128 millions misés sur le prochain président français
À sept mois de l’élection présidentielle française d’avril 2027, un marché consacré au prochain occupant de l’Élysée attire déjà des volumes considérables. Sur Polymarket, plus de 128 millions de dollars ont été échangés autour de l’issue du scrutin. Pourtant, la plateforme est officiellement bloquée en France depuis juillet 2026.
128 millions de dollars avant même le scrutin
Au 6 septembre 2026, le marché de Polymarket consacré à la prochaine présidentielle française totalisait exactement 128 026 232 dollars de volume échangé, selon les données publiques de la plateforme.
Le montant est spectaculaire, mais il doit être interprété correctement. Ces 128 millions de dollars ne représentent pas une somme actuellement immobilisée sur le résultat de l’élection. Il s’agit du volume cumulé de toutes les transactions réalisées sur ce marché depuis son ouverture.
Son activité a néanmoins fortement progressé. À la mi-juillet 2026, le volume avait franchi les 111 millions de dollars. Quelques mois plus tôt, en mai, l’ensemble des marchés consacrés à la politique française représentait environ 80 millions de dollars de transactions cumulées.
Cette montée en puissance intervient alors que l’élection présidentielle n’est prévue qu’en avril 2027.
Comment fonctionne réellement Polymarket ?
Polymarket est un marché de prédiction décentralisé permettant d’échanger des contrats liés à des événements réels. Son fonctionnement repose sur la chaîne de blocs Polygon et les transactions sont réglées avec l’USDC, un actif numérique conçu pour conserver une valeur proche du dollar américain.
Les marchés prennent généralement la forme d’une question dont l’issue est binaire. À la résolution du marché, une part correspondant au résultat correct vaut un dollar, tandis que celle correspondant au mauvais résultat ne vaut plus rien.
Le prix auquel ces parts s’échangent avant l’événement est donc interprété comme une probabilité implicite. Une part cotée 0,27 dollar signifie, par exemple, que le marché attribue à cet événement une probabilité d’environ 27 %.
Contrairement au fonctionnement classique d’un opérateur de paris, aucune cote n’est directement fixée par une maison de paris. Les prix évoluent en fonction des achats et des ventes effectués par les participants dans un carnet d’ordres.
Les transactions sont exécutées grâce à des contrats informatiques automatisés. Une fois l’événement terminé, un système décentralisé appelé UMA vérifie son résultat à partir de sources de données avant que les gains soient distribués automatiquement.
Pourquoi la France a-t-elle bloqué Polymarket ?
Les échanges concernant l’élection française se poursuivent à grande échelle alors que Polymarket n’est plus légalement accessible depuis la France.
Le motif avancé est juridique. Selon l’autorité française, Polymarket fait la promotion d’une offre illégale de jeux d’argent et de hasard. Les marchés de prédiction ne disposent pas de l’agrément nécessaire en France et sont assimilés par le régulateur à une activité de jeu non autorisée.
Le problème ne se limite pas à la possibilité de miser de l’argent. Le régulateur s’intéresse également à la manière dont les probabilités sont présentées.
L’affichage en temps réel des cotes sur la page d’accueil est considéré comme un moyen de promouvoir une activité de jeu non autorisée. Selon les éléments rapportés par la source, une telle promotion constitue en France un délit pouvant entraîner une amende de 100 000 euros.
L’absence de vérification d’identité inquiète le régulateur
L’Autorité nationale des jeux reproche aussi à Polymarket l’absence de procédure de vérification obligatoire de l’identité.
Cette différence n’est pas anodine. Une identification permet notamment de contrôler l’âge des utilisateurs, d’assurer une certaine traçabilité fiscale et de vérifier les personnes qui interviennent sur les marchés.
L’architecture décentralisée de Polymarket se retrouve ainsi confrontée aux exigences du droit français applicable aux jeux d’argent.
Une enquête pénale ouverte en mai 2026
L’intégrité de certains marchés proposés sur Polymarket a déjà suscité des soupçons.
Le 4 mai 2026, une enquête a été ouverte par la section du parquet de Paris chargée de la lutte contre la cybercriminalité. Elle a été confiée à l’Office anti-cybercriminalité. Cette procédure est distincte du marché consacré à l’élection présidentielle française, mais elle participe au contexte réglementaire et judiciaire entourant la plateforme.
La France est loin d’être un cas isolé en Europe
La confrontation entre Polymarket et les autorités françaises s’inscrit dans une tendance européenne beaucoup plus large.
Plusieurs autres pays européens ont également bloqué ou restreint les marchés de prédiction : l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Suisse, la Grèce, l’Ukraine et la République tchèque.
Un traitement très différent aux États-Unis
Après avoir racheté une plateforme agréée par l’autorité américaine chargée des marchés à terme, Polymarket a pu revenir auprès des participants américains en décembre 2025 sous supervision réglementaire. L’accès reste toutefois variable selon les États.

