Jeux illégaux : 60 % du trafic belge visé
Alors que les paris sportifs se multiplient avec la Coupe du monde 2026, les sites de jeux de hasard illégaux gagnent du terrain en Belgique. Selon une étude commandée par un opérateur légal, ces plateformes représenteraient désormais 60 % du trafic des joueurs belges.
Un marché parallèle devenu massif
En Belgique, les plateformes illégales de jeux de hasard seraient aujourd’hui plus fréquentées que les sites autorisés. Elles représenteraient 60 % du trafic lié aux jeux de hasard en Belgique. Ces plateformes ne respectent pas les règles imposées aux opérateurs agréés et ne sont pas soumises au même niveau de contrôle.
Pourquoi ces sites attirent-ils autant ?
La réponse tient d’abord à leur simplicité d’accès. Un test réalisé dans le cadre de l’enquête montre qu’il est possible de s’inscrire sur un site illégal en moins de vingt secondes. Une simple adresse électronique suffit pour créer un compte et commencer à parier. Aucun contrôle d’identité sérieux n’est effectué.
Cette facilité ouvre la porte à des joueurs vulnérables, à des personnes qui devraient être protégées, voire à des mineurs. Elle supprime aussi les barrières prévues par la législation belge pour encadrer les pratiques de jeu.
Sur ces plateformes, les limites de dépôt peuvent disparaître. Des bonus interdits par la loi belge sont proposés. Les paiements peuvent être effectués en devises étrangères ou en cryptomonnaies. Les joueurs évoluent dans un environnement où les règles nationales ne s’appliquent plus réellement.
Des sites bloqués, puis aussitôt remplacés
Près de 900 sites figurent actuellement sur la liste noire de la Commission des jeux de hasard. Rien que sur les cinq derniers mois, 150 nouvelles plateformes ont été bloquées. Mais les opérateurs illégaux s’adaptent rapidement. Ils modifient légèrement leur adresse, changent une lettre ou un chiffre, puis réapparaissent sous une forme presque identique.
Magalie Clavie, présidente de la Commission des jeux de hasard, décrit un mécanisme difficile à contenir :
« Une fois qu’ils sont bloqués sur notre liste, ils changent une lettre, un chiffre dans une URL et leur site qui était bloqué redevient accessible. Donc en quelque sorte, c’est un combat sans fin. »
Des imitations qui trompent les internautes
Le danger ne vient pas seulement de l’accessibilité. Certaines plateformes illégales vont plus loin en imitant l’apparence d’opérateurs légaux.
Christophe Pappas, responsable numérique d’un opérateur légal, explique :
« Ils ont une page d’accueil qui est exactement la même que la nôtre. On clique sur “s’inscrire” ou “se connecter” et on est redirigé vers un autre site sans licence. »
Pour un internaute peu attentif, la confusion peut être totale. Il croit se trouver sur une plateforme connue ou encadrée, alors qu’il est redirigé vers un espace sans autorisation belge.
« C’est vraiment le Far West »
Les opérateurs agréés dénoncent une concurrence qui ne respecte pas les mêmes règles. Ils doivent se soumettre à des obligations strictes, tandis que les plateformes illégales peuvent utiliser des méthodes interdites en Belgique.
Charlène Rainier, responsable communication du groupe Gaming1, évoque des adversaires puissants : « On a face à nous des géants qui viennent à coups de stratégies marketing digital féroces et interdites. »
L’avocat Alexandre Cassart, spécialisé dans les jeux de hasard, résume la situation : « C’est vraiment le Far West sur ces sites. »
La publicité interdite reste visible
En Belgique, la publicité pour les jeux de hasard est désormais interdite. Pourtant, certaines plateformes illégales continuent à gagner en visibilité.
L’une d’entre elles a conclu un partenariat avec Eden Hazard, ancien capitaine des Diables rouges. Cette association avec une personnalité très connue du football belge peut renforcer l’impression de légitimité.
Pour Magalie Clavie, ce type de collaboration peut induire les consommateurs en erreur : « Quand on voit qu’un site est soutenu par une star du football ou de la chanson, on a tendance à croire que c’est un site légal alors que c’est tout à fait faux. »
Le dossier fait actuellement l’objet d’une information judiciaire, mais la publicité reste visible en ligne.
Bloquer l’argent plutôt que les adresses
Face à l’efficacité limitée du blocage des sites, les opérateurs légaux plaident pour une autre méthode : empêcher les paiements vers les plateformes interdites.
L’idée consiste à renforcer la collaboration avec les institutions financières. Si un joueur ne peut plus déposer d’argent sur un site illégal, l’activité de ce site devient beaucoup plus difficile. Cette stratégie ne se contente pas de bloquer une adresse, qui peut être remplacée en quelques minutes. Elle cherche à couper le lien entre le joueur belge et la plateforme illégale.
Le marché illégal ne se contente plus d’exister à la marge. Il occupe désormais une place majeure dans les habitudes de jeu en ligne. Et tant que les blocages resteront facilement contournables, la Belgique devra poursuivre un combat que les autorités décrivent déjà comme sans fin.

