Le marché belge des jeux d’argent sous la loupe : le directeur général de H2 y voit à la fois des opportunités et des risques
Lors du salon Gaming in Holland à Amsterdam, une présentation a particulièrement retenu l’attention. Il ne s’agissait pas de celle d’un régulateur ou du PDG d’un grand opérateur, mais de celle de Josh Hodgson, directeur des opérations chez H2 Gambling Capital.
Depuis des années, H2 est considéré comme l’une des principales sources de données au sein de l’industrie internationale des jeux d’argent. Lorsque Hodgson présente des chiffres, les opérateurs, les régulateurs et les investisseurs écoutent attentivement.
À l’issue de sa présentation, Gambling Club s’est entretenu avec M. Hodgson dans une ambiance informelle. Pas de PowerPoint, pas de podium. Juste une conversation ouverte sur les Pays-Bas, la Belgique et les défis auxquels ces deux marchés sont actuellement confrontés.
« Les Pays-Bas se sont mis dans une position difficile »
Selon M. Hodgson, le marché néerlandais reste l’un des marchés réglementés des jeux d’argent les plus intéressants d’Europe.
« Lorsque le marché s’est ouvert, l’objectif était clair : attirer les joueurs vers les opérateurs légaux. C’est ce qu’on appelle la canalisation. Mais c’est précisément là que nous voyons aujourd’hui des tensions apparaître. »
Ces tensions sont visibles dans plusieurs études et analyses de marché. Selon des chiffres antérieurs de H2, le marché néerlandais des jeux d’argent dans son ensemble atteignait environ 5,1 milliards d’euros en 2024. Pour 2025, on s’attendait au contraire à une baisse, principalement due à la diminution des revenus en ligne.
Selon Hodgson, cela crée un conflit d’intérêts
« On veut protéger les joueurs. Tout le monde le comprend. Mais si, dans le même temps, on limite les bonus, on renforce les plafonds de dépôt et on réduit la publicité, on court le risque que les joueurs se mettent à chercher des alternatives. »
Ce sujet a été abordé à plusieurs reprises lors de Gaming in Holland. La croissance de l’offre illégale est désormais l’une des principales préoccupations du marché néerlandais. Cette année, la conférence elle-même était en grande partie consacrée à la reconquête des parts de marché détenues par les opérateurs illégaux.
La Belgique observe
Bien que l’attention lors de Gaming in Holland se soit logiquement portée sur les Pays-Bas, la Belgique a régulièrement été évoquée.
Selon Hodgson, les deux pays se trouvent dans une situation similaire.
« La Belgique a souvent une longueur d’avance sur les Pays-Bas en matière de réglementation. L’interdiction totale du parrainage des jeux d’argent et les restrictions sévères en matière de publicité y sont désormais une réalité. La question est de savoir quel sera l’impact à long terme sur la canalisation. »
Pour le marché belge, on s’intéresse de plus en plus à l’équilibre entre la protection des consommateurs et la compétitivité des opérateurs légaux.
« Un titulaire de licence doit rester suffisamment attractif pour les joueurs. Sinon, l’activité se déplace vers des acteurs qui ne se soucient guère des règles locales. »
Ce n’est pas un problème typiquement néerlandais ou belge. Partout en Europe, les marchés réglementés sont confrontés à la même question : comment protéger les joueurs sans rendre l’offre légale moins attrayante que l’alternative illégale ?
Les chiffres révèlent une réalité plus large
Au cours de sa présentation, Hodgson a montré que les jeux d’argent en ligne en Europe continuent de croître plus rapidement que les jeux d’argent terrestres. H2 prévoit pour les années à venir une croissance nettement plus forte pour les jeux d’argent en ligne que pour les casinos physiques et les salles de jeux.
Selon lui, le débat ne porte donc pas exclusivement sur le chiffre d’affaires.
« La véritable question est de savoir où se retrouvent les joueurs. Un marché réglementé n’est couronné de succès que lorsque les joueurs choisissent effectivement des opérateurs agréés. »
C’est précisément pour cette raison que les décideurs politiques, les autorités de contrôle et les opérateurs se concentrent autant sur les taux de canalisation.
« Les deux prochaines années seront décisives »
Alors que le café touche à sa fin, la conversation s’oriente naturellement vers l’avenir.
Hodgson s’attend à ce que tant les Pays-Bas que la Belgique aient des choix importants à faire dans les années à venir.
« Les intentions qui sous-tendent des règles plus strictes sont souvent louables. Mais au final, il faut s’intéresser à l’effet produit. Pas à ce que l’on espère voir se produire, mais à ce que les joueurs font réellement. »
Cela semble également être le message principal de sa présentation lors de Gaming in Holland.
Le débat sur les jeux d’argent ne porte plus uniquement sur la publicité, les bonus ou les taux d’imposition depuis longtemps. La question centrale est devenue bien plus fondamentale.
Comment retenir les joueurs au sein du système réglementé ?
Tant pour les Pays-Bas que pour la Belgique, cela semble être le défi qui déterminera l’évolution du marché dans les années à venir.

