Les librairies face à de nouvelles règles
À partir du 13 août 2026, les librairies-presse indépendantes disposent en Belgique d’un nouveau cadre juridique. Cette réforme, réclamée depuis une dizaine d’années par la fédération Corbis, entend mieux distinguer les librairies traditionnelles des commerces qui utilisent ce statut principalement pour profiter de certains avantages.
Une définition légale qui change les règles du secteur
Dès le 13 août 2026, les commerces souhaitant bénéficier du statut de libraire-presse indépendant devront satisfaire à des critères clairement définis. Cette évolution marque l’aboutissement d’un combat mené depuis une dizaine d’années par Corbis, la fédération nationale des libraires-presse belges indépendants créée par Perstablo et Prodipresse.
Pour son président, Yannick Gyssens, cette clarification était devenue nécessaire en raison de la transformation profonde du métier. Le précédent cadre remontait en effet à 1977.
« Nous sommes heureux qu’une telle définition légale voie enfin le jour et définisse plus clairement ce qu’est un vrai libraire indépendant », explique-t-il.
La profession n’a plus grand-chose à voir avec celle des années 1970. Certains produits autrefois courants dans ces commerces ont disparu tandis que l’activité des libraires s’est progressivement diversifiée. Yannick Gyssens cite notamment l’exemple des cartes téléphoniques, encore associées à l’activité des libraires dans l’ancienne législation mais qui ne correspondent plus aux réalités actuelles.
Deux critères pour obtenir le statut
La nouvelle réglementation repose principalement sur deux conditions.
Première exigence : le point de vente doit proposer au minimum 200 titres différents et récents. Cette offre doit comprendre des journaux, des hebdomadaires et des mensuels.
La seconde condition concerne directement l’organisation du commerce. Au moins 40 % de la surface de vente doit être consacrée aux produits caractéristiques d’une librairie-presse.
Cette catégorie comprend notamment la presse, les livres, la papeterie et la carterie. Elle englobe également les produits à base de nicotine, les paris sportifs ainsi que les produits de la Loterie Nationale.
Pourquoi les « fausses » librairies sont-elles visées ?
Selon la fédération, certains établissements s’installent en proposant relativement peu de publications mais cherchent malgré tout à bénéficier des avantages associés au statut de librairie-presse. Parmi les intérêts évoqués figurent notamment des possibilités d’heures d’ouverture élargies ainsi que l’accès aux paris sportifs.
Pour Corbis, ces avantages doivent rester liés à l’exercice réel de l’activité de libraire-presse indépendant.
« Ce nouveau cadre légal permettra de lutter contre le phénomène des fausses librairies-presse indépendantes, qui s’installent un peu partout, proposent un nombre limité de publications, mais visent surtout à bénéficier de certains avantages », affirme Yannick Gyssens.
Un secteur qui compte encore jusqu’à 1 600 indépendants
La réforme intervient également dans un contexte d’érosion du nombre de librairies-presse indépendantes. La Belgique en compte encore entre 1 500 et 1 600, selon les chiffres rapportés par Corbis. Environ 900 se trouvent dans le nord du pays. La fédération espère que la nouvelle réglementation contribuera à freiner cette diminution.
Les indépendants doivent également composer avec la concurrence de chaînes de librairies. Dans ce paysage commercial, Corbis considère qu’une définition juridique plus stricte permettra de mieux protéger les professionnels qui maintiennent une véritable offre de presse diversifiée.
Le nouveau statut ne garantit évidemment pas, à lui seul, l’avenir économique de ces commerces. Mais pour la fédération, il constitue un moyen de mieux encadrer l’utilisation de l’appellation et des avantages qui lui sont associés.
La diversité de la presse au cœur du débat
Pour Corbis, la question touche également à la diversité de l’information accessible au public. Une librairie-presse ne doit pas devenir uniquement un point de vente proposant quelques magazines à très forte diffusion.
« Nous ne voulons pas d’un pays où, demain, il n’y aurait plus que des « faux » libraires ne proposant que le top 20 des magazines », prévient Yannick Gyssens.
Le président de la fédération associe directement cette problématique au pluralisme et à la possibilité, pour les citoyens, d’accéder à une information aussi large que possible.
Le nouveau cadre cherche ainsi à protéger une certaine conception du métier, fondée notamment sur la disponibilité d’un choix suffisamment large de journaux et de périodiques.
La réglementation devra maintenant passer l’épreuve du terrain
Définir des critères ne représente toutefois qu’une première étape. Encore faut-il vérifier qu’ils sont effectivement respectés.
Corbis espère donc que la nouvelle législation s’accompagnera de contrôles sur le terrain. Yannick Gyssens évoque notamment le rôle que pourrait jouer le Service public fédéral Économie pour identifier les commerces qui se présenteraient comme des librairies-presse indépendantes sans respecter les nouvelles conditions.
La fédération a déjà entrepris de préparer ses propres membres à l’entrée en vigueur du dispositif. Un courrier leur a été envoyé afin qu’ils vérifient leur situation. Les libraires concernés sont invités à déterminer s’ils répondent bien aux critères prévus par la nouvelle réglementation et, si nécessaire, à prendre les mesures permettant de se mettre en conformité.
Corbis prépare parallèlement un outil destiné à faciliter la gestion administrative des dossiers des professionnels.
« Calculs, statuts et documents, tout sera conservé de façon numérique pour gérer facilement les dossiers des libraires-presse indépendants et se préparer aux éventuels contrôles », indique Corbis.
Dix ans de combat pour moderniser une législation ancienne
Pour Corbis, l’entrée en vigueur du nouveau statut représente surtout l’aboutissement d’une revendication de longue date. La fédération réclamait depuis environ dix ans une définition davantage adaptée aux réalités contemporaines. L’ancien cadre, datant de 1977, ne reflétait plus suffisamment les transformations intervenues dans la profession. Entre évolution des produits vendus, diversification des activités et apparition de commerces cherchant à profiter des particularités du statut, le secteur avait profondément changé.
L’efficacité du dispositif dépendra désormais de son application et des contrôles qui pourront être réalisés. Après dix années de combat pour obtenir cette reconnaissance juridique, les libraires-presse indépendants entrent dans une nouvelle période où la définition de leur métier devient plus précise, mais aussi plus exigeante.

