BAGO : l’incroyable évolution des jeux en Belgique
Des premières loteries organisées en Flandre au XVIe siècle aux jeux de hasard sur internet, le secteur belge s’est profondément transformé, comme l’explique BAGO. Après les interdictions et les périodes de tolérance, la Belgique a développé une politique visant à orienter les joueurs vers une offre légale et contrôlée.
La Belgique et les jeux de hasard, une histoire vieille de plusieurs siècles
Bien avant internet, les licences modernes et les politiques de prévention, les jeux de hasard occupaient déjà une place dans la société.
La Belgique occupe une position particulière dans cette histoire. Selon BAGO, le territoire a accueilli les premières loteries et possède également le plus ancien casino encore en activité au monde.
Dès le XVIe siècle, des loteries étaient organisées en Flandre. Elles ne poursuivaient pas uniquement un objectif de divertissement : leurs recettes bénéficiaient notamment aux églises et aux guildes. Leur statut allait toutefois évoluer. Ces loteries furent ensuite interdites avant de devenir une prérogative exclusive des municipalités.
Spa devient un lieu emblématique du jeu européen
C’est à Spa qu’est ouvert le premier casino du monde encore en activité aujourd’hui. L’établissement avait été conçu pour divertir les nobles venus de différentes régions d’Europe.
Spa était déjà connue pour ses bains thermaux. Le casino venait compléter les distractions proposées à une clientèle européenne fréquentant la ville.
L’importance historique de Spa ne s’arrête pas aux jeux de casino. Au début du XIXe siècle, la ville accueille également, selon BAGO, les premières courses de chevaux organisées sur le continent européen.
Mais le développement des jeux de hasard n’allait pas suivre une trajectoire linéaire.
Interdictions, tolérance et premiers cadres juridiques
Au début du XXe siècle, l’exploitation des casinos est interdite. Dans certaines villes, elle reste néanmoins tolérée pour des raisons fiscales et historiques.
Les machines à sous installées dans les débits de boissons connaissent un traitement différent : elles sont alors considérées comme des appareils de divertissement.
Les paris suivent encore une autre trajectoire réglementaire. Ils sont initialement couverts par la loi pénale du 12 décembre 1895. Il faut attendre 1963 pour qu’un cadre légal soit accordé aux paris sportifs mutuels. Deux ans plus tard, en 1965, les paris portant sur les courses de chevaux suivent à leur tour.
L’histoire montre ainsi une construction progressive du cadre réglementaire. Les différentes formes de jeu n’ont pas toutes été réglementées simultanément et de la même manière.
Cette évolution conduit finalement à la loi de 1999 et au choix d’une politique de canalisation plutôt que d’une interdiction générale.
Pourquoi la Belgique a choisi de canaliser les joueurs
Un tournant intervient en 1999 avec l’adoption de la loi belge sur les jeux de hasard. Cette législation, toujours d’application selon BAGO et modernisée en 2024, marque un changement dans la manière d’aborder le secteur.
Le raisonnement repose sur un constat : l’interdiction absolue des jeux de hasard n’avait pas entraîné la disparition de l’offre illégale.
Le législateur a donc choisi une autre approche. Plutôt que de considérer que l’envie de jouer pourrait être supprimée, la politique de canalisation part du principe qu’elle continuera d’exister. L’objectif consiste dès lors à orienter les joueurs vers une offre légale et contrôlée.
Dans cette logique, l’offre autorisée sert aussi d’alternative au marché clandestin. Elle doit évoluer dans un environnement où existent des mécanismes de contrôle et des dispositifs de protection sociale.
Cette politique constitue depuis environ un quart de siècle l’un des fondements du modèle belge présenté par BAGO.
Mais l’apparition des jeux sur internet allait obliger le législateur à adapter ce système.
