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Le jeu illégal explose, l’Europe appelée à réagir 

Le président de la Kansspelautoriteit, Michel Groothuizen, estime que les moyens d’un régulateur national ne suffisent plus face à des opérateurs internationaux qui s’appuient sur les réseaux sociaux, les moteurs de recherche et les circuits financiers pour atteindre les joueurs.  

Un combat devenu trop grand pour un seul régulateur 

Le problème dépasse désormais largement la simple présence de quelques sites non autorisés sur internet. Pour Michel Groothuizen, les opérateurs illégaux évoluent dans un environnement international : leurs structures juridiques, leurs flux financiers, leurs publicités et les services numériques dont ils dépendent peuvent relever de plusieurs pays. Cette organisation complique considérablement le travail des autorités nationales. Même lorsqu’un régulateur identifie un opérateur et prononce une sanction, il doit encore parvenir à déterminer qui se trouve réellement derrière le site, où l’entreprise est établie et comment faire appliquer la décision. 

Le président de la Ksa considère ainsi comme insuffisante l’idée selon laquelle un marché légal correctement réglementé et un régulateur national puissant pourraient, à eux seuls, résoudre le problème. 

Aux Pays-Bas, la moitié de l’argent misé partirait vers l’illégal 

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, Michel Groothuizen avance un chiffre particulièrement préoccupant : selon lui, sur chaque euro misé par un joueur néerlandais, la moitié se dirige vers le marché illégal. 

Il décrit par ailleurs le marché mondial illégal des jeux d’argent comme une activité dont le chiffre d’affaires dépasserait le produit intérieur brut de tous les pays à l’exception des États-Unis et de la Chine. 

D’un côté, des autorités dont les compétences sont essentiellement nationales. De l’autre, des opérateurs capables de déplacer leurs activités, leurs sociétés et leurs infrastructures d’une juridiction à l’autre. 

Le problème ne se limite d’ailleurs pas aux recettes publiques. Michel Groothuizen estime que l’absence de paiement des taxes par les opérateurs illégaux représente une perte supérieure à un demi-milliard aux Pays-Bas. Mais, à ses yeux, ce manque à gagner n’est même pas la conséquence la plus grave. 

Les joueurs vulnérables directement visés 

Le cœur de son inquiétude concerne la protection des personnes. 

Les entreprises illégales ne respectent pas les obligations imposées aux opérateurs autorisés et ne prennent aucune responsabilité à l’égard des joueurs. 

La Ksa a notamment signalé récemment un site diffusant des publicités pour des jeux d’argent tout en se faisant passer pour « 113.nl », le site néerlandais d’aide à la prévention du suicide. 

Michel Groothuizen affirme également qu’une grande partie des opérateurs illégaux cible activement les personnes qui rencontrent déjà des problèmes liés aux jeux d’argent et qui se sont inscrites au registre néerlandais d’exclusion, connu sous le nom de Cruks. Le message adressé à ces joueurs revient à les inciter à contourner leur interdiction volontaire afin de continuer à jouer sur des plateformes non autorisées. 

Des amendes importantes, mais difficiles à faire payer 

Face à ces pratiques, les autorités disposent notamment de sanctions financières. Mais leur efficacité se heurte à la structure même du marché clandestin. 

Michel Groothuizen explique que des amendes pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions sont prononcées. Pourtant, ces montants resteraient faibles par rapport aux taxes sur les bénéfices que les entreprises concernées auraient dû acquitter si elles avaient exercé légalement. 

Surtout, sanctionner juridiquement une société ne signifie pas nécessairement parvenir à récupérer l’argent. Les opérateurs concernés peuvent rapidement changer de structure juridique. Certains sont établis dans des territoires où les possibilités d’intervention d’une autorité néerlandaise sont très limitées. Le président du régulateur cite notamment les Comores. 

Résultat : même lorsque l’identité et la localisation d’un acteur sont connues, le paiement effectif d’une amende peut devenir extrêmement difficile. 

Couper la visibilité et les circuits financiers 

Un site de jeux illégal a besoin d’être trouvé. Il lui faut également permettre aux joueurs de déposer de l’argent puis, le cas échéant, de retirer leurs gains. 

C’est sur ces deux points que l’autorité néerlandaise tente d’agir. 

Elle cherche à rendre les plateformes illégales moins visibles et plus difficiles à trouver. Le régulateur constate notamment leur présence sur les réseaux sociaux et interpelle les grandes entreprises technologiques sur leur responsabilité. L’objectif est que les plateformes numériques et les moteurs de recherche ne servent pas de relais à ces activités. 

Parallèlement, des discussions sont menées avec le secteur financier afin de créer des obstacles aux paiements. Michel Groothuizen résume l’enjeu simplement : si un joueur ne peut ni déposer son argent ni récupérer ses gains, l’intérêt même du jeu disparaît rapidement. 

Cette stratégie revient donc à attaquer les intermédiaires indispensables au fonctionnement du marché illégal plutôt que de compter uniquement sur les sanctions prononcées directement contre ses opérateurs. 

L’Europe appelée à peser face aux grandes plateformes 

Pour Michel Groothuizen, c’est précisément à ce niveau que l’intervention européenne devient indispensable. Les Pays-Bas sont trop petits pour exercer seuls une pression suffisante sur des entreprises technologiques et financières d’envergure mondiale. Il juge donc inévitable de passer par l’Europe pour obtenir une coopération plus efficace dans la lutte contre les jeux illégaux. 

Cette position trouve un soutien auprès de l’Association européenne des casinos. Son secrétaire général, Hermann Pamminger, rappelle que l’organisation réclame depuis plusieurs années une coopération européenne renforcée. L’association indique partager des informations avec des membres du Parlement européen, la Commission européenne ainsi qu’avec des organismes de l’Union, dont Europol et l’Autorité de lutte contre le blanchiment de capitaux. 

Son raisonnement rejoint celui du régulateur néerlandais : protéger les joueurs nécessite une action capable de suivre les opérateurs au-delà des frontières, de s’attaquer à leurs réseaux financiers et d’intervenir auprès des plateformes qui leur donnent de la visibilité. 

L’appel a également été relayé par Duncan Garvie, fondateur de BetBlocker. Réagissant aux propositions de coopération européenne, il affirme être entièrement d’accord avec cette analyse. Selon lui, pris individuellement, les régulateurs nationaux sont « largement dépassés » à la fois par le marché illégal et par les géants technologiques qui permettent à celui-ci de fonctionner. Il estime qu’une opposition crédible ne peut donc être construite que par une action coopérative. 

Cette convergence entre responsables de la régulation et acteurs engagés dans la lutte contre les dommages liés aux jeux met en évidence la même difficulté : les frontières administratives européennes restent nationales alors qu’une partie importante de l’écosystème numérique et financier des jeux illégaux fonctionne sans tenir compte de ces frontières. 

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Passionné par l’univers des jeux de hasard, Julien est un spécialiste reconnu des casinos en ligne et des paris sportifs. Depuis plusieurs années, il analyse les tendances du secteur, décrypte les stratégies des opérateurs et guide les joueurs dans leur quête de divertissement responsable et de gains potentiels.

Doté d’une plume claire et rigoureuse, il met un point d’honneur à fournir des contenus fiables, actualisés et accessibles à tous. Son objectif : offrir aux lecteurs une information de qualité, à la fois pédagogique et engageante, pour mieux comprendre les rouages d’un secteur en constante évolution.

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