La Belgique sous pression : les jeux d’argent illégaux en ligne coûtent 22,9 milliards d’euros aux pays de l’UE
À l’instar d’autres pays européens, la Belgique est de plus en plus confrontée aux conséquences des jeux d’argent illégaux en ligne. De nouveaux chiffres montrent que le marché illégal des jeux d’argent dans l’Union européenne a généré un produit brut des jeux de 91,6 milliards d’euros en 2025. En conséquence, on estime que les 27 États membres ont perdu 22,9 milliards d’euros de recettes fiscales.
Ces chiffres sont particulièrement pertinents pour la Belgique. Des données de H2 Gambling Capital avaient précédemment révélé que seuls 62 % des dépenses belges en jeux d’argent en ligne sont versées à des opérateurs agréés. Dans le même temps, le marché illégal en Europe connaît une croissance rapide, et des milliers de sites de jeux d’argent étrangers non agréés parviennent à atteindre les joueurs belges.
La Belgique ne conserve que 62 % du marché des jeux d’argent en ligne au sein du secteur agréé
La Belgique dispose d’un marché des jeux d’argent strictement réglementé. Les casinos en ligne et les bookmakers doivent détenir une licence délivrée par la Commission des jeux et se conformer aux règles en matière de publicité, de protection des joueurs et de jeu responsable.
Néanmoins, la Belgique parvient de moins en moins à retenir les joueurs au sein de ce marché réglementé. Selon les chiffres de H2 Gambling Capital, environ 62 % des dépenses belges en jeux d’argent en ligne restent au sein du marché agréé.
Cela signifie qu’une part importante des recettes issues des jeux d’argent revient à des opérateurs étrangers ne disposant pas de licence belge.
Cette évolution rend les nouveaux chiffres européens particulièrement pertinents pour la Belgique. À mesure que le marché illégal prend de l’ampleur, il devient plus difficile pour les régulateurs nationaux de protéger les joueurs et de suivre les flux financiers qui partent vers des sociétés de jeux d’argent étrangères.
Le marché européen illégal des jeux d’argent atteint 91,6 milliards d’euros
Ces nouveaux chiffres sont issus d’une étude annuelle réalisée par Gambling Compliance International, à la demande de l’Association européenne des casinos (ECA).
Selon cette étude, le marché illégal des jeux d’argent en ligne dans l’Union européenne a généré un produit brut des jeux de 91,6 milliards d’euros en 2025.
Cela représente une hausse d’environ 14 % par rapport à l’année précédente.
Les chercheurs indiquent également que les opérateurs non agréés sont désormais responsables de la part du lion du chiffre d’affaires des jeux d’argent en ligne dans les 27 États membres de l’Union européenne.
L’ampleur du marché illégal ne cesse de croître. Plus de 6 200 opérateurs illégaux cibleraient activement les joueurs européens.
Les consommateurs belges peuvent également accéder facilement à ces sites web. Les sites de jeux d’argent étrangers utilisent les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les influenceurs, les sites d’affiliation et les publicités en ligne pour atteindre les joueurs.
Bon nombre de ces opérateurs sont basés dans des pays hors de l’Union européenne et échappent donc à la supervision directe des autorités belges et européennes.
Les pays de l’UE perdent 22,9 milliards d’euros de recettes fiscales
La croissance du marché illégal des jeux d’argent a des conséquences financières majeures.
Selon l’ECA, les États membres de l’UE ont perdu collectivement environ 22,9 milliards d’euros de recettes fiscales en 2025.
Les sommes misées auprès d’opérateurs agréés génèrent des recettes fiscales et contribuent indirectement au financement de la surveillance et des mesures relatives au jeu responsable.
Avec les opérateurs illégaux, une grande partie de ces recettes disparaît hors du système réglementé.
Le rapport ne précise pas exactement le montant des recettes fiscales dont la Belgique est privée. Cependant, en combinant les chiffres européens avec le taux de captage belge de 62 %, on constate que la Belgique a également un intérêt économique à réduire l’offre illégale.
Des milliers de sites de jeux d’argent illégaux ciblent les joueurs européens
Selon la Cour des comptes européenne (CCE), l’ampleur des activités des opérateurs illégaux constitue l’un des principaux problèmes.
Plus de 6 200 opérateurs non agréés tenteraient activement d’atteindre les consommateurs européens.
De plus, les opérateurs illégaux ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. Un seul casino en ligne peut servir des joueurs de dizaines de pays depuis une juridiction située en dehors de l’Europe.
Cela pose un défi à la Belgique. La Commission des jeux peut inscrire des sites web sur une liste noire et demander aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer l’accès aux sites de jeux d’argent illégaux. Cependant, les opérateurs peuvent relativement facilement enregistrer de nouveaux noms de domaine ou revenir via des sites web alternatifs.
Les moyens de paiement et les cryptomonnaies permettent également de contourner les restrictions financières.
Il en résulte une lutte permanente entre les régulateurs et les opérateurs, qui peuvent rapidement délocaliser leurs activités.
Les publicités pour les jeux d’argent illégaux touchent également les joueurs belges
L’étude met également en évidence l’ampleur de la publicité pour les sites de jeux d’argent illégaux.
Selon les chercheurs, la majorité des publicités pour les jeux d’argent en ligne vues par les consommateurs européens proviennent d’opérateurs ne disposant pas d’une licence locale.
Ce constat est frappant car plusieurs pays européens, dont la Belgique, ont considérablement renforcé ces dernières années la réglementation en matière de publicité pour les opérateurs de jeux d’argent agréés.
Les opérateurs légaux doivent se conformer à des restrictions en matière de parrainage, de bonus et de marketing en ligne. Les prestataires illégaux ne tiennent guère compte de ces règles.