Du jeu physique au numérique : un changement majeur
L’évolution récente des jeux de hasard en Belgique ne peut pas être comprise sans revenir sur l’arrivée d’internet. Avec la croissance rapide du réseau dans les années 1990, les jeux de hasard en ligne ont progressivement pris une place considérable, jusqu’à devenir, selon BAGO, la forme de jeu la plus populaire.
Cette évolution a cependant créé une difficulté nouvelle pour les autorités. Dans un casino, un établissement de paris ou un autre lieu physique, l’activité se déroule dans un environnement identifiable. Sur internet, les frontières sont beaucoup moins évidentes.
Des sites illégaux peuvent notamment exercer leurs activités depuis des juridictions étrangères. BAGO souligne que ces plateformes peuvent ainsi échapper aux mécanismes de contrôle social et ne pas payer d’impôts en Belgique.
Une question est alors devenue centrale : comment conserver un marché réglementé lorsque les joueurs peuvent accéder à des opérateurs situés hors du cadre légal belge ? La réponse apportée par la Belgique s’inscrit dans une politique beaucoup plus ancienne que les jeux en ligne eux-mêmes : la canalisation.
En 2010, la réglementation s’adapte à internet
La loi du 7 mai 1999 a été modifiée en 2010 afin d’intégrer les jeux de hasard proposés sur internet, mais aussi les paris sportifs et les jeux télévisés.
La Belgique a alors établi un principe important pour les opérateurs numériques : proposer des jeux de hasard en ligne suppose également d’être présent légalement dans le monde physique belge pour le même type d’activité.
Cette règle illustre directement la logique de canalisation belge. L’activité numérique n’est pas considérée comme un univers totalement indépendant. Elle est rattachée au système d’autorisation existant pour l’offre physique.
L’enjeu est d’autant plus important que la numérisation ne modifie pas seulement le lieu où les joueurs jouent. Elle change également les possibilités de surveillance du comportement.
Le numérique représente-t-il uniquement un risque ?
Pour BAGO, la réponse est non.
L’organisation reconnaît que la numérisation entraîne de nouveaux défis pour les opérateurs agréés. Mais elle estime que les technologies numériques peuvent également fournir de nouveaux moyens pour observer le comportement des joueurs et intervenir de manière préventive.
À la fin de l’année 2023, tous les membres de BAGO avaient ainsi signé une convention prévoyant la mise en œuvre d’une politique de prévention. L’objectif annoncé est d’identifier plus rapidement les comportements de jeu problématiques afin de pouvoir également les prévenir plus tôt. Les membres de l’organisation se sont engagés à financer des études scientifiques et à recourir à l’intelligence artificielle pour détecter plus précocement ces comportements.
BAGO présente cette initiative comme un devoir de diligence volontaire. À travers celui-ci, l’organisation entend montrer au gouvernement et à la société qu’elle prend au sérieux son rôle dans la politique de canalisation.
Jusqu’où ira l’évolution des jeux de hasard ?
Le secteur belge s’est constamment adapté aux changements sociaux, économiques et technologiques.
Au XVIe siècle, le sujet concernait notamment les loteries organisées au bénéfice des églises et des guildes. Au XVIIIe siècle, Spa accueillait une clientèle noble européenne autour de ses thermes et de son casino. Aux XIXe et XXe siècles, courses hippiques, paris, casinos et machines à sous ont progressivement trouvé leur place dans un paysage réglementaire en transformation.
À partir de 1999, la Belgique fait de la canalisation un principe central : puisqu’une interdiction absolue n’a pas supprimé les jeux illégaux, l’objectif devient d’orienter les joueurs vers une offre autorisée et contrôlée.
L’arrivée massive des jeux en ligne a compliqué cette mission en permettant à des plateformes étrangères illégales d’être accessibles aux joueurs. Elle a parallèlement créé de nouvelles possibilités d’observation et de prévention.
C’est sur ce dernier terrain que les membres de BAGO veulent désormais agir, notamment par le financement de recherches scientifiques et l’utilisation de technologies permettant de repérer plus rapidement les comportements problématiques.

