« Interdiction de la publicité pour les jeux d’argent » contre le recours des joueurs au marché noir
Le débat sur la publicité pour les jeux d’argent s’intensifie. D’un côté, les chercheurs et les organisations de santé réclament des restrictions plus strictes afin de réduire les méfaits liés aux jeux d’argent. De l’autre, les représentants du secteur mettent en garde contre le fait que des restrictions trop nombreuses pourraient en réalité pousser les joueurs vers des opérateurs illégaux.
Ce contraste est apparu une nouvelle fois cette semaine à la suite de la publication d’une analyse de l’Institut Trimbos sur l’efficacité d’une interdiction de la publicité pour les jeux d’argent.
Selon Trimbos, les données scientifiques disponibles montrent que la publicité contribue à la normalisation des jeux d’argent, peut renforcer l’intention de jouer et peut, en fin de compte, entraîner une aggravation des méfaits liés aux jeux d’argent. L’institut précise également qu’il existe peu de données scientifiques convaincantes pour étayer l’argument souvent avancé selon lequel la publicité serait nécessaire pour éloigner les joueurs des sites de jeux d’argent illégaux.
Selon Trimbos, d’autres facteurs influencent le choix des opérateurs illégaux, tels que les bonus, la gamme de produits, les paiements en cryptomonnaies et le contournement de restrictions telles que les registres d’auto-exclusion.
Un point de vue différent de celui du secteur
Le Dr Andreas Ditsche, PDG du groupe iGaming.com, a un point de vue radicalement différent sur cette même question.
Dans une récente interview accordée à Gambling Club, il a averti que les décideurs politiques devaient veiller à ne pas rendre le marché légal moins attractif que l’alternative illégale.
Selon M. Ditsche, des problèmes surviennent lorsque les taxes deviennent trop élevées et que les opérateurs légaux sont confrontés à des restrictions toujours plus nombreuses.
« Si les taxes sont trop élevées sur le marché légal, les joueurs opteront pour l’alternative illégale, non taxée », a déclaré M. Ditsche.
Il a souligné la baisse des chiffres de canalisation sur divers marchés européens.
« Le Far West n’est qu’à un clic »
M. Ditsche voit également un lien direct entre une réglementation stricte et l’attrait des opérateurs illégaux.
« Un niveau élevé de règles et de restrictions sur le marché légal peut également pousser les joueurs vers le marché noir », a-t-il fait valoir.
Il a ajouté une phrase désormais fréquemment citée au sein du secteur.
« Le Far West n’est qu’à un clic. »
Selon M. Ditsche, les décideurs politiques doivent prendre conscience que, dans un environnement numérique, les consommateurs disposent en permanence d’alternatives.
« Si vous n’aimez pas la cuisine d’un restaurant, vous ne mangez pas moins. Vous cherchez un autre restaurant. »
Il estime que le même principe s’applique aux jeux d’argent en ligne.
Affrontement entre deux visions
Il est remarquable de constater que les deux camps partagent le même objectif : protéger les consommateurs contre les méfaits du jeu.
Cependant, la manière d’atteindre cet objectif varie considérablement.
Trimbos met principalement l’accent sur le rôle de la publicité, de la visibilité et de la normalisation. Dans cette optique, restreindre le marketing peut contribuer à réduire l’exposition et, à terme, les préjudices liés aux jeux d’argent.
Ditsche, quant à lui, met l’accent sur la canalisation. Selon lui, le marché légal doit rester suffisamment attractif pour maintenir les joueurs au sein du système réglementé.
Il fait valoir que si l’on impose trop de restrictions aux opérateurs légaux, on risque de voir les consommateurs se tourner vers des opérateurs offshore qui ne tiennent aucun compte des réglementations nationales.
Les données factuelles font encore l’objet d’un débat
C’est précisément sur ce point que les opinions divergent.
Trimbos soutient qu’il existe peu de données scientifiques suggérant que les interdictions de publicité entraînent automatiquement une augmentation des jeux d’argent illégaux.
Ditsche, quant à lui, met en avant la réalité économique du marché et les observations faites dans divers pays européens où, selon lui, des règles plus strictes se sont accompagnées d’une baisse de la « canalisation » des paris.
La question de savoir ce qui représente en fin de compte le plus grand risque — un excès de publicité ou un marché noir en pleine expansion — reste donc sujette à débat.
Ce qui apparaît toutefois clairement, c’est que le débat sur la publicité pour les jeux d’argent a depuis longtemps cessé de se limiter au seul domaine du marketing.
Il s’agit de plus en plus d’un choix politique fondamental.
Faut-il mettre l’accent sur la limitation de l’exposition aux jeux d’argent ? Ou faut-il donner la priorité au maintien d’une offre légale aussi attractive que possible ?
Ce débat semble loin d’être tranché pour l’instant.

