Arnaques en ligne : l’Europe tire la sonnette d’alarme
Une étude réalisée pour la Commission européenne en 2026 révèle l’ampleur des escroqueries financières sur Internet. Entre faux investissements, publicités trompeuses, manipulations sentimentales et plateformes frauduleuses, les pertes pourraient atteindre 900 milliards d’euros par an dans le monde.
Jusqu’à 900 milliards d’euros perdus chaque année
Les escroqueries financières sur Internet ont pris une dimension mondiale. Selon une étude commandée par la Commission européenne et finalisée en août 2026, les pertes économiques liées à ces fraudes pourraient atteindre 900 milliards d’euros par an à l’échelle internationale.
Ce chiffre ne concerne pas uniquement l’Union européenne. Il illustre néanmoins l’ampleur d’un phénomène qui touche désormais les achats en ligne, les investissements, les relations personnelles et les plateformes de jeux d’argent. En 2024, plus de la moitié des adultes dans le monde déclaraient avoir été confrontés à au moins une tentative d’escroquerie.
Des publicités frauduleuses au cœur du problème
Une publicité rassurante, une personnalité connue ou une offre présentée comme exceptionnelle peuvent suffire à attirer un internaute vers un site frauduleux. Le rapport souligne que les systèmes publicitaires figurent parmi les principaux moyens utilisés par les escrocs pour atteindre leurs victimes.
Une recherche citée dans l’étude indique que près d’une publicité sur trois, parmi celles examinées sur certaines grandes plateformes dans l’Union européenne et au Royaume-Uni, renvoyait vers des contenus frauduleux, des tentatives de vol de données ou des logiciels malveillants.
Les fraudeurs utilisent également les systèmes de recommandation pour donner davantage de visibilité à leurs publications. Les annonces promettant des gains exceptionnels ou présentant une opportunité urgente peuvent ainsi circuler avant leur détection.
L’étude relève aussi les limites de certains contrôles. Sur de nombreuses plateformes, la vérification approfondie de l’identité des annonceurs demeure exceptionnelle, les procédures reposant largement sur des informations déclarées par les intéressés.
Faux investissements : 4 milliards d’euros de pertes en Europe
Les escroqueries à l’investissement figurent parmi les formes de fraude les plus répandues et les plus dynamiques en Europe. Selon les estimations reprises dans le rapport, elles auraient entraîné 4 milliards d’euros de pertes en Europe en 2024.
Le procédé repose souvent sur une promesse de rendement élevé, parfois présenté comme garanti. Les victimes découvrent une publicité, rejoignent un groupe de discussion ou sont dirigées vers une fausse plateforme financière.
Les criminels peuvent afficher des bénéfices fictifs pour persuader leurs victimes d’investir davantage. De faux témoignages et des recommandations attribuées à des personnalités publiques renforcent l’apparence de crédibilité.
Les cryptomonnaies occupent également une place importante dans ces pratiques. À l’échelle mondiale, les pertes attribuées aux escroqueries liées à ces actifs sont estimées à 15 milliards d’euros en 2025 dans les données citées par l’étude.
Autre difficulté : une victime qui tente de récupérer ses fonds peut être sollicitée une seconde fois par des escrocs prétendant proposer un service de récupération d’argent.
Faux casinos et paris : quand les gains deviennent un piège
L’étude européenne identifie également les faux casinos et les plateformes de paris frauduleuses parmi les escroqueries reposant sur la promesse d’un gain inattendu.
Le mécanisme peut commencer par un dépôt relativement modeste. Une plateforme affiche ensuite des résultats favorables ou des gains prétendument accumulés pour encourager l’utilisateur à poursuivre ses versements. Mais ces montants peuvent être entièrement fabriqués.
Les fraudeurs manipulent les résultats des jeux, présentent des gains fictifs ou empêchent les joueurs de retirer leur argent. Certains utilisent des applications trompeuses et des publicités attribuant de fausses recommandations à des personnalités connues.
