Le site CasinoNieuws victime d’une attaque après une enquête sur des sites de jeux illégaux
Un site d’actualité qui contribue à enquêter sur des réseaux de jeux illégaux reçoit soudain tellement de trafic que les lecteurs voient apparaître des messages d’erreur. CasinoNieuws.nl signale sur LinkedIn de sérieux problèmes d’accessibilité et évoque un réseau de bots. La rédaction soupçonne un lien avec sa participation à une enquête de SIDN, l’organisme qui gère le domaine néerlandais .nl. L’identité de la personne ou du groupe à l’origine du trafic suspect n’a toutefois pas été établie publiquement.
L’enquête à laquelle le site d’actualité fait référence a mis au jour un vaste réseau de domaines liés aux jeux d’argent. Pendant quatre mois, SIDN a examiné plus de 100 000 enregistrements de noms de domaine. Depuis le début de l’enquête, près de 1 800 noms de domaine ont été rendus inaccessibles. Ils recouvrent différents types de sites : de véritables offres de jeux illégales, mais aussi d’anciens domaines réutilisés comme sites de redirection vers des casinos étrangers.
CasinoNieuws signale des millions de visites et des messages d’erreur
Dans sa publication LinkedIn consacrée aux problèmes d’accessibilité, CasinoNieuws décrit un volume de trafic exceptionnel pendant le week-end et le jour de la publication. Selon la rédaction, le serveur a régulièrement été mis à rude épreuve, ce qui a provoqué l’affichage de messages d’erreur pour les visiteurs. Avec une pointe d’ironie sur l’attrait de ses propres articles, le site évoque des millions de visites et du trafic provenant d’un réseau de bots.
CasinoNieuws suggère qu’une personne ou une organisation pourrait être mécontente de sa récente collaboration à l’enquête de SIDN. Il s’agit de l’explication avancée par la rédaction, et non d’un mobile établi de manière indépendante. La déclaration publique ne contient ni analyse technique, ni identité d’un éventuel attaquant, ni preuve permettant d’établir définitivement ce lien. Le site indique travailler au rétablissement de son accessibilité et demande de la patience à ses lecteurs. La publication ne permet pas de savoir si l’accès a depuis été totalement rétabli.
Une attaque présumée perturbe l’accès à l’information
Le schéma décrit correspond à l’hypothèse d’une attaque DDoS : un volume de trafic suffisamment important pour perturber l’accès au service pour les visiteurs ordinaires. La déclaration publique de CasinoNieuws ne permet toutefois pas de déterminer avec certitude la nature technique de l’incident. L’expression « des millions de visiteurs » doit elle aussi être replacée dans son contexte. Si une partie du trafic est automatisée, cela ne signifie pas que des millions de personnes différentes ont effectivement lu les articles.
Pour les lecteurs, la conséquence est concrète. Ils tentent d’ouvrir un article et reçoivent un message d’erreur. Un tel incident touche donc également l’accès à des informations sur les licences, le contrôle et l’offre illégale. Les enquêtes sur les réseaux de jeux ont justement besoin de visibilité publique afin que leurs conclusions puissent atteindre les joueurs et les entreprises concernées. L’incident signalé met cette vulnérabilité en évidence, sans permettre pour autant de savoir qui a provoqué la surcharge.
SIDN a enquêté sur bien plus que les seuls casinos en ligne
L’enquête de SIDN sur les sites de jeux illégaux utilisant des domaines .nl a été publiée le 29 septembre. Parmi les plus de 100 000 enregistrements examinés, environ 2 900 présentaient un lien clair avec les jeux d’argent en ligne. Près de 600 appartenaient à des opérateurs légitimes, des organismes publics ou des organisations professionnelles. Un nom de domaine lié aux jeux d’argent ne constituait donc pas, à lui seul, la preuve d’une infraction.
CasinoNieuws a aidé SIDN en apportant sa connaissance du marché néerlandais des jeux d’argent, un aperçu des opérateurs agréés et une première distinction entre acteurs légitimes et suspects. L’analyse approfondie et la classification ont ensuite été réalisées par SIDN. Cette distinction est importante : la rédaction a fourni son expertise, tandis que le gestionnaire de domaines a mené l’enquête et pris des mesures à l’encontre de certains enregistrements. Le résultat donne une image de l’infrastructure entourant les jeux illégaux, et pas uniquement des casinos où les joueurs peuvent directement miser de l’argent.