Cela crée des conditions de concurrence inégales.
Alors que les titulaires de licence belges ont moins de possibilités d’atteindre de nouveaux joueurs, les prestataires étrangers peuvent continuer à faire de la publicité via des sites web internationaux et les réseaux sociaux.
La coopération européenne revêt une importance croissante pour la Belgique
Ces nouveaux chiffres ont été présentés lors d’une table ronde au Parlement européen.
Parmi les participants figuraient des représentants de la Commission européenne, de l’Autorité de lutte contre le blanchiment d’argent (AMLA), d’Eurojust, d’Europol, des autorités nationales de régulation des jeux d’argent et des représentants du secteur des jeux d’argent.
La réunion a porté sur la progression des jeux d’argent illégaux en ligne et sur les moyens d’améliorer la coopération européenne.
Cette coopération revêt une grande importance pour la Belgique. De nombreux opérateurs illégaux sont basés à l’étranger, ce qui signifie que les mesures nationales ne suffisent pas à elles seules.
Un site de jeux d’argent bloqué en Belgique peut rester actif simultanément aux Pays-Bas, en France, en Allemagne ou sur d’autres marchés européens.
En partageant plus rapidement les informations sur les opérateurs illégaux, les flux de paiement et les entreprises impliquées, les autorités européennes espèrent pouvoir prendre des mesures plus efficaces.
L’ECA plaide pour un rôle accru d’Europol
La publication de ces chiffres intervient peu après que la Commission européenne a présenté une proposition visant à étendre le mandat d’Europol.
Selon l’ECA, l’agence européenne de police pourrait jouer un rôle plus important dans la lutte contre la criminalité transfrontalière liée aux jeux d’argent en ligne illégaux.
Le président de la Cour des comptes européenne, Erwin van Lambaart, met en garde contre l’ampleur croissante du problème.
« Les données du rapport du GCI pour 2025 ne laissent aucun doute : les jeux d’argent en ligne illégaux constituent un problème transfrontalier en pleine expansion qui expose les joueurs – en particulier les jeunes adultes – à des risques importants, prive les sociétés de recettes fiscales indispensables et sape la confiance dans le marché réglementé. »
Selon M. Van Lambaart, les casinos agréés et les opérateurs en ligne investissent massivement dans des mesures de jeu responsable et de lutte contre le blanchiment d’argent. Les opérateurs illégaux, en revanche, peuvent atteindre les consommateurs européens sans être soumis à des contrôles ou à des obligations comparables.
Les joueurs belges courent davantage de risques en dehors du marché agréé
La croissance des jeux d’argent illégaux ne constitue pas seulement un problème financier.
Les joueurs qui misent auprès d’un titulaire de licence belge bénéficient de diverses mesures de protection. Par exemple, des contrôles d’âge et d’identité sont en place, et des procédures sont prévues pour les réclamations et les litiges.
Les joueurs peuvent également être exclus de la participation aux jeux de hasard via EPIS.
Avec les prestataires étrangers ne disposant pas de licence belge, ces garanties n’existent pas.
Lorsqu’un casino illégal refuse de verser des gains ou bloque le compte d’un joueur, un consommateur belge dispose souvent de peu de moyens pour récupérer son argent.
De plus, les opérateurs illégaux peuvent proposer des limites de dépôt plus élevées, des bonus agressifs et des produits qui ne sont pas autorisés sur le marché belge réglementé.
Des règles plus strictes ne suffiront pas à elles seules à résoudre le problème de la Belgique
Les chiffres européens remettent également à l’ordre du jour le débat sur l’attractivité de l’offre légale.
Ces dernières années, la Belgique a pris diverses mesures pour mieux protéger les joueurs. Dans le même temps, le taux de canalisation de 62 % montre qu’une part importante du marché des jeux d’argent en ligne reste en dehors du secteur réglementé.
Lorsque les différences entre les opérateurs légaux et illégaux deviennent trop importantes, le risque est que les joueurs se tournent vers d’autres solutions.
Cela ne signifie pas pour autant que les règles de protection des joueurs doivent être supprimées. Cependant, la croissance du marché illégal démontre bien que la réglementation n’est efficace que lorsque les joueurs restent effectivement sur le marché agréé.
Un marché sûr qui ne parvient pas à atteindre une grande partie des joueurs perd une part significative de son effet protecteur.
La Belgique est confrontée à un défi européen qui ne peut être résolu au niveau national
Avec un marché illégal des jeux d’argent en ligne évalué à 91,6 milliards d’euros et un manque à gagner fiscal estimé à 22,9 milliards d’euros, les jeux d’argent illégaux sont devenus un problème majeur à l’échelle européenne.
Pour la Belgique, le défi est double. Le pays tente de protéger les joueurs grâce à une réglementation stricte, tandis que les opérateurs étrangers non agréés restent facilement accessibles.
Les chiffres de H2 Gambling Capital, qui montrent que seuls 62 % des dépenses belges liées aux jeux d’argent en ligne restent sur le marché réglementé, mettent en évidence cette vulnérabilité.
La lutte contre les jeux d’argent illégaux ne sera donc pas menée uniquement à Bruxelles par la Commission des jeux. La coopération européenne, la lutte contre les flux de paiement, une application plus stricte de la réglementation en matière de publicité et un rôle accru pour des organisations telles qu’Europol revêtent une importance croissante.
Tant que des milliers d’opérateurs illégaux pourront atteindre les joueurs européens et belges en quelques clics seulement, on peut se demander quelle est l’efficacité réelle des restrictions nationales en l’absence d’une approche européenne coordonnée.

