Philippe Close nie tout conflit dans l’affaire du casino
Après la suspension de la concession attribuée à la société ECK, maison mère de Napoleon Games, Philippe Close rejette les accusations de conflit d’intérêts tout en envisageant de ne plus participer aux prochaines décisions concernant ce marché.
Philippe Close envisage un retrait, mais maintient sa ligne
Philippe Close pourrait faire un pas de côté dans le dossier particulièrement sensible de la concession du casino de Bruxelles. Lors du conseil communal, le bourgmestre socialiste a annoncé qu’il consulterait les avocats de la Ville afin de déterminer s’il devait participer aux prochaines décisions. Cette éventuelle mise en retrait ne constitue cependant pas, selon lui, la reconnaissance d’un conflit d’intérêts.
« Il n’existait dans mon chef aucun conflit d’intérêts au sens de la loi ou des règles déontologiques applicables. Cela ne change rien au fait que nous devons être attentifs aux exigences de transparence », a-t-il expliqué, avant d’annoncer qu’il se concerterait avec les avocats de la Ville au sujet de sa participation éventuelle aux futures décisions.
Le Conseil d’État bouleverse le calendrier du casino
La crise trouve son origine dans la décision prise fin août par le Conseil d’État de suspendre l’attribution de la concession du casino bruxellois.
La Ville avait retenu la société ECK, liée à Napoleon Games, pour exploiter le casino pendant quinze ans à partir du 1er janvier 2027. Cette société avait été choisie devant cinq autres candidats, parmi lesquels figurait Viage, l’actuel exploitant du casino.
Viage a contesté cette décision et saisi le Conseil d’État. La suspension qui en a résulté place désormais la Ville dans une situation particulièrement délicate : à quelques mois de l’échéance, aucun nouvel exploitant n’est définitivement désigné pour reprendre l’activité au début de l’année 2027.
La concession actuelle de Viage doit en effet expirer le 31 décembre 2026. La continuité de l’activité du casino, plusieurs centaines d’emplois ainsi que d’importantes recettes pour les finances publiques sont en jeu. Selon les éléments évoqués lors du conseil communal, les recettes liées à la concession représenteraient actuellement environ 4,7 millions d’euros et pourraient atteindre près de 10 millions d’euros à l’avenir. L’ensemble du marché est, lui, présenté comme représentant une activité estimée à environ 750 millions d’euros sur la durée de la concession.
Le lien avec Anderlecht au cœur des accusations
L’un des principaux griefs formulés à l’encontre de Philippe Close concerne son rôle au sein du Sporting d’Anderlecht. Le bourgmestre de Bruxelles siège au conseil d’administration du club de football. Or Napoleon Games, dont la société mère a obtenu la concession suspendue, est un partenaire commercial important du club.
Pour plusieurs élus de l’opposition, cette situation aurait dû conduire Philippe Close à se retirer du processus bien avant l’attribution du marché.
Benoît Hellings, conseiller communal écologiste et ancien partenaire de coalition de Philippe Close, a directement interrogé le bourgmestre sur ce point. Il lui reproche de ne pas avoir déclaré un possible conflit d’intérêts lorsque Napoleon Games est apparu parmi les candidats à la concession. Il estime également que Philippe Close et les membres de son cabinet auraient dû se tenir à l’écart des différentes étapes du processus.
L’élu écologiste considère que le problème dépasse la question personnelle du bourgmestre. Selon lui, la procédure elle-même pose de graves questions de transparence et d’égalité entre les différents candidats.
« Vous avez joué à la roulette russe avec les finances communales », a-t-il lancé à Philippe Close.
Le conseiller communal Bruno Bauwens, du PTB, a lui aussi insisté sur le double rôle du bourgmestre. Il lui a rappelé qu’il était à la fois à la tête de Bruxelles et administrateur d’un club dont Napoleon Games est un partenaire important, tout en ayant présidé le collège ayant attribué la concession.
Mourad Maimouni, conseiller TFA-BXL+, a également critiqué la gestion du dossier. Ancien collaborateur du bourgmestre, il a parlé d’une « énorme maladresse » et d’un manque de vigilance.
La question des serveurs cristallise les critiques
Au-delà du mandat de Philippe Close au Sporting d’Anderlecht, un autre aspect du dossier nourrit les interrogations : la prise en compte, dans l’évaluation de l’offre de Napoleon Games, d’un possible transfert vers Bruxelles de serveurs liés aux jeux en ligne.
Pour les opposants, cet élément est problématique car le cahier des charges concernait l’exploitation d’un casino physique à Bruxelles. Benoît Hellings estime donc que les autres candidats ne pouvaient pas savoir qu’un tel engagement serait susceptible d’être valorisé dans l’évaluation.
Philippe Close défend la préparation du marché
Face aux critiques, Philippe Close rejette l’idée d’une attribution conduite dans la précipitation ou sans encadrement. Il affirme que la préparation de l’appel d’offres avait débuté dès le commencement de l’année 2025, alors que la nouvelle concession devait entrer en vigueur en 2027.
Le bourgmestre souligne également que l’analyse ne reposait pas uniquement sur une décision politique. Il évoque l’étude d’environ 250 documents, avec l’intervention de la Régie foncière, du service juridique, d’avocats ainsi que d’experts de finance&invest.brussels.
« Ce groupe de travail a soumis son analyse au Collège. C’est ensuite le Collège qui a désigné le soumissionnaire retenu », a-t-il expliqué.
Sur l’épineuse question des serveurs, il assure par ailleurs qu’aucun échange n’avait eu lieu avec le gouvernement bruxellois avant l’attribution du marché.
« Ni le Collège ni un de ses membres n’a eu de contact formel ou informel avec les membres du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale au sujet du transfert des serveurs avant l’attribution du marché », a-t-il déclaré.
Benoît Hellings veut accéder aux documents
Benoît Hellings a annoncé son intention de consulter les offres et les documents du dossier. Il souhaite notamment mieux comprendre la composition et le fonctionnement du groupe chargé de l’évaluation. Le conseiller écologiste veut également examiner la manière dont certaines recommandations ont été prises en compte dans l’analyse des candidatures.
Philippe Close rappelle, de son côté, que les offres sont confidentielles mais peuvent être consultées par les conseillers communaux dans le cadre de leurs fonctions.
Un pas de côté qui ne clôt pas la controverse
La décision de Philippe Close de consulter des avocats au sujet de son éventuel retrait des prochaines décisions apparaît comme une tentative de protéger la suite de la procédure contre de nouvelles contestations. Pour le bourgmestre, il s’agit d’une mesure de prudence et de transparence, et non d’un aveu.
Pour ses adversaires, elle soulève au contraire une nouvelle interrogation : si le risque de conflit d’intérêts justifie aujourd’hui une possible mise à l’écart, pourquoi cette précaution n’a-t-elle pas été prise plus tôt ?
Benoît Hellings estime d’ailleurs que le moyen le plus efficace d’écarter les soupçons serait que Philippe Close abandonne son mandat au sein du Sporting d’Anderlecht.
Le bourgmestre ne partage pas cette analyse et continue de contester formellement l’existence d’un conflit d’intérêts.

