Gardner révèle les coulisses de la régulation
Sarah Gardner connaît de l’intérieur les difficultés de la régulation britannique des jeux d’argent. Après près de 17 ans passés au sein de la Commission des jeux d’argent, dont elle assure désormais la direction générale par intérim, elle défend une approche fondée sur un équilibre délicat : permettre aux joueurs de pratiquer une activité de loisir tout en protégeant ceux qui présentent davantage de risques.
Une dirigeante au cœur d’une période de transition
La Commission des jeux d’argent britannique traverse une période de changements importants. Sarah Gardner occupe actuellement le poste de directrice générale par intérim après le départ d’Andrew Rhodes en février 2026. Tim Miller, directeur chargé de la politique réglementaire, a également annoncé en juin son intention de quitter l’organisme après dix années de présence. Lors d’une intervention en juillet, Miller avait dressé un bilan positif de cette décennie passée auprès du régulateur. Une partie de ses responsabilités doit désormais être reprise à partir de septembre par Sarah Fox, haute fonctionnaire issue du ministère britannique chargé notamment du numérique, de la culture, des médias et du sport.
Dans ce contexte, Sarah Gardner représente une forme de continuité. Sa carrière au sein de l’autorité britannique s’étend sur près de 17 ans et lui a permis d’occuper plusieurs fonctions. Elle plaisante même sur son statut de personne destinée à faire toute sa carrière au sein de la Commission.
« La Commission s’est révélée assez difficile à quitter. Je pense qu’il y a toujours un nouveau défi. Quelqu’un m’a un jour décrit la régulation des jeux d’argent comme quelque chose d’absolument séduisant. Je n’irais peut-être pas jusque-là, mais cela vous maintient certainement très intéressé. »
Réguler sans empêcher les joueurs de jouer
Sarah Gardner estime que le secteur présente un intérêt particulier précisément parce qu’il oblige les autorités à arbitrer entre des objectifs qui peuvent entrer en tension. D’un côté, les consommateurs doivent pouvoir profiter librement d’une activité qu’ils pratiquent pendant leur temps libre. De l’autre, certaines personnes ont besoin de mesures de protection.
« Du point de vue réglementaire, c’est un secteur vraiment intéressant parce qu’on essaie véritablement de trouver le bon équilibre entre permettre aux gens de profiter de ce qu’ils aiment faire pendant leur temps libre et s’assurer qu’il existe des protections pour ceux qui en ont besoin. »
Cette recherche d’équilibre explique, selon elle, une partie de son attachement à l’institution. Gardner affirme d’ailleurs avoir exercé la plupart des fonctions présentes autour de la table de la direction de la Commission au cours de ses années au sein de l’organisme.
« L’approche que j’essaie de favoriser de plus en plus à la Commission consiste à être plus créatif et à ne pas toujours recourir à l’instrument le plus brutal. »
Les contrôles financiers deviennent le test majeur
Les évaluations des risques financiers, également présentées comme des contrôles liés à la capacité financière des joueurs, figurent parmi les sujets les plus polarisants pour le secteur britannique.
Un projet pilote a été mené en 2025. Des joueurs présentant des dépenses élevées auprès de plusieurs opérateurs majeurs ont alors été signalés afin de faire l’objet de contrôles de crédit supplémentaires réalisés par des organismes indépendants.
En 2026, la Commission a retardé sa communication concernant la mesure avant de confirmer en juillet son introduction officielle selon un déploiement progressif. Cette décision a suscité des réactions défavorables dans plusieurs composantes du secteur. L’industrie des courses hippiques et des responsables politiques ont également exprimé leur opposition.
Sarah Gardner considère ce dossier comme une illustration de la recherche d’un compromis entre liberté des consommateurs et protection des personnes les plus vulnérables. Selon elle, le but consiste à identifier plus précisément les joueurs qui ont réellement besoin d’un accompagnement, plutôt que d’imposer des demandes supplémentaires à un nombre beaucoup plus important de consommateurs.
« Ce que nous faisons actuellement sur les évaluations des risques financiers, aussi controversé que cela puisse être, constitue un très bon exemple de recherche d’équilibre entre le plaisir des joueurs et la protection des consommateurs. »
Le débat sur les contrôles financiers ne porte pas uniquement sur leur efficacité. Il touche directement à la question de la vie privée et au niveau d’intervention acceptable lorsqu’une personne pratique une activité de loisir.
Sarah Gardner reconnaît implicitement cette difficulté lorsqu’elle explique pourquoi une approche plus ciblée lui semble préférable. L’objectif, selon elle, est d’éviter de demander des documents supplémentaires à une population beaucoup plus large de joueurs lorsque cela n’est pas nécessaire.
« Ainsi, vous n’avez pas à demander des documents supplémentaires à un échantillon beaucoup plus important de consommateurs, ce qui me semble franchement trop intrusif pour ce qui est censé être une activité de loisir. »
La protection des consommateurs ne signifie pas, dans son raisonnement, que chaque joueur doit automatiquement être soumis au même niveau de contrôle. La difficulté consiste plutôt à identifier les personnes nécessitant une attention supplémentaire sans transformer une mesure de protection ciblée en procédure généralisée.
« La régulation peut être une tâche ingrate »
Sarah Gardner ne cache pas une autre réalité de son métier : une décision réglementaire peut simultanément être considérée comme insuffisante par certains et excessive par d’autres. Pour la dirigeante par intérim, cette opposition permanente fait presque partie de la fonction.
« La régulation peut être une tâche assez ingrate parce qu’on ne peut jamais satisfaire tout le monde. Je ne vois aucune annonce que j’ai faite où une moitié du débat n’a pas dit : “Cela ne va pas assez loin”, tandis que l’autre moitié disait : “Cela va peut-être trop loin”. Cela peut en réalité être un indicateur montrant que vous vous trouvez globalement au bon endroit. »
Le parcours de Sarah Gardner permet finalement de comprendre pourquoi la réglementation des jeux d’argent reste un exercice aussi délicat au Royaume-Uni.
Après près de 17 années passées au sein de la Commission, elle affirme être restée précisément parce que les problématiques ne cessent d’évoluer. Elle veut maintenant pousser l’organisme à chercher des solutions plus créatives et plus précises plutôt qu’à utiliser systématiquement les outils réglementaires les plus lourds.

