Les loot boxes sous pression en 2026
Les loot boxes ne sont pas automatiquement considérées comme des jeux d’argent, mais l’attention des autorités européennes se déplace vers la protection des consommateurs, les monnaies virtuelles et les mécanismes susceptibles d’encourager les dépenses répétées.
Un mécanisme simple qui pose une question juridique complexe
Un joueur achète un paquet numérique de cartes de football. Des lumières apparaissent à l’écran, une animation entretient le suspense et, après quelques instants, le contenu du paquet est révélé. Cette mise en scène peut rappeler certains mécanismes des jeux de hasard. Pourtant, aucune mise traditionnelle ni aucun jeton de casino ne sont nécessaires. Surtout, selon la juridiction et la conception du jeu, l’opération ne répond pas nécessairement à la définition juridique d’un jeu d’argent. C’est précisément là que se trouve le problème.
Le système européen de classification par âge PEGI décrit les objets aléatoires payants comme des mécanismes permettant d’acheter, avec de l’argent réel ou une monnaie virtuelle, une récompense dont l’obtention dépend du hasard.
Pourquoi les loot boxes ne sont pas automatiquement des jeux d’argent
Dans un jeu de casino classique, le raisonnement réglementaire est relativement direct : une personne engage de l’argent, le hasard intervient dans le résultat et une récompense ayant une valeur économique peut être obtenue.
Les loot boxes brouillent cette logique, notamment autour des notions de mise et de valeur du gain.
Du point de vue du joueur, le mécanisme repose bien sur l’incertitude. Il est également susceptible de provoquer des achats répétés. Mais ces caractéristiques ne suffisent pas, à elles seules, pour qu’un système soit juridiquement qualifié de jeu de hasard. La question devient encore plus délicate lorsque la récompense reste enfermée dans l’univers numérique du jeu et ne peut pas être transformée en argent.
C’est pourquoi affirmer que toutes les loot boxes constituent des jeux d’argent interdits serait inexact. À l’inverse, leur exclusion de certaines législations sur les jeux d’argent ne signifie pas qu’elles échappent à toute préoccupation réglementaire.
En 2026, l’Europe regarde au-delà du simple hasard
Les autorités examinent désormais plus largement la manière dont les jeux sont conçus pour influencer les décisions et les dépenses des joueurs.
Les mécanismes de conception susceptibles d’orienter le comportement des consommateurs ainsi que les systèmes favorisant un engagement répété font l’objet d’une attention accrue. Les règles existantes concernant les pratiques commerciales déloyales et la transparence des informations peuvent également entrer en jeu.
Le gouvernement néerlandais défend ainsi l’idée d’une interdiction européenne des loot boxes payantes dans le cadre du futur dispositif européen sur l’équité numérique. Son approche vise aussi à renforcer l’encadrement des monnaies virtuelles et des mécanismes dans lesquels le paiement permet d’obtenir un avantage dans le jeu.
PEGI durcit sa classification pour les achats aléatoires
En mars 2026, PEGI a annoncé de nouveaux critères concernant les jeux intégrant des objets aléatoires payants. Ces nouvelles règles s’appliquent aux nouvelles soumissions depuis juin 2026.
La plupart des jeux proposant des loot boxes ou des achats aléatoires similaires obtiennent désormais au minimum une classification PEGI 16. Selon la manière dont ces fonctionnalités sont mises en œuvre et selon la présence d’autres éléments, une classification PEGI 18 peut être retenue.
L’évolution concerne également certains mécanismes utilisant la rareté ou des offres limitées dans le temps pour encourager des dépenses fréquentes.
En Belgique, les loot boxes sont strictement encadrées
La Belgique applique l’une des positions les plus strictes d’Europe. Depuis 2018, les loot boxes payantes qui réunissent les critères d’un jeu de hasard sont considérées comme illégales lorsqu’elles sont proposées sans licence. La Commission des jeux de hasard estime notamment que le paiement, le hasard et la possibilité d’obtenir un gain peuvent faire entrer ces mécanismes dans le champ des jeux de hasard.
Cette approche a poussé plusieurs éditeurs à adapter leurs jeux ou à ne pas les commercialiser en Belgique. Electronic Arts a notamment supprimé la possibilité d’acheter des paquets FIFA avec des points payants pour les joueurs belges. D’autres titres ont également été retirés ou modifiés.
Après les loot boxes, c’est toute la conception des jeux qui est observée
Les jeux modernes disposent de nombreux moyens de monétisation : pass saisonniers, offres disponibles pendant une durée limitée, roues de récompenses ou encore environnements reproduisant certains codes visuels et comportementaux des casinos.
Le véritable enjeu réglementaire pourrait donc devenir la combinaison de ces mécanismes.
Michel Groothuizen, président de l’autorité néerlandaise chargée des jeux de hasard, a indiqué au début de 2026 que les jeux sont de plus en plus conçus pour maintenir l’engagement des utilisateurs et favoriser les dépenses grâce à des fonctionnalités reposant sur le hasard.
Les autorités pourraient accorder davantage d’importance à la manière dont l’ensemble du système influence les habitudes de dépenses, avec une vigilance particulière concernant les mineurs.