112 sites de jeux et des centaines d’autres enregistrements suspects
SIDN a identifié 112 domaines .nl sur lesquels il était effectivement possible de jouer de l’argent sans licence de la Kansspelautoriteit néerlandaise. L’organisme a également identifié 312 enregistrements sans site de jeux actif, mais considérés comme potentiellement risqués en raison de leur nom et de leurs caractéristiques d’enregistrement. Un enregistrement suspect sans contenu actif est différent d’une infraction établie. L’enquête a donc maintenu ces catégories séparées.
SIDN a également découvert 121 sites utilisant abusivement les noms ou logos d’opérateurs légaux ainsi que 70 « sites de liens ». Ces derniers pouvaient parfois donner l’impression d’être eux-mêmes des casinos, mais redirigeaient les visiteurs vers un autre site de jeux après un clic. Les près de 1 800 domaines rendus inaccessibles ne peuvent donc pas être simplement décrits comme 1 800 casinos illégaux distincts. Ce total couvre un ensemble beaucoup plus large d’enregistrements et de sites liés à l’offre et à la promotion des jeux d’argent en ligne.
D’anciens domaines sont réutilisés pour attirer du trafic vers les jeux d’argent
La catégorie la plus importante décrite dans l’enquête regroupait plus de 1 480 sites réutilisés. Il s’agissait par exemple de domaines appartenant autrefois à des commerces, des initiatives locales ou des congrès. Lorsque le propriétaire d’origine laissait expirer le nom de domaine, une autre partie pouvait l’enregistrer à nouveau. L’adresse servait ensuite à publier des articles sur les jeux d’argent ou des liens vers des casinos étrangers. Un visiteur pouvait ainsi tomber sur du contenu lié aux jeux via un nom de domaine apparemment familier, sans aucun lien avec l’organisation d’origine.
L’intérêt réside dans l’historique d’un tel domaine. Un site qui existe depuis des années peut avoir accumulé des liens et une certaine visibilité dans les moteurs de recherche. Le nouveau propriétaire peut tenter d’en profiter pour diffuser du contenu lié aux casinos. Gambling Club avait déjà évoqué cette pratique dans son interview avec Frank Kruit consacrée à la manipulation des résultats de recherche sur les casinos. Le spécialiste SEO y mettait en garde contre d’anciens domaines soudain remplis de contenu sur les jeux d’argent et redirigeant les joueurs vers des opérateurs non agréés.
Des noms de casinos connus sont utilisés comme appâts
L’utilisation abusive de marques rend le problème plus difficile à repérer pour les joueurs. Un logo familier ou un nom de domaine ressemblant à celui d’un opérateur connu peut donner une fausse impression de fiabilité. SIDN a constaté non seulement l’utilisation de noms similaires, mais aussi la copie de sites avec des fonctions d’inscription et de connexion. Dans ce type de situation, il est particulièrement important de distinguer la plateforme authentique de l’imitation : une apparence familière ne dit rien sur l’identité de la partie qui exploite réellement le site.
Une problématique similaire existe en Belgique. Gambling Club a signalé plus de vingt faux sites utilisant le nom de PepperMill Casino. Ce dossier montre pourquoi il ne suffit pas de se fier à une marque. Le nom de domaine exact et la licence de l’opérateur concerné doivent correspondre. L’enquête néerlandaise de SIDN et l’affaire belge PepperMill sont distinctes, mais elles montrent toutes deux comment une identité de marque existante peut tromper les visiteurs.
Les sites ne montrent pas le même contenu à tous les visiteurs
L’enquête de SIDN décrit également des méthodes utilisées par certains sites pour tenter d’échapper aux contrôles. Dans certains cas, le contenu variait en fonction de l’heure ou de l’appareil utilisé. Un visiteur sur smartphone pouvait voir d’autres pages qu’une personne utilisant un ordinateur. Certaines adresses IP connues appartenant à des organismes publics ou aux services d’enquête étaient également bloquées. Un contrôle réalisé à un moment précis et avec un seul appareil peut donc ne pas révéler ce que voient d’autres visiteurs.
