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Casino de Bruxelles : les coulisses d’un choix explosif 

Le casino de Bruxelles s’apprête à changer d’exploitant à partir de 2027. Cette décision révèle un enjeu bien plus large : la concurrence entre les Régions autour de la fiscalité des jeux en ligne.  

Un nouveau chapitre pour le plus grand casino du pays 

Le casino de Bruxelles, situé sur le piétonnier du centre-ville, entre dans une nouvelle phase de son histoire. À l’issue d’un appel d’offres lancé par la Ville de Bruxelles, la société ECK NV, exploitant notamment la marque Napoleon Games, a obtenu la meilleure évaluation et est appelée à reprendre l’exploitation de l’établissement. 

Le candidat retenu a obtenu une note de 91,02 points sur 100, devant l’exploitant actuel Viage, crédité de 87,74 points. 

La nouvelle concession est prévue pour une durée de quinze ans. Sauf modification liée à une procédure judiciaire, le changement d’exploitant doit intervenir le 1er janvier 2027. 

Toutefois, le dossier est loin d’être définitivement clos. Viage a confirmé son intention d’introduire un recours devant le Conseil d’État, une démarche susceptible de retarder ou de remettre en question le calendrier prévu. 

Pourquoi cette offre a-t-elle fait la différence ? 

Selon le rapport d’évaluation, deux éléments ont particulièrement distingué la proposition d’ECK NV. 

Le premier concerne la redevance annuelle versée à la Ville de Bruxelles. L’entreprise s’est engagée à payer 10,07 millions d’euros par an, soit environ 370.000 euros de plus que l’offre déposée par Viage et plusieurs millions d’euros au-dessus de certains autres candidats. 

Le second facteur est lié au projet de développement du site. L’entreprise prévoit un investissement supérieur à 25 millions d’euros afin de transformer l’établissement en un complexe de loisirs plus vaste. Le projet combine une activité de casino réservée aux personnes âgées de 21 ans et plus, des espaces culturels, une offre de restauration ainsi que des jeux traditionnels et d’arcade mêlant expériences physiques et numériques. 

Un établissement stratégique pour toute l’industrie 

L’intérêt suscité par cette concession s’explique facilement. Le casino de Bruxelles constitue le premier établissement du pays en matière de revenus issus des jeux. 

D’après les données de la Commission des jeux de hasard, il a enregistré en 2023 un produit brut des jeux supérieur à 52 millions d’euros. Cet indicateur correspond à la différence entre les mises des joueurs et les gains qui leur sont redistribués. 

À lui seul, le casino bruxellois représente 37 % du produit brut généré par les neuf casinos terrestres belges. À titre de comparaison, le casino de Namur, deuxième du classement, affiche un produit brut de 22,5 millions d’euros. 

Les résultats financiers témoignent également de la rentabilité de l’établissement. L’exploitant actuel a déclaré un bénéfice net de 4,6 millions d’euros en 2025, après 5,1 millions d’euros en 2024. 

La Régie foncière et des affaires économiques de la Ville estime par ailleurs que la valeur économique de la concession sur quinze ans atteint 750 millions d’euros hors TVA. 

De plus, l’enjeu ne se limite pas au casino physique. En Belgique, un exploitant qui souhaite proposer légalement des jeux de casino en ligne doit disposer d’une licence A+. Or cette licence est liée à l’exploitation d’un casino terrestre. 

Le marché belge des jeux de casino en ligne a généré près de 500 millions d’euros de produit brut des jeux en 2024 et affiche une croissance plus rapide que celle observée dans les établissements physiques. Cette évolution explique pourquoi plusieurs grands acteurs du secteur, dont Circus ou Golden Palace, s’étaient également portés candidats. 

Pour Napoleon Games, déjà présent dans le numérique grâce au casino de Knokke et à une licence A+, l’exploitation du casino bruxellois pourrait permettre de renforcer encore sa présence sur ce marché, notamment via une seconde marque commerciale. 

Une fiscalité régionale qui change la donne 

En Belgique, la taxation des jeux de hasard relève des Régions. Pour les casinos physiques, l’impôt dépend naturellement de la localisation de l’établissement. 

Pour les activités en ligne, le principe est différent : c’est l’emplacement du serveur informatique qui reçoit les mises qui détermine la Région compétente pour percevoir la taxe. 

Aujourd’hui, les trois Régions appliquent un taux identique de 11 % sur les jeux en ligne. Mais cette situation pourrait évoluer. Ces dernières années, la Wallonie s’était dite favorable à une harmonisation à 15 %, tandis que la Flandre souhaitait également relever la fiscalité. La Région de Bruxelles-Capitale a finalement annoncé qu’elle maintiendrait le taux actuel de 11 %. 

Le lien entre cette politique fiscale et la concession du casino n’apparaît pas immédiatement. Pourtant, le rapport d’analyse des candidatures mentionne que certains opérateurs se sont engagés à transférer à Bruxelles les serveurs utilisés pour leurs activités en ligne. Tom De Clercq, directeur exécutif de Napoleon Games, a confirmé l’intention de déplacer à Bruxelles les serveurs de l’entreprise ainsi que son siège social. 

Selon les éléments présentés dans le dossier, la Flandre pourrait perdre plusieurs dizaines de millions d’euros de recettes fiscales sur la durée de la concession si une partie de ces activités était effectivement relocalisée dans la capitale. 

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Sarah a un regard aiguisé sur les tendances du monde du jeu. Passionnée de sport, elle couvre tous les sujets, du jeu responsable à la législation sur les casinos. Ses articles rendent les sujets complexes accessibles aux lecteurs.

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