Cela pourrait-il arriver en Belgique ? Les Pays-Bas aux prises avec les prêts étudiants dilapidés au jeu
Les Pays-Bas s’inquiètent de voir certains étudiants financer leur addiction aux jeux en ligne avec des prêts étatiques impossibles à suspendre. La Belgique échappe pour l’instant à ce problème.
Le débat fait à nouveau rage aux Pays-Bas concernant les étudiants qui utilisent l’argent de l’État pour jouer en ligne. Ce débat a été relancé par une lettre de la ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Science, Rianne Letschert, indiquant que l’organisme public DUO (Dienst Uitvoering Onderwijs) ne peut pas suspendre un prêt étudiant sous le seul prétexte que l’étudiant utilise cet argent pour entretenir une addiction au jeu.
En Belgique, cette discussion est beaucoup moins présente. Cela s’explique principalement par le fait que notre pays ne dispose pas d’un système comparable aux prêts néerlandais du DUO.
Qu’est-ce que DUO ?
DUO signifie Dienst Uitvoering Onderwijs (Service d’exécution de l’éducation). Cet organisme public néerlandais gère, entre autres, le financement des études.
Les étudiants de l’enseignement supérieur peuvent non seulement recevoir une aide de base via le DUO, mais aussi emprunter de l’argent pour leurs études et leur subsistance. Selon la situation personnelle de chacun, cette aide peut s’élever à plusieurs centaines d’euros par mois. Ce prêt doit être remboursé après les études, mais les étudiants sont libres de déterminer eux-mêmes comment ils dépensent cet argent.
C’est précisément cette liberté qui suscite la controverse. En effet, l’État ne peut pas contrôler si l’argent est utilisé pour le loyer, les courses, le matériel d’étude ou les jeux d’argent en ligne.
La ministre Letschert juge préoccupant que certains étudiants utilisent leur prêt d’études pour jouer, mais elle souligne en même temps que le DUO n’a aucune autorité légale pour suspendre un prêt uniquement en raison de l’utilisation qui est faite de l’argent.
La Belgique ne possède pas de système comparable
En Belgique, il n’existe pas d’organisme public généralisé qui accorde des prêts étudiants à grande échelle comme le fait le DUO aux Pays-Bas.
Les étudiants qui ont besoin d’un soutien financier peuvent, selon leurs revenus et leur situation familiale, prétendre à une allocation d’études (bourse) de la Communauté flamande, de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou de la Communauté germanophone. Il ne s’agit pas d’un prêt, mais d’une aide financière qui ne doit pas être remboursée.
Par ailleurs, les étudiants peuvent bien sûr contracter un prêt commercial auprès d’une banque, mais cela se fait en dehors du cadre étatique.
La Belgique peut-elle intervenir si un étudiant dilapide cet argent au jeu ?
Tout comme aux Pays-Bas, l’État ne contrôle pas la manière dont un étudiant dépense son allocation d’études. Il n’existe aucune disposition légale permettant de retirer une allocation d’études parce qu’une personne utilise cet argent pour jouer.
Une allocation d’études ne peut être interrompue que si les conditions légales ne sont plus remplies, par exemple si l’étudiant n’est plus inscrit ou s’il ne répond plus aux critères académiques.
L’État belge examine donc le droit à l’allocation, et non l’utilisation finale qui en est faite.
Un risque moindre de dettes envers l’État
La différence majeure réside dans la méthode de financement des étudiants.
Les étudiants néerlandais peuvent emprunter des sommes considérables auprès de l’État pendant plusieurs années. Lorsque cet argent est injecté dans les jeux de hasard en ligne, cela peut générer des dettes d’études colossales qui n’ont plus aucun rapport avec leur formation.
La Belgique est beaucoup moins exposée à ce risque, car l’État privilégie largement le système des bourses d’études plutôt que celui des prêts étudiants massifs. Les bourses d’études ont des montants limités et sont réservées aux étudiants issus de familles à faibles revenus ; il y a donc moins de risque de voir cet argent dilapidé dans les jeux de hasard.
Priorité à la prévention
La Belgique s’efforce de limiter les méfaits du jeu principalement à travers sa politique sur les jeux de hasard.
Ainsi, une interdiction quasi totale de la publicité pour les jeux de hasard est en vigueur depuis 2023, les opérateurs légaux sont soumis à des règles strictes et les joueurs peuvent s’exclure d’eux-mêmes via le registre EPIS. De plus, la Commission des Jeux de Hasard surveille activement le marché légal et intensifie la lutte contre les sites de jeux illégaux.
Par conséquent, l’attention de la Belgique se porte moins sur le contrôle du financement des études et bien plus sur la prévention, afin d’éviter d’emblée que les joueurs vulnérables ne développent un comportement de jeu problématique.

