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Un algorithme de l’ANJ révèle l’ampleur du jeu excessif

Le 13 mai 2026, l’Autorité nationale des jeux a présenté les premiers résultats de son algorithme destiné à mieux identifier les joueurs excessifs. Les chiffres font apparaître une hausse inquiétante du nombre de joueurs concernés et de leur poids dans le produit brut des jeux des opérateurs.

Un signal d’alerte pour tout le secteur des jeux d’argent

Selon les premières estimations de l’Autorité nationale des jeux, l’algorithme qu’elle a développé a identifié 600 000 joueurs ayant une forte probabilité d’être excessifs. Ce chiffre représente 8,7 % de l’ensemble des joueurs sur compte. Parmi eux, environ 300 000 seraient dans une situation si manifeste que leur identification par les opérateurs est jugée impérative par le régulateur.

La donnée la plus sensible ne concerne pas seulement le nombre de joueurs. Elle touche aussi au modèle économique du secteur. Ces joueurs ont généré 1,2 milliard d’euros de produit brut des jeux, soit 60 % du produit brut total. Cette proportion est présentée comme étant en hausse constante depuis 2023.

Le jeu excessif ne constitue pas un phénomène marginal dans l’activité en ligne et sur compte. Il représente une part importante des revenus du marché, ce qui renforce l’urgence d’une identification plus efficace.

Une priorité inscrite dans la stratégie du régulateur

L’ANJ avait déjà placé la réduction du jeu excessif ou pathologique au centre de son plan stratégique 2024-2026.

Cette priorité concerne directement les opérateurs de jeux d’argent et de hasard, auxquels le régulateur demande de respecter leur obligation légale d’identification et d’accompagnement. Cette obligation implique aussi d’agir auprès des joueurs concernés. L’accompagnement peut prendre plusieurs formes : appels téléphoniques, propositions de modérateurs de jeu, limitations adaptées, orientation vers des associations ou des centres de soins, voire fermeture de comptes joueurs.

Il s’agit d’abord de détecter davantage de situations problématiques. Il s’agit ensuite d’éviter que l’identification ne reste un simple exercice statistique, sans conséquences concrètes pour les personnes concernées.

Pourquoi un algorithme était devenu nécessaire

Lors de l’examen annuel des plans d’actions consacrés à la prévention du jeu excessif ou pathologique, l’ANJ a constaté une progression des dispositifs d’identification en ligne. Le nombre de joueurs excessifs identifiés par les opérateurs a été multiplié par trois entre 2024 et 2025, passant de 31 000 à 89 000. Mais cette amélioration reste jugée insuffisante. Pour l’Autorité, le volume déclaré par les opérateurs demeure incohérent avec la taille de leur bassin de joueurs et avec les études de prévalence.

Pour objectiver ses demandes de mise en conformité, l’ANJ a conçu un algorithme capable d’identifier les joueurs excessifs dans l’univers des joueurs sur compte. Le périmètre concerne les opérateurs agréés en ligne, ainsi que le jeu sur compte de la Française des jeux et du Pari mutuel urbain.

L’outil doit d’abord aider les opérateurs proposant une activité de jeu sur compte à satisfaire à leur obligation d’identification. Il doit ensuite permettre au régulateur d’évaluer plus précisément l’effort attendu en matière de détection et de réduction du produit brut des jeux généré par ces joueurs.

L’ANJ précise toutefois que cet algorithme n’a pas vocation à mesurer le nombre exact de joueurs excessifs. Il ne remplace pas les enquêtes barométriques menées en population générale. Il sert plutôt de point de référence pour apprécier les tendances et comparer les efforts d’identification.

L’algorithme a été conçu à partir de 2024. L’ANJ s’est appuyée sur les données de jeu réalisées en ligne à partir de comptes joueurs détenus auprès d’opérateurs agréés, de la Française des jeux et du Pari mutuel urbain. Ces données sont transmises en continu au régulateur afin qu’il puisse exercer ses missions.

L’outil repose aussi sur la littérature scientifique. En 2025, l’Autorité l’a présenté aux opérateurs et a organisé une concertation. Le dispositif mobilise 23 indicateurs ou critères de risque pour obtenir un score unique par joueur selon ses mouvements financiers, ses modérateurs de jeu, son activité, sa fréquence de jeu et ses antécédents. À partir du score obtenu, les joueurs sont répartis en quatre catégories : joueur récréatif, joueur à risque modéré, joueur excessif et joueur manifestement excessif.

La performance de l’algorithme a été validée et mesurée à l’aune de l’Indice canadien du jeu excessif, sous le contrôle d’un comité scientifique composé de chercheurs reconnus. Ce comité comprend Jean-Michel Costes, chercheur associé à la Chaire de recherche sur l’étude des jeux de l’Université Concordia de Montréal, Amandine Luquiens, professeure au service d’addictologie du CHU de Nîmes, Gaëlle Challet-Bouju, ingénieure de recherche hospitalier au CHU de Nantes, et Sylvia Kairouz, professeure et directrice de la Chaire de recherche sur l’étude des jeux à l’Université Concordia de Montréal.

Des résultats qui dépassent la seule croissance du marché

Les premières données issues de l’algorithme font ressortir deux tendances préoccupantes. La première concerne l’augmentation du nombre de joueurs excessifs. Au second semestre 2025, 600 000 joueurs ont été identifiés comme ayant une forte probabilité d’être excessifs.

Cette hausse pourrait en partie s’expliquer par la croissance globale du marché, mais le nombre de joueurs excessifs a augmenté plus vite que le nombre total de joueurs.

La deuxième tendance concerne la contribution de ces joueurs au chiffre d’affaires des opérateurs. Les 1,2 milliard d’euros de produit brut des jeux générés par les joueurs excessifs représentent 60 % du total. Cette part est, elle aussi, en progression constante depuis 2023.

Un outil facultatif pour les opérateurs, un repère pour le régulateur

Pour les opérateurs, l’algorithme n’est pas imposé comme un dispositif obligatoire. L’ANJ le met à leur disposition en toute transparence. Ils peuvent l’utiliser comme un baromètre de conformité, afin de vérifier si leur propre niveau d’identification des joueurs excessifs est adapté. L’outil peut aussi être utilisé en complément des algorithmes internes déjà développés par les opérateurs. Cette approche laisse une marge d’organisation aux entreprises du secteur, tout en fixant un repère commun.

Pour le régulateur, l’algorithme constitue un point de référence précieux. Il permettra de suivre les tendances et d’évaluer l’efficacité de la prévention du jeu excessif ou pathologique. L’ANJ rappelle que cet objectif est le premier de la politique de l’État en matière de jeux, et que les opérateurs doivent y contribuer.

Le défi des points de vente reste ouvert

L’alerte lancée par l’ANJ ne se limite pas au jeu en ligne. Isabelle Falque-Pierrotin insiste aussi sur la nécessité d’étendre l’effort d’identification aux points de vente. Selon elle, il apparaît nécessaire que cette identification puisse également s’exercer dans ces lieux physiques, un objectif que l’Autorité demande aux deux monopoles de poursuivre depuis 2024.

Pour l’ANJ, le nouvel outil représente à la fois un instrument de mesure, un levier de conformité et un moyen de pression. Il donne au régulateur une base plus précise pour demander des comptes aux opérateurs.

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