs parviennent à contourner les blocages assez facilement, notamment grâce à des connexions VPN.
Les jeunes délaissent le marché légal
Selon le secteur belge des jeux de hasard, cette évolution constitue un problème croissant.
Napoleon Games affirme que ce sont surtout les jeunes joueurs qui, suite au relèvement de l’âge minimum pour les jeux d’argent en ligne de 18 à 21 ans, se sont tournés vers des alternatives illégales.
Selon l’opérateur, l’hypothèse selon laquelle ces joueurs reviendraient vers l’offre légale après leur 21e anniversaire ne semble pas se vérifier pour l’instant.
Il en résulte exactement l’effet inverse de celui visé par le législateur : au lieu de bénéficier d’une meilleure protection, les jeunes joueurs se tournent vers des plateformes qui opèrent en dehors du cadre de la surveillance belge.
Absence de protection belge
Cela comporte des risques.
Les marchés de prédiction ne disposent pas d’une licence belge et ne relèvent donc pas de la surveillance de la Commission des jeux de hasard. En général, les joueurs ne peuvent pas y bénéficier des garanties qui s’appliquent chez les opérateurs agréés, telles que les contrôles relatifs au jeu responsable, la vérification de l’âge ou les mesures de protection nationales.
De nombreuses plateformes de ce type fonctionnent en outre avec des cryptomonnaies, ce qui fait que les transactions s’effectuent en grande partie en dehors du système financier traditionnel.
Le nouveau concurrent des bookmakers
Partout dans le monde, la pression s’intensifie sur les bookmakers traditionnels.
Non seulement ils perdent des parts de marché au profit des marchés de prédiction, mais ils soulignent également que ces deux types d’opérateurs sont soumis à des réglementations différentes.
Alors que les bookmakers agréés doivent se conformer à des obligations étendues en matière de publicité, de protection des joueurs, de vérification d’identité et de jeu responsable, les marchés de pronostics sont, dans certains pays, soumis à une surveillance financière ou opèrent depuis des juridictions où la réglementation est beaucoup plus limitée.
Selon le secteur, cela crée des conditions de concurrence inégales.
La FIFA choisit un partenaire de choix
Le fait que les marchés de pronostics soient pris de plus en plus au sérieux ressort également d’une évolution marquante survenue pendant la Coupe du monde.
Les détracteurs craignent que de telles collaborations ne contribuent à normaliser davantage des plateformes qui ne sont pas autorisées dans de nombreux pays européens.
La Belgique doit rester vigilante
Pour la Belgique, l’émergence des marchés de prédiction constitue un nouveau défi.
La Commission des jeux de hasard a beaucoup investi ces dernières années dans la lutte contre les casinos en ligne illégaux, mais les marchés de prédiction évoluent en partie dans une zone grise juridique et sont en outre de plus en plus faciles à trouver sur Internet et les réseaux sociaux.
À cela s’ajoute le fait que des études récentes montrent que les chatbots basés sur l’IA et les moteurs de recherche renvoient régulièrement vers des prestataires non agréés. Les consommateurs peuvent ainsi accéder de plus en plus facilement à des plateformes qui opèrent en dehors du champ de contrôle belge.
Plus qu’un pari spectaculaire
La perte de 7,5 millions d’euros subie par Leeeroyjenkins est sans aucun doute spectaculaire, mais elle ne reflète qu’une partie de la réalité.
La véritable évolution se déroule en coulisses. Les marchés prédictifs connaissent une croissance fulgurante, attirent des milliards de mises et gagnent en popularité, notamment auprès des jeunes joueurs.
Pour le marché belge des jeux de hasard, c’est un signal important. Non seulement les bookmakers, mais aussi les décideurs politiques et les autorités de contrôle devront se demander comment réglementer cette nouvelle génération de plateformes de paris.
En effet, tant que les marchés de paris illégaux ou non autorisés deviendront de plus en plus accessibles, un nombre croissant de parieurs belges risque de se retrouver hors de la protection du marché réglementé.