Ces pratiques ne doivent pas être confondues avec les activités des opérateurs légalement autorisés. Le rapport analyse des dispositifs criminels conçus pour tromper les utilisateurs, et non le fonctionnement général des jeux d’argent réglementés.
Plus de 22 500 fausses boutiques en ligne
Les investissements et les jeux d’argent ne constituent qu’une partie du problème. Les achats sur Internet représentent également une cible importante. Des escrocs créent de fausses boutiques proposant des produits attractifs, encaissent les paiements et ne livrent jamais les marchandises.
Le réseau criminel BogusBazaar illustre l’ampleur de ces opérations. Selon les données reprises dans le rapport européen, il a exploité plus de 22 500 boutiques frauduleuses en Europe entre 2021 et 2024.
Les méthodes employées comprennent aussi les contrefaçons, les fausses offres de location, les billets d’événements inexistants et les abonnements comportant des prélèvements dissimulés.
Les escroqueries sentimentales gagnent du terrain
Certaines fraudes ne reposent pas sur une publicité, mais sur une relation personnelle. Les escrocs construisent progressivement un lien affectif avec leur victime avant de solliciter de l’argent ou de lui présenter une prétendue opportunité d’investissement.
Une variante associe manipulation sentimentale et fraude aux cryptomonnaies. Les criminels prennent le temps de gagner la confiance de leur interlocuteur avant de l’orienter vers une plateforme financière fictive.
D’après les données citées dans l’étude, les signalements concernant cette forme d’escroquerie ont augmenté de près de 40 % en 2024 par rapport à l’année précédente.
Les revenus frauduleux associés à cette pratique auraient représenté entre 9,1 et 11,4 milliards d’euros à l’échelle mondiale.
L’intelligence artificielle renforce les méthodes des fraudeurs
Les nouvelles technologies permettent aux réseaux criminels de perfectionner leurs techniques.
Des outils automatisés permettent aussi de mener simultanément des conversations avec plusieurs victimes, tandis que la production de contenus dans différentes langues facilite la diffusion des escroqueries au-delà des frontières.
L’étude souligne par ailleurs le développement d’une véritable économie criminelle : des outils de fraude prêts à l’emploi, des réseaux de comptes automatisés et des services de reproduction de sites sont proposés à d’autres malfaiteurs. Cette organisation réduit les compétences techniques nécessaires pour lancer une opération frauduleuse.
Les victimes subissent aussi de lourdes conséquences psychologiques
Les pertes financières ne constituent qu’une partie du préjudice. Selon les recherches reprises dans le rapport, 79 % des victimes d’escroqueries déclarent avoir subi des conséquences émotionnelles, notamment du stress, de la colère, de l’irritation ou de la gêne.
Après avoir été victimes d’une fraude, 34 % des personnes concernées ont modifié leur manière d’utiliser Internet et 28 % ont signalé une perte de confiance durable. Les conséquences touchent également les habitudes de consommation. Parmi les victimes d’arnaques aux achats en ligne, 53 % ont changé leur comportement d’achat.
La honte et la peur du jugement peuvent aussi décourager les signalements, ce qui contribue à masquer l’ampleur réelle du phénomène.
L’Union européenne face aux limites des contrôles numériques
L’étude examine plusieurs pistes pour empêcher les escroqueries de se multiplier : renforcer la vérification des annonceurs, mieux détecter les réseaux criminels, améliorer les dispositifs de signalement et développer la coopération entre les plateformes, les établissements financiers et les autorités.
Elle cite notamment les résultats observés à Singapour et à Taïwan, où des exigences de vérification plus strictes ont été associées à des diminutions de publicités frauduleuses comprises entre 29 % et 96 %.
Le rapport s’inscrit dans le cadre du règlement européen sur les services numériques. Ses articles 34 et 35 imposent notamment aux très grandes plateformes et aux très grands moteurs de recherche d’évaluer et d’atténuer certains risques systémiques. Les auteurs précisent toutefois que leur travail ne constitue pas une évaluation du respect de ces obligations par des plateformes particulières.