D’autres sites présentaient d’abord des jeux gratuits avant de rediriger plus tard vers des jeux d’argent réel. Cela rend les enquêtes plus laborieuses : un premier coup d’œil à une page ne suffit pas toujours à comprendre son fonctionnement. Les chercheurs ont donc également dû examiner manuellement certains cas douteux. Pour le contrôle, ce qui compte est ce que fait réellement un site, vers quelle destination les visiteurs sont envoyés et quel opérateur se trouve derrière. Une page d’accueil soignée peut être très différente de la destination finale.
Rendre un domaine inaccessible ne signifie pas supprimer le site
D’après les informations de CasinoNieuws sur l’enquête, la vérification du titulaire a été utilisée dans la plupart des cas. SIDN contrôle alors les données d’enregistrement d’un nom de domaine. Si le titulaire n’est pas en mesure de démontrer dans les délais que ces informations sont correctes, les serveurs de noms peuvent être déconnectés. Un nombre plus limité de cas a été traité via la procédure Notice-and-Take-Down pour des usages manifestement illicites. Les deux procédures ont leurs propres conditions ; un simple soupçon ne signifie pas que chaque domaine disparaît immédiatement.
La mesure touche l’accessibilité via le nom de domaine. Les fichiers hébergés chez le prestataire ne sont pas automatiquement supprimés et l’organisation derrière le site ne cesse pas nécessairement d’exister. Cela explique pourquoi de nouvelles adresses peuvent apparaître en permanence. SIDN indique donc vouloir renforcer sa collaboration avec la Kansspelautoriteit. Une détection rapide doit être suivie d’une évaluation et d’une action concrète, faute de quoi le réseau peut continuer à atteindre les visiteurs via d’autres enregistrements.
La liste noire belge montre le même problème avec les adresses web
La Belgique doit également tenir compte des opérateurs qui utilisent plusieurs noms de domaine. Par une décision du 28 septembre, la Commission des jeux de hasard a ajouté 31 sites à sa liste noire, portant ainsi le total à 1 016 entrées. Dans l’article de Gambling Club consacré à l’élargissement de cette liste noire, plusieurs variantes des mêmes noms apparaissaient. Le nombre d’adresses ne correspond donc pas automatiquement au nombre d’entreprises distinctes.
La question des licences reste également territoriale. L’enquête de SIDN évalue l’offre dans le contexte néerlandais ; pour les joueurs belges, c’est l’autorisation belge qui compte. Un nom de domaine néerlandais ou une licence étrangère ne constitue pas une preuve de licence belge. Pour les lecteurs de Gambling Club, la principale leçon pratique de cette enquête réside dans cette vérification : un site familier, bien référencé et professionnel ne remplace pas l’autorisation locale requise.
Les chercheurs signalent plus souvent des résistances autour des jeux illégaux
CasinoNieuws n’est pas le premier acteur à établir lui-même un lien entre des recherches sur les jeux illégaux et des incidents numériques. Gambling Club avait déjà rapporté les déclarations de Frank Kruit concernant des tentatives présumées de prise de contrôle de son compte LinkedIn. Kruit avait relié ces incidents à son travail contre les affiliés de jeux illégaux. Là aussi, il s’agissait de sa propre explication concernant l’origine des incidents.
Ces signalements antérieurs ne prouvent pas que les mêmes personnes sont à l’origine du trafic visant CasinoNieuws. Ils donnent toutefois un contexte aux inquiétudes des personnes qui enquêtent sur ce type de réseaux. Pour l’incident actuel, aucune information publiquement établie ne permet d’identifier l’auteur ou le mobile. Ce qui est visible, en revanche, ce sont les problèmes d’accessibilité signalés par CasinoNieuws lui-même et une enquête ayant identifié des milliers d’enregistrements liés aux jeux d’argent. SIDN souhaite systématiser la détection, tandis que CasinoNieuws veut de nouveau permettre à ses lecteurs d’accéder au site sans rencontrer de messages d’erreur.

